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Michel Aoun, le général qui ne s’avoue jamais vaincu

Il avait promis d’être un président « fort ». Mais son mandat a été marqué par l’effondrement économique du Liban, une explosion qui a ravagé Beyrouth et un soulèvement populaire inédit: Michel Aoun quitte le pouvoir le 31 octobre dans un pays ruiné.

Pourtant, à presque 88 ans, cet ancien commandant en chef de l’armée est déterminé à continuer son combat politique à la tête de son mouvement, le Courant patriotique libre (CPL).

Lorsqu’il accède à la présidence en 2016, Michel Aoun promet de lutter contre la corruption et se pose en « président fort », défenseur des droits des chrétiens, la communauté dont il est issu qui voit son poids politique et démographique s’amenuiser.

Cet homme trapu, au verbe franc, aime se poser en sauveur de la nation et ne cache pas son admiration pour Napoléon ou Charles de Gaulle.

Mais son alliance improbable en 2005 avec le Hezbollah chiite pro-iranien, allié du régime syrien, qui lui a permis d’accéder au pouvoir, a entamé en grande partie sa popularité.

Et le soulèvement d’octobre 2019, accompagné par un naufrage économique qui a appauvri la quasi-totalité des Libanais, l’a encore affaibli.

Le coup fatal viendra de l’explosion sur le port de Beyrouth en août 2020 (plus de 200 morts), qui a dévasté des quartiers entiers de la capitale, due au stockage de centaines de tonnes de nitrate d’ammonium sans précaution et imputée par la population à la négligence de ses dirigeants.

« La présidence a été une déception, même pour lui », reconnaît son neveu, le député Alain Aoun. « Il a dû subir une bombe atomique financière et économique et l’explosion de Beyrouth. Même s’il n’en était pas responsable, il s’est retrouvé en première ligne ».

Noyau dur
Mais le chef de l’Etat s’est enfermé dans le déni, selon plusieurs personnes l’ayant côtoyé qui ont requis l’anonymat, conseillant même aux Libanais qui n’étaient pas satisfaits de « partir » et prévenant que le pays se dirigeait vers « l’enfer ».

Ses détracteurs dénoncent un homme animé par « une ambition destructrice », qui était « prêt à tout pour devenir président », selon un membre de son entourage qui l’a lâché par la suite.

Ce militaire opiniâtre reste cependant adulé par un noyau dur de ses partisans, qui voient en lui un personnage incorruptible ne faisant pas partie de la classe politique traditionnelle.

« C’est un dirigeant tenace, qui ne baisse jamais les bras », affirme Alain Aoun, qui l’a accompagné pendant la sombre période de son exil.

Car beaucoup pensaient que Michel Aoun était fini en 1990. Nommé en 1988 à la tête d’un gouvernement de militaires, pendant une des périodes les plus noires de la guerre civile, il mène deux guerres sans succès contre l’armée syrienne au Liban, puis contre la milice chrétienne des Forces Libanaises.

Retranché au palais présidentiel, il refuse l’accord conclu à Taëf, en Arabie saoudite, en 1989 pour mettre fin à la guerre civile, et n’accepte pas de remettre le pouvoir à un président élu.

Le 13 octobre 1990, l’armée syrienne le déloge du palais présidentiel et il est contraint de passer 15 ans en exil en France, où il fondera le CPL, hostile à la Syrie.

« Dynastie politique »
Mais celui qui avait drainé les foules en se posant en champion de la lutte contre la domination de la Syrie au Liban fait volte-face en 2005.

Il effectue un retour triomphal au Liban, remporte un score éclatant aux élections législatives et dans un nouveau coup de théâtre, il signe en février 2006 un document d’entente avec le Hezbollah. Les nouveaux partenaires bloquent pendant deux ans et demi le processus d’élection du chef de l’Etat.

Père de trois filles, ce chrétien maronite issu d’un milieu modeste, féru de poésie arabe classique, a eu une brillante carrière militaire avant d’être projeté dans l’arène politique.

La plus grande erreur de sa présidence, selon une personnalité qui l’a accompagné dans son parcours politique, a été « d’utiliser son mandat non pas pour couronner son parcours mais pour fonder une dynastie politique ».

Il a pour cela privilégié son gendre Gebran Bassil, qui a occupé plusieurs postes ministériels, poussant ses opposants à le qualifier de « président de l’ombre » et devenant la personnalité la plus conspuée par le soulèvement populaire d’octobre 2019 qui n’a pas abouti.

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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