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Report unilatéral de la présidentielle: L’interruption démocratique – Par Papa Moctar SELANE

Report unilatéral de la présidentielle: L’interruption démocratique – Par Papa Moctar SELANE

Tout a été rapide, tel un éclair. En un temps record, les députés de la majorité et leurs complices « libéraux » ont rapidement exposé leur scénario de report sur les planches de la Comédie nationale autrement appelée Assemblée nationale. La mise en scène et la réalisation sont d’une telle médiocrité que le rendu final n’aurait pas détrôné le navet le plus insipide de l’histoire de la filmographie bollywoodienne.

« Des juges corrompus pour écarter un candidat à la présidentielle », disent-ils. C’est l’argument avancé pour mettre en branle toute une machine pour ne pas dire machination afin de violer la Constitution.

Le candidat par qui tout est arrivé, en exil depuis presque huit ans, débiteur du contribuable sénégalais de plus de 100 milliards de francs Cfa en plus de sa double nationalité franco-sénégalaise, ne mérite même pas le report d’une élection d’un délégué de classe, a fortiori, une présidentielle.

Ce qui est effarant, c’est presque le même argumentaire récité le 3 février dernier par le Président de la République, plus la nouvelle donne de la candidate binationale, pour justifier l’abrogation du décret n° 2023-2283 du 29 novembre 2023 portant convocation du corps électoral, à la veille du début de la campagne électorale pour la présidentielle du 25 février 2024.

Cette attitude du Président Macky Sall est un manque de respect total à la Constitution, aux Institutions de la République et au Peuple sénégalais. Une décision d’une telle gravité ne peut être prise avec des arguments d’une aussi insoutenable légèreté et sans consultation, au préalable, des différents candidats officiels de la présidentielle.

Au-delà du 2 avril 2024, force sera de reconnaître que la légalité et la légitimité du président de la République seront désormais conjuguées au passé, comme vous, le Président l’a souligné dans l’adresse à la Nation du 3 juillet 2023 : « D’ici la transmission du pouvoir au futur Président de la République, in shallah, le 2 avril 2024, j’assumerai avec responsabilité et fermeté toutes les charges qui incombent à ma fonction.

En vertu du mandat que vous m’avez confié et en étroite cohérence avec mon serment constitutionnel, je continuerai de consacrer toutes mes forces à défendre, sans failles, les institutions constitutionnelles de la République, le respect des décisions de justice, l’intégrité du territoire, la protection des personnes et des biens ».

Le respect de la parole donnée est au-dessus de toutes les lois possibles et imaginables. Proroger unilatéralement un mandat de 5 ans, qui touche à son terme, par un simple décret, et solliciter une majorité parlementaire mécanique pour maquiller l’intrigue cousue de fil blanc, est en déphasage de votre serment constitutionnel et participe à la fragilisation des institutions constitutionnelles que vous prétendez défendre. Un complot de plus dans le dos du peuple orchestré par le parti au pouvoir et ses acolytes « libéraux ».

Ils rendront compte sûrement. Sans oublier les agissements abusifs et nocifs du ministre des Télécommunications sur la liberté d’expression marqués par les suspensions répétées des données mobiles et les inacceptables coupures de signal de télévisions. Inutile de rappeler que c’est un recul démocratique à mettre dans le sombre bilan de ces hommes qui veulent nous imposer une tyrannie intellectuelle et institutionnelle d’une autre époque. Des hommes visiblement dépassés par l’évolution du temps.

Ce Sénégal, au-dessus de nos petites personnes et de toutes nos ambitions, n’est le bien d’aucune formation ou d’homme politique. Défendre le Sénégal, ses lois et son calendrier républicain, conformément à la Constitution, est un devoir citoyen. Et « face à une loi injuste », adoptée au forceps par des députés au service d’un homme qui, apparemment, ne souhaite pas quitter le pouvoir élégamment, nul n’est tenu d’obéir.

Un « non » catégorique reste la seule voie pour faire face à cette forfaiture de ceux qui s’imaginent « plus grands ou plus forts que cette Nation qui nous abrite tous ». Ils sont « parce que le Sénégal est ».

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