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La transmission humaine du virus inconnu en Chine se confirme : doit-on craindre une épidémie mondiale ?

Depuis fin décembre, les autorités chinoises ont détecté une épidémie de pneumonies dans le centre du pays. Il s’agit d’un nouveau coronavirus qui pourrait avoir été transmis à l’homme par un animal, comme pour le SRAS en 2002 et le MERS en 2012. Combien y a-t-il de personnes contaminées ? Y a-t-il un risque de propagation mondiale ? Comment le virus se transmet-il ? Voici en sept questions ce que l’on sait sur cette nouvelle épidémie.

Combien de personnes ont été contaminées et combien sont décédées ?
La Chine a annoncé ce mardi avoir recensé 77 nouvelles personnes contaminées, ce qui porte leur nombre total à 291. La majorité des cas a été diagnostiquée à Wuhan, la ville de 11 millions d’habitants, située au centre du pays où le virus a été initialement repéré.

Depuis l’apparition du virus fin décembre, six personnes sont décédées à Wuhan. Le 11 janvier, les autorités ont annoncé un premier décès, un homme de 61 ans, puis un deuxième survenu le 15 janvier, celui d’un homme de 69 ans, tombé malade le 31 décembre. La troisième victime est morte ce week-end, tout comme la quatrième, un homme de 89 ans après avoir développé les symptômes le 13 janvier et avoir été hospitalisé cinq jours plus tard dans la ville de Wuhan. Ce mardi, le maire de Wuhan a annoncé le décès de deux autres patients.

D’où est parti le virus ?
Le foyer de l’épidémie est un marché de la ville de Wuhan (Huanan South China Seafood Market) spécialisé dans la vente de fruits de mer et de poissons, où plusieurs patients contaminés travaillaient. Il a été fermé depuis le 1er janvier et des opérations de décontamination ont eu lieu, indique l’AFP. Selon le site anglophone Science Mag, des médias chinois ont rapporté que certains vendeurs du marché commercialisaient également des animaux vivants, notamment des oiseaux et des serpents.

Quels sont les symptômes de cette maladie ?
Ce nouveau virus provoque une pneumonie c’est-à-dire une infection pulmonaire aiguë, potentiellement mortelle. Les symptômes sont : la fièvre, la toux, des douleurs thoraciques ou encore une grande fatigue. Il s’agit du septième coronavirus capable de donner des manifestations cliniques chez l’humain, a expliqué à l’AFP Arnaud Fontanet, responsable de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur à Paris. Ces virus tiennent leur nom de la capsule de protéines qui les entoure et qui a une forme de couronne.

Baptisé provisoirement 2019-nCOV, ce nouveau coronavirus est à 80 % similaire génétiquement au SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), hautement contagieux, qui avait fait des centaines de victimes en 2002 et 2003. Tous deux entraînent d’ailleurs des maladies respiratoires. La gravité de ce nouveau virus semble toutefois plus faible que le Sras, juge le Pr Fontanet.

Le virus se transmet-il entre êtres humains ?
C’est tout l’enjeu des recherches actuelles sur ce nouveau virus. Jusqu’à présent, les autorités chinoises se cantonnaient à dire que ce risque de transmission d’homme à homme était jugé faible même s’il n’était pas exclu. Mais ce lundi, Zhong Nanshan, un scientifique chinois renommé de la Commission nationale de la santé, a déclaré à la télévision d’État que la transmission par contagion entre personnes était avérée. Les autorités chinoises ont confirmé deux cas de transmission humaine de ce virus dans la province du Guangdong, a par ailleurs rapporté l’agence Chine nouvelle.
Le chercheur britannique Jeremy Farrar, spécialiste des maladies infectieuses interrogé par Reuters, s’était déjà prononcé dans ce sens : De

nombreuses incertitudes demeurent mais il est désormais clair qu’il existe une transmission entre humains. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime pour sa part qu’un animal semble être la source primaire la plus vraisemblable, avec une transmission limitée d’humain à humain par contact étroit.

Dans les cas précédents de coronavirus comme le SRAS et le MERS, qui ont entraîné une contamination grave chez l’homme, le virus a d’abord été transmis par un animal à l’homme puis une contamination entre humains a été observée (en respirant des gouttelettes, en touchant des fluides ou des objets contaminés).

Selon l’Inserm, pour le SRAS, plus de 8 000 cas ont été recensés dans 30 pays et 774 personnes sont décédées (soit près de 10 % de mortalité), principalement en Chine et à Hong Kong en 2002 et 2003. En France, sept cas avaient été identifiés, dont un était décédé. À l’époque, la transmission s’était faite après le contact par l’homme avec des civettes infectées, cet animal ayant lui-même été vraisemblablement contaminé par des chauves-souris.

