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Non homologation du stade Lat-Dior: le symbole d’une politique de doux rêveur

Première équipe africaine au classement FIFA qui ne dispose pas de stade homologué pour disputer les éliminatoires. C’est le grand paradoxe qu’a réussi à faire le Sénégal. Un fait honteux qui sonne comme une piqure de rappel dans un pays où le rafistolage est érigé en règle en lieu et place d’une réelle politique sportive.

Le couperet est tombé ce lundi et a laissé pantois les férus du ballon rond. Le pays de la Téranga se voit privé de match dans son antre. La faute à un stade Lat-Dior de Thies dont l’homologation provisoire datant de 2019 semble être arrivée à expiration.

Qu’est ce qui a changé entre-temps jusqu’à ce que l’antre de la capitale du Rail n’ait pas obtenu le feu vert de la CAF ? Une question qui revient sur toutes les lèvres et qui donne une mesure de l’ampleur de la tâche.

Même si les fédéraux semblent enclins à prolonger cette homologation provisoire avec les travaux qui sont en train d’y être faits depuis quelques semaines, le mal est déjà fait et est profond. La CAF a sauvé la face du Sénégal avec le report annoncé des deux premières journées à septembre sinon les « Lions » allaient se muer en SDF pour « accueillir » le Togo.

Voir ainsi la Nation du dernier Ballon d’Or africain, Sadio Mané, figurer parmi les 21 pays africains sur les 25 à ne pas avoir de stade homologué pour les éliminatoires dès la Coupe du monde 2022 prévue en juin montre à suffisance l’échec de tout un système qui n’a jamais su assez investir dans le domaine des infrastructures sportives.

Responsabilités partagées entre Fédé et ministère
Le Sénégal présente un déficit infrastructurel majeur depuis toujours. Aucun grand stade n’a été construit depuis le stade Léopold Sédar Senghor qui a été inauguré le 31 octobre 1985.

35 ans après, seules des stades régionaux ont été rénovés ou construits par les différents régimes qui se sont succédés. La rénovation de Léopold Sédar Senghor annoncée depuis novembre 2018, date de la signature de l’accord avec la Chine, tarde toujours à se faire. Le prétexte de la pandémie Covid-19 est brandi pour expliquer le retard des travaux de ce temple du football sénégalais laissé à l’agonie.

Mais entre la date de juin 2019 annoncée comme étant celui de démarrage des travaux par Matar Bâ jusqu’à aujourd’hui, rien n’a été fait et le stade LSS ne cesse de se dégrader. Cet exemple montre l’échec de la politique globale des différents présidents du Sénégal en termes de construction d’infrastructures sportives. La rénovation montre également à suffisance les limites en termes de qualité des travaux.

 La CSTP, entreprise en charge des travaux, n’a pas réussi à mettre Lat-Dior et est coutumière des faits avec notamment la tribune découverte du stade Ngalandou Diouf détruite seulement quelques mois après sa construction. Lat-Dior était sur la sellette depuis février 2010 mais la FSF et le ministère des sports n’ont pas su s’atteler à le mettre aux normes. La diplomatie sénégalaise n’aura pas cette fois-ci évité l’humiliation de voir le Sénégal figurer parmi les pays ne disposant pas de stades homologués.

Le basket avec Dakar Arena et la lutte avec l’Arène Nationale semblent avoir franchi un premier pas dans la construction d’une infra- structure de référence. Toujours est-il que ces infrastructures ont pu être réalisées grâce respectivement aux aides et/ou dons de la Chine et de la Turquie. Le football tarde à se doter d’une infrastructure de dernière génération. Les tirs sont groupés sur la Fédération sénégalaise de football mais cette dernière est délégataire de pouvoir et n’a pas les moyens de construire un ou des stades aux normes internationales.

C’est l’Etat qui finance la construction d’infrastructures et il n’en a malheureusement pas fait une vraie priorité. Toutefois la FSF doit en revanche donner l’impulsion afin que la puissance étatique puisse s’exécuter. L’argent récolté lors de la Coupe du monde 2018 (plus de 7 milliards FCFA) pouvait servir de rampe de lancement même s’il est minime pour construire une infrastructure de qualité. Tous ces entrefaits risquent par la même occasion de plomber les rêves d’organisation d’une CAN de football.

Le « naming » pour sauver la face
La construction du stade du Senegal à Diamniadio qui sera inauguré le 22 février 2022 est certes novatrice mais ne va pas rétrécir ce gap. Les autorités étatiques traînent le pied alors qu’il faut accélérer la cadence pour combler le déficit. Des pistes de réflexion pour une trouver une nouvelle forme de financement sont plus que jamais nécessaires. Le « naming » pourrait être un moyen efficace de mettre fin à ce déficit infrastructurel.

Le naming de stade ou d’enceinte sportive est une pratique de marketing sportif par laquelle un stade ou un équipement sportif (salle, vélodrome, piscine, etc.) est renommé ou nommé (dans le cadre d’une nouvelle construction) de manière à comporter le nom du sponsor ou «namer» et à reprendre éventuellement une partie de son logo. Cette pratique n’est pas exempte de risques et elle sous-tend des bases solides qu’il faudra mettre en place. Chose que doit réussir l’Etat qui se retrouve au début et à la fin de toute politique. Il n’est pas demandé à notre pays sous-développé et endetté à se lancer dans des investissements faramineux mais assurer le minimum de confort pour donner du spectacle sur et en dehors des terrains.

Cette non-homologation de Lat-Dior sonne ainsi comme un rappel du travail qu’il faut continuer à accomplir pour se faire davantage respecter le monde footballistique. A défaut de cela, la fameuse phrase d’Alain Giresse continuera de hanter les mémoires collectives sans qu’elle puisse être démentie par les faits. Rien que les faits !

Lamine Mandiang Diedhiou

Digital Manager - Chef de projet chez Alixcom Dakar | E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

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