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Le PS en déliquescence politique malgré la nomination de Aminata Mbengue Ndiaye au HCCT

La nomination de Mme Aminata Mbengue Ndiaye à la tête du Haut Conseil des Collectivités territoriales (Hcct) n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt de la crise qui mine la plus vieille formation politique de notre pays.

Le Parti socialiste (PS) est-il en train de payer la léthargie dans laquelle il est plongé depuis son compagnonnage avec l’Alliance pour la République (APR) ? Tout le laisse croire au vu du séisme qui s’est produit lors des élections des maires devant remplacer Doudou Issa Niasse à la tête de la mairie de Biscuiterie et d’Ousmane Tanor Dieng de Nguéniène.

En effet, en l‘espace de quelques jours, les Socialistes ont perdu le contrôle de deux communes stratégiques à savoir Biscuiterie, bastion du mammouth Doudou Issa Niasse, et Nguéniène où Maguèye Ndao, l’ancien président de la communauté rurale, a finalement été choisi à l’issue du vote du Conseil municipal. Avec ses 31 voix sur les 56, il a battu Etienne Sarr, premier adjoint au défunt maire (23 voix) et Jean Baptiste Ndiaye de l’APR (une seule voix).

A Nguéniène, Maguèye Ndao, l’ancien président de la communauté rurale, a finalement été choisi à l’issue du vote du conseil municipal. Avec ses 31 voix sur les 56, il a battu Etienne Sarr, premier adjoint au défunt maire (23 voix) et Jean Baptiste Ndiaye de l’APR qui n’a obtenu qu’une seule voix. Même si Maguèye Ndao est du PS, il n’était pas le candidat de son parti. Un tel résultat dans le fief mythique de feu Ousmane Tanor Dieng constitue une grande déconvenue pour le Parti socialiste. Un revers dans le propre fief du défunt patron emblématique de cette formation est symptomatique de la descente aux enfers du PS entamée depuis 1996.

A la Biscuiterie, Mouhamed Djibril Wade, frère de Doudou Wade, pilier du Parti démocratique sénégalais (Pds), qui ne s’est pas présenté sous la bannière libérale, a battu Ndiaga Dieng, premier adjoint du défunt maire et candidat socialiste, avec 43 voix contre 22.

Avec le soutien des khalifistes, le vice-président de la Ligue sénégalaise de football professionnel (Lsfp) et président du club Niary Tally Grand-Dakar Biscuiterie (Ngb) est parvenu à mettre fin au règne socialiste dans cette localité depuis une décennie.

Le bureau politique hyperpuissant
Evidemment, la question qui taraude les esprits est celle de savoir ce qui est à la base de ces deux secousses sismiques dans ces communes dirigées par des socialistes. Ces deux défaites prouvent, s’il en était besoin, que le PS traverse une situation très difficile liée à un déficit de leader charismatique et à son arrimage à l’APR depuis 2012.

Elles sonnent l’hallali d’un PS déliquescent. Connu comme un parti organisé avec des instances qui fonctionnent (même si ce n’est pas très souvent de façon démocratique), la vieille formation est au ralenti depuis plusieurs années.

Il n’y a que le Bureau politique qui fonctionne pour prendre des décisions tous azimuts supplantant du coup le Comité central et le Conseil national voire le Congrès. Sur plusieurs questions qui requièrent la position des instances supérieures, le politburo s’est substitué à elles pour délibérer. Et cela, à l’instar des partis libéraux (PDS et APR) où seule la voix du chef fait autorité. Ce dysfonctionnement est l’œuvre consciente d’un quarteron de responsables socialistes qui ont fini par faire basse sur la direction du PS.

D’ailleurs c’est ce groupuscule qui se partage tous les avantages et passe-droits octroyés par le président Macky Sall. Les dernières sucettes en date sont constituées par les nominations d’Aminata Mbengue Ndiaye à la présidence du Haut conseil des
collectivités territoriales (HCCT) en remplacement de feu Ousmane Dieng et du maire de Plateau Alioune Ndoye au ministère de la Pêche et de l’Economie maritime, poste que la première nommée vient de quitter.

