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L’or des Belges caché au Sénégal puis volé par les nazis : l’histoire méconnue d’une incroyable chasse au trésor

C’est un épisode méconnu et pourtant bien authentique de la Seconde Guerre mondiale : 200 tonnes d’or ont été volées par les nazis au peuple belge, plus précisément à la Banque nationale de Belgique, depuis le Sénégal.

Une histoire rocambolesque, racontée en deux tomes par la bande dessinée L’or des Belges.

Elle est signée Pierre Boisserie et Philippe Guillaume, avec des dessins de Stéphane Brangier, publiée chez Dargaud.

Comment l’Allemagne nazie est-elle parvenue à voler autant d’or à la Belgique ? Il faut d’abord remonter à la fin des années 1930. Avec le risque de guerre qui s’accroît à cette époque, les autorités décident de mettre à l’abri une grande partie des réserves en or.

Sur les 600 tonnes d’or que la Belgique possède, elle en envoie un tiers en Angleterre, un autre tiers aux États-Unis et elle conserve le dernier tiers. En plus d’être une ultime réserve, l’or sert aussi à l’époque de garantie pour sa monnaie nationale.

En septembre 1939 : Hitler envahit la Pologne. La France et la Grande-Bretagne déclarent alors la guerre à l’Allemagne. La Belgique reste neutre, mais cette fois, la guerre est à ses portes. Le gouvernement choisit de déplacer ces 200 tonnes d’or en lieu sûr, plus loin de l’Allemagne.

La Belgique les confie à la Banque de France qui abrite déjà les réserves d’autres pays qui ont été envahis par l’Allemagne, comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie. Le 10 mai 40, jour de l’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie, cet or se trouve dans la région bordelaise. Mais c’est la débâcle : l’armée française est incapable d’arrêter les Allemands.

Alors la France décide elle aussi d’évacuer ses réserves en or depuis la Bretagne par convoi naval. Par la même occasion, elle embarque sur un autre cargo à Lorient les 200 tonnes d’or que les Belges lui ont confié, ainsi que les 75 tonnes d’or polonais.

Un représentant du gouvernement polonais en exil est à bord. Par contre, il n’y a aucun représentant belge. Dans la cohue générale, personne ne sait que cet or a pu quitter la France et encore moins vers quelle destination.

Une cargaison à la valeur inestimable, cachée dans un camp militaire au Sénégal
L’ampleur de la cargaison transportée par bateau dans un périlleux voyage est considérable et la valeur du magot est colossale.

En estimant qu’un lingot d’or pèse un kilo, cette cargaison représente 200.000 lingots d’or. Sa valeur dépend du cours de l’or : actuellement comptez 58.000 euros le lingot, soit 11.650.000 pour 200 kilos. 200 tonnes représenteraient aujourd’hui 11 milliards 650 millions d’euros. À l’époque, cette valeur était bien moins élevée, mais le coût de la vie était évidemment très différent.

Dans le bateau, les lingots sont soigneusement rangés dans très exactement 4944 caisses. La cargaison suit les réserves de la Banque de France vers Dakar, à l’époque colonie française. Tout cet or, français, belge et polonais sera ainsi entreposé dans le camp militaire de Thiès, à 60 kilomètres de Dakar.

La course à l’or des Belges
Ce trésor est donc caché au cœur de l’Afrique. Mais les Allemands veulent mettre la main sur cet or, car comme le dit l’adage, c’est évidemment le nerf de la guerre. L’Allemagne nazie a d’ailleurs pillé allégrement les richesses des pays occupés et échangé cet or dans des banques suisses contre monnaie sonnante et trébuchante pour financer ses énormes dépenses militaires. Pas question donc de passer à côté des 200 tonnes d’or belge.

Mais il faut d’abord le retrouver. Et en même temps que les nazis enquêtent, de l’autre côté de la Manche, on démarre la même recherche. Un officier belge qui a rallié Londres, le capitaine Truffaut, parvient à localiser l’or belge. Ce n’est pas n’importe qui : c’est un député socialiste, figure de proue du mouvement wallon de l’entre-deux-guerres et il parvient à sensibiliser Churchill sur la question.

Churchill, qui a lui aussi d’énormes besoins financiers pour faire face aux Allemands et serait donc très heureux de voir cet or en Angleterre. En Belgique occupée, le roi Léopold III espère également récupérer l’or et le voir revenir dans les coffres de la Banque nationale à Bruxelles. Bref, c’est la course à l’or des Belges.

Les nazis s’emparent de l’or des Belges… et mettent une année à l’acheminer à Berlin
À ce ‘petit jeu’, c’est l’Allemagne qui gagne… Certes la Belgique enverra le capitaine Truffaut en Gambie, colonie britannique aux portes du Sénégal, pour tenter l’impossible.

Mais quand les Allemands auront à leur tour localisé le butin, ils feront pression sur le gouvernement de Vichy. Sous la menace, les autorités françaises s’exécutent, en disant aux Allemands d’aller eux-mêmes le chercher.

Les nazis font alors face à un autre problème : un rapatriement par bateau serait très risqué puisque sur mer, c’est la Royal Navy qui fait la loi. C’est pourquoi l’or des Belges est d’abord acheminé par train jusqu’au fleuve Niger. Puis il navigue sur bateau jusqu’aux portes du Sahara.

Ensuite, il est transporté par un convoi de camions à travers le désert jusqu’à Colomb-Béchard, terminus du chemin de fer d’Algérie. Il prend à nouveau le train avant d’être chargé sur un bateau qui vogue jusqu’à Marseille, dernière escale avant d’être amené en train jusqu’à Berlin. Un sacré périple qui a duré plus d’un an.

La quasi totalité de l’or fondu par les nazis… mais le pactole a été dédommagé par la France
L’or de la Banque nationale de Belgique a donc été volé par les nazis… et ne sera jamais restitué après la guerre.

Le magot a été en grande partie fondu par les Allemands pour en camoufler l’origine et le vendre dans des banques suisses.

Une partie fut tout de même retrouvée en avril 1945 par l’armée américaine qui a mis la main sur un impressionnant trésor de guerre caché par les nazis dans une mine de sel. Mais entretemps, la Belgique avait été dédommagée par la France : en octobre 1944, à la Libération, le gouvernement français a versé à la Belgique la valeur des 200 tonnes d’or. L’or en question n’est donc pas revenu dans les coffres de la Banque nationale, mais le pays en a récupéré sa valeur.

Par Pierre Marlet

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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