Quant au MERS (Middle East Respiratory Syndrome), qui est apparu en 2012 en Arabie Saoudite, l’hypothèse est que le virus avait été transmis à l’homme par le dromadaire via des sécrétions (urine, lait de chamelle…). Puis, des transmissions ont eu lieu entre êtres humains. Les autorités sanitaires ont recensé pour ce virus-là 1 589 cas et 567 décès dans 26 pays (soit un taux de mortalité d’environ 30 %), principalement dans la péninsule arabique mais également en Corée du Sud. En France, deux cas avaient été diagnostiqués en 2013. L’un d’entre eux était décédé.

Faut-il craindre une pandémie ?
La majorité des cas ont été recensés à Wuhan, mais rien qu’en Chine, l’épidémie s’est déjà étendue à d’autres grandes villes, notamment Pékin, où cinq patients ont été répertoriés, et Shanghai (un patient), et dans les provinces du Xinjiang et du Guangdong. Deux Chinoises voyageant respectivement en Thaïlande et en Corée du Sud ont été détectées positives au virus tout comme un homme reparti au Japon. Chacun d’entre eux est passé dans la ville de Wuhan, mais tous n’ont pas été au marché aux poissons, a précisé l’Organisation mondiale de la Santé.

En Australie, un homme présentant les symptômes du mystérieux virus a été placé à l’isolement à son domicile, a annoncé ce mardi un média local. L’homme, qui pourrait être le premier cas suspect du pays, est semble-t-il récemment rentré d’un séjour à Wuhan.

L’épidémie intervient à l’approche des festivités du Nouvel an chinois, la période la plus chargée de l’année dans les transports, durant laquelle des centaines de millions de Chinois voyagent en bus, train et avion pour rendre visite à leur famille. Malgré les risques de propagation, les déplacements en Chine ne font pour l’heure l’objet d’aucune restriction.

Sortant de son silence pour la première fois ce lundi, le président chinois Xi Jinping a toutefois promis de prendre des mesures pour freiner la propagation du virus.

Peut-on croire les autorités chinoises dans leur évaluation du risque ?
Ce week-end, des scientifiques d’un centre de recherches de l’Imperial College à Londres, qui conseille des institutions comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ont mis en doute les chiffres officiels. Selon leurs calculs, 1 723 personnes avaient probablement déjà été contaminées par le virus à la date du 12 janvier à Wuhan. Pour que cette ville ait exporté trois cas vers d’autres pays, il faut qu’il y ait beaucoup plus de cas que ce qui a été annoncé, avait alors expliqué à la BBC le professeur Neil Ferguson, l’un des auteurs de l’étude, se disant très préoccupé.

L’attitude de la Chine semble toutefois bien meilleure que lors de l’apparition du SRAS. Selon le Pr Fontanet de l’institut Pasteur, les autorités sanitaires chinoises ont même accompli un tour de force en repérant qu’un problème anormal était en cours au moment des premiers diagnostics mi-décembre, puis en faisant la relation entre ces patients et le marché.

En outre, la Chine a rapidement réalisé et partagé avec le reste du monde la séquence génétique de ce nouveau coronavirus, ajoute le Pr Adam Kamradt-Scott, de l’Université de Sydney. Cela a permis de mettre sur pied un test spécifique pour identifier les cas.

Par rapport au SRAS, l’une des premières différences, c’est la transparence (de la Chine) vis-à-vis de l’OMS, conclut le Pr Fontanet, puisqu’en 2002-2003, l’histoire avait été cachée pendant plusieurs mois

Quelles mesures sont prises pour éviter la propagation ?
Depuis vendredi 17 janvier, les États-Unis filtrent les vols en provenance de Wuhan à l’aéroport de San Francisco et à l’aéroport JFK de New York – qui reçoivent tous deux des vols directs de Wuhan – ainsi qu’à celui de Los Angeles, où sont assurées de nombreuses correspondances. La Thaïlande, où deux cas ont été recensés, a également renforcé les contrôles dans ses aéroports. Les autorités de Hong Kong ont aussi pris des nouvelles mesures de contrôle aux frontières, avec des détecteurs de température corporelle. L’Australie a déclaré ce mardi qu’elle filtrerait les passagers des vols en provenance de Wuhan.

Sur sa page Internet, le ministère français des Affaires étrangères rappelle toutefois que l’OMS ne préconise pas à ce stade de restrictions des voyages ni la mise en place de procédures de dépistage pour les pays concernés.

L’Organisation mondiale de la santé tiendra mercredi à Genève une réunion d’urgence consacrée au mystérieux virus. Un comité dédié doit se réunir pour déterminer s’il convient de déclarer une urgence de santé publique de portée internationale, a annoncé lundi l’organisation. L’OMS n’utilise ce terme que pour de rares cas d’épidémies nécessitant une réaction internationale importante, comme pour la fièvre Ebola.

Digital Manager - Chef de projet chez Alixcom Dakar | E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

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