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La grande muraille, une mue au vert pour freiner le désert et la pauvreté

-Pour le Sénégal, un des onze pays engagés dans le projet, ce sont 817 mille 500 hectares à couvrir sur un tracé de 545 km de long pour une largeur de 15 km.

L’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) avait établi, à travers des estimations faites en 2019, une perte annuelle de 35 mille hectares de couvert forestier pour le Sénégal.

Comparativement aux chiffres de la même structure datant de quelques années plus tôt, la courbe est descendante.

« Quinze ans plus tôt, c’était 40 mille hectares perdus par an selon les estimations de la Fao », a ainsi fièrement relevé Pape Waly Guèye, directeur de l’agence nationale de la grande muraille verte (Angmv) entre 2013 et 2017.

Un gain de verdure assurément à l’actif du projet panafricain de la grande muraille verte (GMV) qui concerne pour le pays les trois régions situées dans la bande saharo-sahélienne, dans le Nord du pays.

« Le projet de la grande muraille verte s’active dans 16 communes situées dans les régions de Louga, Matam et Tambacounda. Régions qui enregistrent en moyenne entre 100 à 400 mm par an », a précisé Guèye.

Dans cette zone où les températures trustent les 50 degrés pendant la saison sèche et où le sol est très aride, le choix des arbres pour réussir le projet demeure primordial.

C’est principalement le jujubier, le dattier du désert (balanite aegyptiaca), l’acacia, le tamarinier qui sont utilisés dans cette campagne de restauration des terres.

« Des espèces qui n’ont pas besoin de beaucoup d’eau pour se développer et qui résistent aux agressions multiples », a-t-il fait comprendre.

« 18 299 424 plants produits, 42 452 hectares reboisés, 13 250 Km de pare feux aménagés et 13 000 hectares mis en défens », a-t-il dressé comme bilan de l’Angmv à son départ de la tête de l’agence étatique. Il a assuré que le Sénégal affiche à l’échelle continental la meilleure avancée dans le projet.

Pour le pays en effet, c’est 817 mille 500 hectares à couvrir sur un tracé de 545 km long pour une largeur de 15 km. Chacun des 11 pays gère la portion sur son territoire pour espérer arriver, à l’horizon 2030, à établir la GMV qui va s’étirer de Dakar à Djibouti sur 7800 km pour un total de 11 millions d’hectares à couvrir.

Un potentiel pourvoyeur de revenus
Il n’est pas pour autant uniquement question d’une bande compacte d’arbres traversant d’Ouest en Est le pays sur tout le linéaire pour freiner l’avancée du désert. Il se dédouble d’un système d’aménagement planifié pour la gestion durable des ressources naturelles et des écosystèmes et un moyen de lutte contre la pauvreté.

Contacté par Anadolu, le colonel Gora Diop, qui gère actuellement la Direction de la GMV, une des trois directions de l’agence sénégalaise de la reforestation et de la grande muraille verte (Asrgmv- entité ayant remplacé depuis 2019 l’Angmv) a décliné les objectifs de son département.

« L’objectif c’est de faire de la grande muraille verte un pôle de développement socio-économique résilient. Au niveau de la grande muraille verte on intervient sur les terres dégradées dont les causes sont l’érosion éolienne, l’érosion physique et la remontée saline », a-t-il expliqué

« Notre objectif est de jouer sur la neutralité des terres et, à ce registre, on peut être évalués sur trois aspects », a poursuivi Diop, énumérant à ce propos la productivité, la couverture végétale et la quantité de carbone séquestrée.

Le fait de circonscrire les performances de la GMV au seul aspect de surfaces reboisées serait, d’après lui, une mauvaise lecture du projet.

« En terme de réalisation physique on est à 65 mille hectares reboisés et 65 mille hectares mis en défens », a-t-il indiqué, évoquant un taux « pas loin de 14 à 15% » de reboisement.

« C’est des zones où l’activité sylvopastorale est dominante donc il faut, dans les aménagements, penser à l’aspect circulation du bétail divagant. On met tout autour des parcelles du fil barbelé pour justement protéger les jeunes plants », a rappelé Diop.

« Avoir une muraille verte c’est le résultat final. Ce que nous cherchons au quotidien c’est la restauration de terres jadis dégradées pour permettre aux populations d’améliorer leurs conditions d’existence à travers l’environnement, l’alimentation, la santé et leur mode de vie », a-t-il indiqué.

La GMV est un échelonnement de parcelles d’environ 600 hectares chacune, implantées dans les différentes zones et permettant aux populations locales de s’adonner à l’agroforesterie, à l’arboriculture et au maraichage

Au village de Widou Thiengoly dans le département de Linguère (région de Louga à 305 km de Dakar), un jardin polyvalent implanté dans une des parcelles du projet a considérablement rehaussé le niveau de vie de femmes.

