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L’inculpation de Donald Trump, une aubaine pour Joe Biden ?

« Pas de commentaire »: qu’on se le dise, Joe Biden veut rester à bonne distance des ennuis judiciaires de Donald Trump, conscient qu’il lui faudra manoeuvrer avec délicatesse s’il veut profiter politiquement de l’inculpation de son potentiel rival en 2024.

Le président américain, qui n’a pas officiellement lancé sa campagne, sait que tout commentaire risque de nourrir l’argumentaire d’ingérence du milliardaire républicain.

Le démocrate de 80 ans veille aussi par son silence à ne pas brouiller l’image qu’il s’efforce de renvoyer: celle d’un chef d’Etat concentré sur sa tâche.

Vendredi, Joe Biden, connu pour ses gaffes et ses improvisations, est resté parfaitement discipliné face aux journalistes qui l’attendaient sur les pelouses de la Maison Blanche, avant un départ pour le Mississippi (sud).

Il aurait pu, comme souvent, grimper directement dans son hélicoptère. Mais il s’est approché des micros tendus, pour dire très clairement … qu’il ne dirait rien.

Interrogé sur son ancien rival, sur la procédure judiciaire, sur les risques de division politique, il a martelé: « je n’ai pas de commentaire », puis « je ne vais pas parler de l’inculpation de Trump », « je n’ai aucun commentaire à faire », et « je n’ai pas de commentaire sur Trump ».

Et si ce n’était pas assez clair, sa porte-parole Karine Jean-Pierre a ensuite asséné à bord d’Air Force One: « Nous ne commenterons aucune procédure en cours. C’est tout ce que j’ai à dire. ».

Pour la première fois de l’histoire, un ancien président américain va devoir comparaître devant la justice, inculpé dans une affaire d’achat du silence d’une star du porno.

« Split screen »
Face à cette inculpation historique, la Maison Blanche « ne veut pas alimenter le débat politique », a analysé jeudi l’ancienne porte-parole du président démocrate, Jen Psaki, sur la chaîne MSNBC.

Joe Biden sait que tout commentaire de sa part donnerait du grain à moudre à un Donald Trump qui se dit victime de « persécution politique » de la part d’une justice instrumentalisée.

Le président américain, avec cette posture détachée, compte aussi sur un effet cinématographique de « split screen » (écran divisé).

Dans l’idée du camp Biden, il faut montrer un « commandant en chef » au travail, qui va au contact de la population et des dirigeants du monde entier.

Pendant que la presse traquera, par exemple, le « mug shot » de Donald Trump, cette photo d’identification policière rarement flatteuse. Comme tout justiciable américain, le milliardaire doit en effet se rendre à la justice pour donner ses empreintes digitales, se faire photographier et entendre son acte d’accusation – c’est prévu mardi.

Vendredi, pendant que l’ancien président républicain continuait à s’indigner sur la « chasse aux sorcières » dont il se dit victime, Joe Biden a publié un communiqué en soutien aux personnes transgenres, et un autre sur la lutte contre l’inflation.

Son déplacement le même jour à Rolling Fork, petite ville modeste du Mississippi à majorité afro-américaine, donnera l’occasion au président démocrate de jouer l’un de ses rôles de prédilection, celui du consolateur, après le passage d’une tornade meurtrière.

Indécis
L’inculpation de Donald Trump – qui ne lui interdit en rien de faire campagne ou de se présenter – peut avoir un effet de mobilisation dans son propre camp.

Or une victoire facile de l’ancien homme d’affaires à la primaire républicaine ne serait pas pour déplaire à Joe Biden.

Le démocrate de 80 ans se dit qu’il l’a battu une fois et qu’il peut donc le refaire. Il espère aussi que face à Donald Trump, 76 ans, la question de son âge soit moins handicapante.

« A la prochaine élection, je serais très chanceux si je me trouvais face au même homme », glissait le président démocrate il y a un an.

Un sondage récent de l’école de droit de l’université Marquette donnait Joe Biden au coude à coude avec l’ancien président dans les intentions de vote, à 38% chacun.

Reste donc à savoir où iront les indépendants et les indécis.

Pour eux, Joe Biden a depuis des semaines déjà rodé un argumentaire sur le coût de la vie, sur la défense des systèmes d’assurance-santé et de minimum vieillesse – que les républicains veulent, selon lui, démanteler.

Une enquête de l’université Quinnipiac parue jeudi indique que 68% des Américains s’inquiètent pour leur niveau de vie après la retraite.

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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