Société

Chômage inquiétant, avenir incertain: Les jeunes encore prêts à se tuer en mer pour l’Eldorado Européen !

Depuis quelques semaines, l’émigration clandestine refait surface dans notre pays. Les jeunes, obsédés par la quête d’un avenir meilleur, sont prêts à emprunter des pirogues de fortune pour accomplir leurs rêves d’un eldorado ailleurs, notamment en Europe.

Confrontés à un chômage sans précédent, ces jeunes désespérés, face aux promesses étatiques non tenues, soutiennent que rien ne les retiendra au pays. Autrement dit, ils sont prêts donc à se lancer dans l’aventure périlleuse de l’émigration clandestine. Quitte à se noyer dans la Méditerranée.

Confrontés à un chômage endémique et un avenir incertain, les jeunes ont repris le chemin des pirogues malgré les risques encourus de périr en mer.

Récemment, l’Organisation Internationale du Travail a sorti un rapport classant le Sénégal troisième pays au monde où le taux de chômage est le plus élevé avec 48 % de chercheurs d’emplois. Dans ce triste classement, notre pays vient derrière la Syrie avec 50 % alors que le Burkina Faso occupe la première place avec 77%.

Les jeunes prêts pour l’Eldorado quoiqu’il puisse leur coûter!
Nos dirigeants ont beau contester l’étude qui place le Sénégal dans le classement des 10 pays où le chômage est le plus élevé et élaboré par l’OIT, mais les faits sont là. Le chômage est bien une réalité au Sénégal.

Dans la capitale comme à l’intérieur du pays, des centaines de milliers de jeunes sont sans emploi. Ceci peut constituer une des raisons qui poussent ces jeunes désespérés à se lancer de nouveau sur le chemin de l’émigration clandestine. Devant un salon de coiffure du quartier Médina Marène 1 de la commune Diamaguène, non loin du pont qui mène vers Thiaroye, des jeunes sont assis dans leur grand-place habituelle.

Théière posée au milieu, ces jeunes dont la plupart sont sans qualification et d’autres des étudiants, discutent sur tous les sujets. Passant du coq à l’âne. Mais quitter le Sénégal pour un ailleurs meilleur, c’est le rêve de Papis Diagne. Celui-ci, malgré de multiples tests effectués pour devenir un joueur professionnel, ne désespère pas de quitter un jour le pays. Le jeune homme se dit prêt à risquer sa vie pour changer la situation sociale de sa famille. « C’est une question de chance. Dans la vie tout est risques.

Comme on aime souvent le dire, qui ne risque rien, n’a rien ! J’ai des amis qui sont passés par l’émigration clandestine et ont réussi à changer la situation sociale de leur famille. Certes, c’est dangereux d’emprunter les pirogues pour se rendre en Europe tout en sachant qu’on peut y perdre la vie.

Mais parfois, on n’a pas de choix. Qu’est-ce qu’il y a dans notre pays ? Rien…à part la politique et des insultes. Pas d’emplois, encore moins d’insertion professionnelle. Même les diplômés chôment. C’est difficile, les autorités nous soûlent avec leurs beaux discours. Rien de concret. Ces pourquoi les jeunes comme nous voulons nous rendre en Europe quoiqu’il puisse nous en coûter » confie sans état d’âme Papis Diagne qui se dit prêt à toutes les tentatives.

Djiby Diallo est père de trois enfants. Malgré lui, il tient un atelier de couture sans passion. Après une année passée en Afrique Centrale, son souhait a toujours été de migrer en Europe. C’est ainsi qu’il avait payé une somme de 100 mille francs pour «Barça ».

Arrivés dans la zone d’embarquement, ils ont été vite interpellés par les forces de l’ordre. « Peut- être que j’aurais pu être en Espagne ou au fond de la mer. Nous étions sur le point d’embarquer et, subitement, les forces de l’ordre, comme si on leur avait signalé notre présence, ont fait irruption pour nous interpeller. Si je revois quelqu’un organiser ce type de voyage, je n’hésiterais pas à me lancer. Je ne compte pas rester tailleur durant toute ma vie » a confié ce père de famille qui assure que rien ne le retiendra dans ce pays.

