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Un espoir de « changement » court dans les rues de Luanda à la veille des élections législatives

Un espoir de « changement » court dans les rues de Luanda à la veille des élections législatives

Dans les rues de Luanda, à la veille des élections législatives qui décideront du prochain président angolais, ils sont nombreux à espérer un « changement ». Car dans la capitale d’un des pays les plus inégalitaires au monde, les disparités sont toujours frappantes.

L’Angola est appelé à élire ses députés mercredi, le candidat du parti majoritaire deviendra chef de l’Etat. L’ancienne colonie portugaise est dirigée par le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) depuis son indépendance en 1975. Mais cette fois, le scrutin s’annonce serré avec une opposition revigorée autour de son premier parti, l’Unita.

Dans le centre historique de la capitale, la manne pétrolière du pays riche en ressources naturelles a fait pousser des gratte-ciel entre les bâtisses coloniales. Les 4×4 rutilants et les minibus taxis utilisés par les classes populaires s’entrechoquent dans d’interminables embouteillages, sous l’œil de policiers à chaque carrefour.

Et pendant que la majorité d’une population de 33 millions d’Angolais vivote en attendant des jours meilleurs, l’élite trinque sur les terrasses branchées de Luanda, ville réputée la plus chère du continent africain. La bourgeoisie angolaise semble plus préoccupée par les selfies en bord de mer que par la politique.

Sur une place bordée de palmiers, des drapeaux rouges-noirs et des haut-parleurs perturbent un instant la quiétude de l’après-midi: c’est une « maratona », une fête de rue organisée par le MPLA. Il n’y a pas foule.

« Notre président s’est attaqué à la corruption. Vous savez, il faut des riches pour gouverner un pays. Un dirigeant pauvre, c’est un dirigeant facile à corrompre », explique à l’AFP Simao Dos Santos, militant du parti, arborant une onéreuse montre connectée au poignet. « Le MPLA est le seul parti qui peut changer nos vies et notre pays ».

Joao Lourenço, élu en 2017 et candidat à un deuxième mandat, a lancé une vigoureuse campagne de lutte contre la corruption pour récupérer des milliards soupçonnés avoir été détournés sous la présidence de son prédécesseur, José Eduardo dos Santos.

« Candidat du peuple »
Lui et son adversaire, Adalberto Costa Junior, se disputent sur les affiches le titre de « candidat du peuple », même si en Angola, « les candidats sont toujours issus de l’élite », souligne l’analyste politique indépendante, Marisa Lourenço. Le temps des élections, les classes modestes sont courtisées.

Mais à Viana, une immense cité de parpaing et de tôle en périphérie de la capitale angolaise, l’exaspération domine.

« Je gagne environ 1.200 kwanzas par jour (2,80 euros, ndlr), pas assez pour vivre. Tout est cher, les prix augmentent et nous gagnons des miettes », peste Gabriel, 37 ans, tout juste débarqué d’un minibus au bord de la voie rapide.

« Ca fait des années que nous votons, sans résultat. Je ne peux même pas payer l’école pour mes enfants », déplore le vendeur de rue.

La moitié de la population vivait avec moins de 1,90 dollar par jour en 2020, selon la Banque mondiale.

Madalena Mondole, une autre habitante, dit ne pas se soucier de la politique: « Je veux voter pour celui qui me donne du travail. Mais qui va me donner du travail? Personne ».

Malgré des études, son fils est à la rue, raconte-t-elle. « Nous sommes pauvres, nous ne gagnons rien ».

Dans ce quartier populaire, l’opposition a les faveurs d’une jeunesse minée par le chômage. L’âge médian en Angola est de 16 ans. Les vendeurs de rue ont des avis bien précis sur la politique et parlent un portugais châtié.

« Vive le MPLA! », lance soudain un jeune téméraire. « Oh, va-t-en toi! Ne l’écoutez pas, il est saoul, nous on vote tous pour l’Unita », répondent les autres.

Mais nombre de quartiers populaires sont encore acquis au MPLA au pouvoir. Le parti historique est de plus en plus impopulaire, mais il peut encore compter sur son aura de vainqueur de la lutte pour l’indépendance.

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