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L’opinion sénégalaise préparée en douce à un débat sur le troisième mandat

La position du pouvoir sur un éventuel troisième mandat de Macky Sall se précise de jour en jour. Si ce n’est pas l’ancien Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne qui l’affirme en usant de subterfuge ; c’est le directeur des structures de l’APR, Mbaye Ndiaye qui indique clairement que leur leader peut se représenter en 2024. Et ils sont nombreux à le croire au sein du régime. Pour l’heure, à travers les discours, on peut déduire que le pouvoir prépare l’opinion en douce au débat sur le troisième mandat !

Même un mensonge répété mille fois devient la vérité. A plus forte raison, une conviction qui ne cesse de prendre de l’ampleur dans la mouvance présidentielle. Où les supposés porteurs d’ambitions présidentielles sont voués aux gémonies et perçus comme des chiens à abattre. Les nombreuses mises en garde du Président Macky Sall n’y feront absolument rien.

Tel un rouleau compresseur, les partisans et proches collaborateurs du chef de l’Etat sortent un à un pour donner leur position sur un éventuel troisième mandat de leur leader. Pourtant, le président de la République avait pris le soin de trancher ce débat en intimant l’ordre à ses ouailles et autres responsables de la mouvance de ne plus s’y prononcer. Mais c’est comme s’il prêchait dans le vide.

Par des tournures alambiquées, certains caciques du régime essayent de désacraliser la question de la limitation des mandats. A titre d’exemple, l’ancien Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne s’est interrogé récemment sur la pertinence de la limitation du mandat présidentiel. Comme pour demander la suppression de cette disposition de notre arsenal juridique.

Dans son argumentaire, le Secrétaire général de la présidence de la République a fait savoir que les pays où il n’y a pas de limitation de mandat sont beaucoup plus nombreux que les pays où on l’a instaurée. Pis, il fait la comparaison entre les mandats des députés qui peuvent être renouvelés moult fois et le mandat présidentiel dont le renouvèlement est encadré.

Pour dire qu’il s’agit tous les deux de mandats représentatifs et que ce qui est valable pour l’un devrait être valable pour l’autre. A sa suite, le ministre d’Etat et Directeur des structures du parti est venu enfoncer le clou. Mbaye Ndiaye affirme clairement que Macky Sall a le droit de se représenter en 2024, puisqu’en vertu de la révision constitutionnelle de 2016, il est à son premier mandat de cinq ans et il a la possibilité de briguer un autre mandat de cinq ans. Même si des voix se sont élevées au niveau de la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY) pour décrier ces thèses; force est de constater que pratiquement seuls les membres du pouvoir débattent de ce sujet.

Les uns sont favorables et tandis que les autres sont contre cette éventualité. Ce qui pousse à dire que le pouvoir prépare en douce l’opinion à un troisième mandat du Président Sall. En plus, il a été constaté, jusque-là, que seules les voix au sein de la majorité contre le troisième mandat sont sanctionnées par le chef de l’Etat. La preuve, le Président Sall n’avait pas hésité à limoger Sory Kaba de son poste de Directeur général des Sénégalais de l’extérieur (DGSE) juste après avoir donné son avis sur la question.

Pourtant ce dernier s’était contenté de rappeler les dispositions de la Constitution qui ne permettent pas à Macky Sall de briguer un troisième mandat. Ensuite, l’ancien chef de cabinet politique du chef de l’Etat, Moustapha Diakhaté a été critique pendant un bout de temps envers le régime. Mais il a fallu qu’il se prononce de façon radicale sur le troisième mandat pour qu’il soit subitement exclu des rangs de l’Apr. Il avait soutenu en effet que le Président Sall a verrouillé lui-même les deux mandats en y incluant la disposition selon laquelle «nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs».

SANCTIONS DES RESPONSABLES QUI OSENT SE PRONONCER SUR UN EVENTUEL TROISIEME MANDAT : «DEUX POIDS DEUX MESURES»
Et si le Président Sall devrait poursuivre cette logique de sanction, Mahammad Boun Abdallah Dionne et Mbaye Ndiaye ne devraient pas être épargnés. Mais jusqu’à la preuve du contraire, il demeure évident que ces derniers conserveront tranquillement leurs postes. On se rappelle également qu’en juillet 2019, le conseiller spécial du Président, Ibrahima Ndoye, dans une émission avait indiqué qu’il voudrait que Macky Sall se représente en 2024 et que rien ne le lui empêchait. Entre autres arguments, il soutenait ne pas voir quelqu’un d’autre dans le parti qui avait un profil aussi riche que celui de l’actuel chef de l’Etat.

Trois mois plus tard, certainement voulant garder son poste, il se faisait moins tranchant sur la question. Mais, il confessait dans une autre interview qu’on le dise ou pas, il y a de petits cercles au sein de l’Apr qui discutent de la question de la succession que cela soit Macky Sall ou quelqu’un d’autre. Avant d’ajouter que l’essentiel c’est qu’ils restent au pouvoir aussi longtemps que possible afin que leurs acquis en termes de gouvernance ne soient pas remis entre les mains d’aventuriers.

Des propos qui en disent long sur les velléités du régime. Et tout laisse croire qu’il y a deux poids deux mesures dans la sanction contre ceux qui ne respectent pas l’ordre du chef de l’Etat de se taire sur cette question. Ceux qui se prononcent pour sont «tolérés». Au même moment, ceux qui s’expriment dans un sens qui ne l’arrange pas sont «limogés». Que les Sénégalais ne soient pas surpris du même scénario qui a prévalu en 2012 avec Abdoulaye Wade!

Seydina Bilal DIALLO

Digital Manager - Chef de projet chez Alixcom Dakar | E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

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