La confession d’un jeune qui a perdu son frère ainé dans l’émigration clandestine !
Périr au fond de la mer en se lançant dans l’émigration clandestine. Cela, Daouda Wade, étudiant en développement communautaire à l’Université Alioune Diop de Bambey, ne le risquerait pas. Sa famille n’a plus revu le corps de son frère qui s’est noyé en empruntant une pirogue de fortune pour l’Europe. Cette disparition de son frère l’a beaucoup affecté.

Surtout, cette souffrance de n’avoir pas vu le corps et de le savoir au fond de l’océan. Dans ces circonstances, difficile de faire son deuil. Daouda souffre de ce drame, sa famille également. Lorsqu’il parle de son jeune frère, il ne peut s’empêcher de verser des larmes. « Les difficultés conjoncturelles de la vie ne devraient pas nous pousser à sacrifier nos vies. Il faut s’armer de courage et de patience pour faire face aux difficultés de la vie. Il ne faut pas être pressé non plus. J’ai perdu un frère qui m’était très proche dans l’émigration clandestine. Le plus douloureux, c’est de n’avoir jamais vu son corps. Ce qui nous a empêchés de faire notre deuil. Nous sommes restés des mois avant de nous résoudre à accepter sa disparition avec d’autres personnes qui n’avaient plus donné signe de vie. Ils s’étaient tous noyés au fond de la mer » a confié Daouda Wade dans une émotion très dense.

Il est 11 heures au Quai de pêche de Hann- Bel air où l’affluence est monstre! Clients, pêcheurs, mareyeurs grossistes et badauds se disputent l’espace. A l’entrée, le visiteur marche sur des flaques de glaçons et des poissons tombés des paniers de jeunes chargés de les acheminer vers les camions. La zone que l’on nous avait indiqué comme étant un point d’embarquement de candidats à l’émigration est vide. « Peut-être que cela se fait en cachette. Mais le quai de pêche de Hann n’est connu que par son activité florissante de pêche et de vente des poissons. Je me rends très tôt dans ce quai. Je le quitte tard également. Je n’ai pas une seule fois entendu parler d’un embarquement pour une émigration clandestine» a expliqué Elimane Dieng.

Parmi les milliers de jeunes qui prennent des pirogues pour se rendre en Europe, périssent en mer. Très peu arrivent à franchir les portes de l’Europe. Hélas, ceci est loin de les décourager. La réussite pour sortir leurs familles de la précarité devient une obsession. « On ne peut rien reprocher à ces jeunes qui s’aventurent dans l’émigration clandestine. Le gouvernement avait promis plus de 500 mille emplois aux jeunes. Rien n’a été respecté. Moi-même, si l’occasion se présente, je n’hésiterais pas à embarquer dans une pirogue » confie un jeune mareyeur trouvé sur les lieux.

L’émigration clandestine bannie à Soumbédioune !
Une brise de mer souffle sur les côtes de Soumbedioune. des pirogues quittent la berge. Sur le littoral sont arrimées des dizaines de pirogues. A notre arrivée ce jour du mois d’octobre, pourtant, ce n’était pas le décor habituel de Soumbedioune avec sa belle ambiance. C’est un calme plat qui régnait sur les lieux.

Un groupe d’individus composé de jeunes et d’adultes squatte la terrasse en face de la mer. « Je ne recommande à aucun jeune du pays, à plus forte raison mon fils, de sacrifier sa vie dans l’émigration. Il faut croire en Dieu… Ne pas se presser pour son destin. On peut rester au pays et se débrouiller dans des petites activités » recommande le vieux pêcheur Pa Ousseynou Ndoye dont le conseil n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

Un jeune de son entourage partage cet avis. « C’est vouloir mettre fin à ses jours que d’essayer d’embarquer dans ces pirogues de fortune qui tiennent difficilement face à la furie des vagues. Vous n’avez aucune chance de survivre », dit, lapidaire, ce jeune pêcheur.

Ces pêcheurs et mareyeurs ont exprimé des avis différents mais sont unanimes sur un point : Soumbédioune n’est pas un lieu d’embarquement pour migrants clandestins. A les en croire, ces candidats à l’émigration clandestine embarquent ailleurs pour échouer souvent à Soumbedioune mais ne quittent jamais ce port d’attache pour se lancer à l’assaut de « Barça ». Au risque de croiser « Barsakh » (l’enfer) sur leur chemin !

Silèye MBODJI

Digital Manager - Chef de projet chez Alixcom Dakar | E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

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