Hélas, ces nominations interviennent dans un contexte où le Ps sombre dans la déchéance. Ceux qui ne sont pas dans le cercle Aminata Mbengue-Serigne Mbaye Thiam n’ont pas droit aux privilèges. On se rappelle le coup de gueule du professeur Gorgui Ciss. En effet, au lendemain, de la reconduction des deux ministres socialistes dans le gouvernement mis en place après la présidentielle de 2019, le maire de Yenne a organisé un meeting de remobilisation de la 28e Section B de Yenne pour inviter son parti à une bonne gestion de la « dévolution des responsabilités politiques et administratives ».

Et cela dans le but d’éviter une crise au sein du Ps. Cette crise est latente depuis que Tanor a tiré sa révérence. La question de son remplacement a été posée au sein de la formation senghorienne. Si Serigne Mbaye Thiam s’est empressé de déclarer qu’Aminata Mbengue Ndiaye remplace « Tanor » au Secrétariat général, d’autres comme Me Moustapha Mbaye et Abdoulaye Gallo Diao, il est vrai en rupture de ban, ont soutenu qu’il y a un vide juridique et que les textes du parti ne prévoient pas la succession du secrétaire général en cas de décès. Par conséquent, il fallait selon eux un collège pour assurer l’intérim en attendant le congrès. Finalement, le politburo a imposé la nouvelle présidente du HCCT comme patronne intérimaire du Ps.

L’hégémonie politique de Khalifa Sall à Dakar
Le Ps fait les frais de son compagnonnage avec l’APR et surtout du sale rôle qu’il a joué dans l’arrestation suivie de l’incarcération du secrétaire à la vie politique du Ps, Khalifa Sall. Ce qui confirme l’implication de la direction dans l’arrestation de Khalifa Sall, c’est l’Inspecteur général d’Etat Abdoul Kader Camara, un proche de Ousmane Tanor Dieng, qui a dirigé la mission d’audit à la mairie de Dakar pendant 18 mois et qui, par la suite, a été nommé secrétaire général du HCCT en guise de récompense.

Pourtant, il devait faire valoir ses droits à la retraite depuis février 2016. Tous ces faits conjugués sont à la base de la décadence du Ps. Une déchéance constatée dans les deux récentes élections de remplacement de défunts maires socialistes qui ne doit pas inquiéter le parti de Colobane seulement mais aussi sonner comme une alerte pour l’APR et, au-delà, tout le Bennoo Bokk Yaakaar (BBY).

D’ailleurs, dans sa page Facebook, le responsable de l’Alliance pour la République (APR) de Mbacké, Lamine Bara Gaye, considère la perte des mairies de Nguéniène et de Biscuiterie comme un signal à décrypter non seulement pour le Ps, mais également pour la coalition BBY. Cette dernière perte, surtout, démontre s’il le fallait que Khalifa Sall demeure toujours le maître de Dakar en dépit de ses déboires juridico-politiques. La perte de Nguéniène aussi est un revers politique pour les socialistes et un reniement du legs tanorien.

Si beaucoup de maires Taxawu Dakar (parmi lesquels un certain Alioune Ndoye) ont rejoint la mouvance présidentielle pendant que Khalifa était dans les liens de la détention, ils ne contrôlent pas toutefois les conseils municipaux.

A la Patte-d’oie, les khalifistes s’opposent au maire Banda Diop, nouvel allié de Macky Sall. Aux Parcelles assainies, ils tiennent la dragée haute à Moussa Sy qui a rallié la mouvance présidentielle. Ce qui veut dire que l’ex-maire de Dakar a toujours une emprise sur les communes de la capitale. Macky Sall en est si conscient qu’il n’envisage pas l’organisation d’élections locales qui peuvent jeter les bases barométriques d’une alternance en 2024 comme 2009 l’a été pour 2012.

C’est sans doute pourquoi ces locales ont été reportées pour la deuxième fois sans que le décret de report n’indique une date pour la tenue de ce scrutin. Le dialogue politique est devenu une bouée de sauvetage pour Macky Sall. Ses plénipotentiaires en sont si conscients qu’ils bloquent délibérément l’avancée des travaux du dialogue politique pour retarder la date des élections locales.

Et tout le monde sait que la future date est tributaire du dialogue politique qui a fini de délibérer sur le nouveau mode de scrutin de l’élection des maires. Une procrastination qui ne fait qu’envenimer la situation puisque les Sénégalais, déjà dans la psychose d’un 3e mandat, sont prêts pour en découdre avec Macky Sall, histoire de le prévenir.

Serigne Saliou GUEYE

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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