Société

Echec des politiques d’emploi des jeunes, Barsa Walla Barsakh: l’inquiétante résurgence de l’émigration clandestine

Alors que les révélations du Bureau international du travail (BIT) sur son niveau de chômage ont sonné comme un coup de massue, le Sénégal est parallèlement secoué par une résurgence de l’émigration clandestine dans un contexte de récession.

S’agit-il alors d’un échec flagrant des politiques publiques du régime actuel en matière d’emploi ? Qu’en est-il de la posture suicidaire des jeunes candidats au « Barça ou Barsakh » et premières victimes du marasme économique ? Des experts se livrent à un diagnostic sans complaisance de cette situation inquiétante.

A son accession au pouvoir, la question de l’emploi était au cœur de son programme. dans les projections, la promesse qui avait le plus retenu l’attention était celle de créer 500 mille emplois. Huit longues années se sont écoulées depuis ces promesses du candidat du « Yoonu yokkuté ».

Deux constats révélateurs de l’orientation des politiques publiques se dressent face au président Macky Sall. L’un, livré par un récent rapport du Bureau international du travail (BIT), classe le Sénégal parmi les trois pays au monde où le taux du chômage est le plus élevé. L’autre constat, qui a ébahi plus d’un, est la résurgence de l’émigration clandestine chez les jeunes en quête de lendemains meilleurs dans l’Eldorado européen avec, en toile de fond, les nombreuses noyades dans la Méditerranée.

Le tout, à la croisée d’une récession économique engendrée par une pandémie du coronavirus qui semble précipiter le pays vers le gouffre. Auteur de l’ouvrage « Les limites du Plan Sénégal Emergent », paru en décembre 2016, l’économiste Mansour Samb revient sur les enjeux du rapport du BIT sur fond d’un diagnostic du PSE.

« Le Rapport de l’Organisation internationale du travail, qui a évoqué les problématiques liées au chômage dans le pays, est très illustratif en matière de politique publique menée par les Etats. Car, de nos jours, la question de l’emploi est au cœur des économies. En France, par exemple, c’est à partir de la courbe de l’emploi et du chômage que l’on reconnait l’efficacité où l’échec du gouvernement », explique d’emblée l’économiste.

Au Sénégal, poursuit-il, le chef de l’Etat, Macky Sall, a fondé sa politique de développement économique sur le Plan Sénégal Emergent (PSE) à travers lequel il s’est focalisé sur des infrastructures d’appui à la production de richesses. «Ce choix politique a ainsi mis l’accent sur les constructions de grande envergure comme les autoroutes, les ponts et les rails avec un coût d’investissement de plus 3000 milliards. Or, ces infrastructures ne sont pas pourvoyeuses d’emplois significatifs. Ils fournissent juste des emplois modérés parce que 80 % des ouvriers dans ces chantiers sont dans la précarité.

Hélas, pendant sept ans, l’Etat était dans cette dynamique », se désole l’économiste pour expliquer une des raisons de la faillite, selon lui, des politiques publiques en matière d’emploi. Dans l’autre pan de son analyse, Mansour Samb évoque des incohérences d’une politique agricole qui, d’après lui, n’a pas permis de retenir finalement les jeunes au bercail. « Tous ces jeunes qui prennent la voie des pirogues sont des travailleurs du secteur informel se trouvant la plupart en zone urbaine. Mais, en réalité, ils viennent du monde rural parce que nos politiques publiques sont incapables de les fixer dans leur terroir.

Ce, dans la mesure où l’activité principale dans le monde rural se trouve être l’agriculture, un secteur qui n’a pas connu des résultats probants » estime l’économiste. D’après Mansour Samb, le PRACAS (Programme d’Accélération de la Cadence de l’Agriculture Sénégalaise) serait un exemple illustratif de ce qu’il dénonce. A l’en croire, ce programme, volet agricole du PSE ayant englouti un coût d’investissement de 580 milliards pour le développement de trois filières (riz, oignon et horticulture), n’a pas connu un rendement meilleur.

« Aujourd’hui, même le riz a pris plus de 400 milliards. Mais malheureusement, c’est sur la vallée du Fleuve Sénégal différent du monde rural. Or, les jeunes qui s’activent le plus dans l’émigration clandestine proviennent des zones du Bassin arachidier et des régions du Sud. Or, pour maintenir sur place ces populations du monde rural avec ses deux millions d’agriculteurs, il faut une réelle productivité industrielle pouvant leur garantir de bonnes conditions de vie autres que les boulots précaires qu’ils retrouvent dans les rues de la capitale durant les neuf mois après l’hivernage », soutient M. Mansour Samb.

Boubacar Sèye: Pr HORIZON SANS FRONTIERES: Il va y avoir une intensification de ces flux migratoires clandestins

Président de l’organisation nationale de défense des migrants (OIM), Boubacar Sèye, est sans équivoque sur l’urgence du péril migratoire massif et clandestin qui prévaut actuellement dans le pays. Pour l’humanitaire, la résurgence de ce phénomène au bilan macabre constitue un des prémices d’un chaos économique qui guette le Sénégal. «Dans des pays comme le nôtre, cette ruée massive des jeunes en Occident, dans des embarcations de fortune, n’est qu’une résultante des problèmes de mauvaise gouvernance qui obstruent les perspectives d’épanouissement des couches vulnérables que sont la jeunesse, les femmes et autres.

Ils sont en quête d’un avenir digne. Et il faut dire que le doute a tellement perforé leur environnement psycho- sociologique au point que ces gosses-la, pensent qu’il ne peuvent plus réussir dans leur pays. C’est pourquoi, il va y avoir une intensification de ces flux migratoires clandestins», alerte le président de l’ONG horizon sans Frontières, se fondant sur les lendemains sombres annoncés pour l’ère post-covid19 au Sénégal.

Il enchaine : «Les indicateurs macro-économiques sont au rouge au Sénégal. On note des vagues de migrants partout. Il faut s’attendre au pire parce qu’il y a eu un échec total dans la prise en charge de cette question. Beaucoup d’argent a été injecté mais rien de concret. Les dirigeants ont encaissé des milliards de la part des pays occidentaux pour mener des politiques d’emplois en faveur de ces jeunes, mais rien n’a été fait en ce sens.

D’ailleurs, il est temps qu’un audit soit diligenté par ces pays pour savoir où est passée cette manne financière » estime notre interlocuteur. déplorant le sort réservé à ces jeunes par les dirigeants africains, Boubacar Sèye brandit la menace de crime contre l’humanité. Car, selon lui, les dirigeants africains sont responsables en grande partie de cette situation. « Nous les accusons de crime contre l’humanité. Car c’est devenu un fonds de commerce pour certains d’entre eux qui n’hésitent pas à tendre la main à l’Union européenne en soutenant vouloir freiner l’émigration clandestine. Ce alors qu’ils empochent ces milliards que l’Europe leur remet à cette fin », se désole le patron de l’ONG horizon sans Frontières, Boubacar Sèye.

Falilou MBALLO

Digital Manager - Chef de projet chez Alixcom Dakar | E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

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