« La présence de la grande muraille verte a permis de relancer beaucoup d’activités. En plus du reboisement, elle nous a permis de disposer d’un jardin où nous cultivons beaucoup de spéculations », a expliqué Aminata Sow, membre du groupement de femmes du village.

« Nous faisons nos activités en continu aussi bien durant l’hivernage qu’en période sèche. Les bénéfices partagés entre membres du groupement nous permettent de subvenir à nos besoins », a-t-elle fait savoir.

« Chaque jardin constitue un nœud nouveau au sein du système spatial, social et économique que constitue son village d’implantation », a souligné à ce propos l’ancien directeur de l’Angmv.

« Une valeur de 9 016 000 francs cfa (16.650 usd) a été générée en 2019 pour l’ensemble des produits forestiers obtenus à Labgar (une commune de Linguère abritant deux parcelles aménagées) », a-t-il donné comme illustration, mettant en avant pour ce décompte les 10 439 kilos de fruits de balanites qui ont été produits.

Engagement citoyen autour de la GMV
Chaque année à l’approche de l’hivernage, des volontaires sont mobilisés pour des campagnes de reboisement. Il s’agit d’éléments des forces de défense et de sécurité, de membres d’associations de protection de l’environnement ou de simples citoyens.

Claude Diouf, habitant de Rufisque (Dakar), a pris part à une de ces campagnes en 2017 à Sakal (Linguère). Selon lui, 5000 hectares avaient été reboisés lors de la campagne à partir de 2 millions de plants produits dans 6 pépinières établies dans la localité.

Des forages, bassins de rétention et autres aménagements sont mis en place pour assurer l’entretien des pépinières dans la zone pour pallier le déficit en eau.

Outre le manque d’eau, la divagation du bétail à la recherche de nourriture est l’autre grande contrainte menaçant les espaces aménagés.

« Les éleveurs n’hésitent pas à couper les fils barbelés pour permettre à leurs animaux d’entrer dans les espaces. Chaque fois que cela arrive et c’est souvent le cas, c’est des hectares perdus », s’est désolé Malick Kâ, un chanteur activiste mettant à profit sa voix pour la sensibilisation des populations.

Des perspectives heureuses
Lors de la 4ème édition du One Summit Planet tenue en janvier 2021 à Paris, une promesse d’investissements de 14 milliards usd sur la décennie 2021-2030 a été faite.

« C’est encore des promesses d’investissement et on attend de voir », avait constaté l’écologiste Ali Haidar, directeur général de l’Asrgmv entre 2019 et mars 2022 et acteur sénégalais de premier plan dans la lutte en faveur de l’environnement.

« On sait ce qui marche et ce qui ne marche pas. C’est à partir de notre diagnostic que nous avons élaboré un programme d’investissement prioritaire décennal (Pipd) qui concerne tous les pays », croit savoir l’actuel directeur de la GMV.

« Nous sommes partis du diagnostic pour faire ce document pour les 10 ans à venir. C’est sur la base de ce document stratégique que les promesses ont été faites au One Summit Planet », a enchainé Gora Diop, précisant que les engagements sont de 19.83 milliards usd.

« Le Sénégal a mis dans le portefeuille cinq projets d’un coût global de 1.5 milliards usd », a-t-il relevé ; montant qui selon lui va permettre la réalisation du projet.

« Ce n’est pas une mission impossible il faudra juste ne rien attendre et foncer avec les moyens du bord et surtout impliquer les communautés pour qu’elles s’approprient le projet dans leurs localités respectives », théorisait récemment Haidar lors d’une visite d’évaluation après la mise sous terres de plants à Mbeyenne dans la commune de Daara (région de Louga).

« Nous comptons préserver ces plants comme nous protégeons nos enfants. Grâce à ces arbres, c’est toute une série de combinaisons : la santé avec un environnement sain, des revenus pour la maison et la prospérité pour tout le village », reprenait Amy Mbathie, présidente du groupement de femmes du village, s’exprimant à la suite du discours de Haidar.

Les évaluations pour le Sénégal tournent autour de 500 milliards francs cfa (923 millions usd) pour mener à terme le projet dont le budget alloué annuellement par l’état n’a jamais dépassé les 2 milliards francs cfa (3.6 millions usd) depuis son lancement en 2008.

C’est dire que la matérialisation des investissements annoncés par le One summit Planet pourrait donner une nouvelle trajectoire à la GMV au Sénégal. Faudrait-il aussi que dans les dix autres pays des actions d’envergure prennent cours pour arriver à l’objectif assigné dans cette initiative de l’UA pour lutter contre la désertification et les effets du changement climatique en Afrique.

Outre le Sénégal, le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Tchad, l’Erythrée, l’Ethiopie et Djibouti sont les pays concernés.

Alioune NDIAYE

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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