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Candidats, enjeux… Tout comprendre au scrutin sénégalais du dimanche 24 mars 2024

Le premier tour de l’élection présidentielle sénégalaise se tient ce dimanche 24 mars 2024, après une grave crise provoquée par un report surprise du scrutin initialement prévu en février. Candidats, enjeux, contexte, prévisions… Voici quelques clefs pour comprendre.

Ils devront choisir entre continuité et changement. Sept millions de Sénégalais seront appelés, dimanche 24 mars 2024, à élire un nouveau président pour succéder à Macky Sall. Ils devront trancher entre le candidat du pouvoir et 17 autres concurrents. Prêts à devenir le cinquième président du Sénégal, les candidats, qui écument le pays jusqu’à vendredi dans des cortèges colorés, offrent une alternative.

Et ce, pour tourner la page d’une interminable confrontation politique avec l’actuel chef de l’État et investir les revenus attendus du gaz et du pétrole dans le développement de leur pays. Le scrutin est suivi avec attention, puisque cet État reste considéré comme l’un des plus stables d’une Afrique de l’Ouest régulièrement secouée par les putschs.

Un contexte politique tendu
Le Sénégal demeure l’un des rares pays du continent à n’avoir connu aucun coup d’État depuis son indépendance, le 4 avril 1960. Il a élu ses quatre présidents depuis 1963 au suffrage universel et pratiqué l’alternance politique en 2000 et 2012. Le pays a néanmoins déjà connu, depuis 1960, plusieurs épisodes de violence politique souvent meurtrière.

Depuis 2021, le bras de fer entre l’opposant Ousmane Sonko et le pouvoir, conjugué au flou maintenu par le président sur un troisième mandat et aux tensions sociales, a conduit à des troubles. Cela a donné lieu à des dizaines de personnes tuées et des centaines arrêtées. Et l’image du Sénégal a souffert.

Au pouvoir depuis 2012, le président Macky Sall, qui s’était attiré les louanges en renonçant en 2023 à briguer un troisième mandat, a causé un choc en décrétant le 3 février, à la dernière minute, un report de la présidentielle prévue trois semaines plus tard. L’annonce a suscité une nouvelle agitation et des manifestations qui ont fait quatre morts. Le Conseil constitutionnel a finalement forcé l’exécutif à organiser l’élection, fixée au 24 mars. Contraint, le gouvernement a fait voter une amnistie et libérer des centaines de personnes, dont Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, détenus pendant des mois.

Plusieurs enjeux nationaux
Le Sénégal est un pays jeune puisque la moitié des 18 millions d’habitants ont moins de 18 ans, selon des statistiques officielles citées par l’AFP. À l’international, Dakar maintient des relations fortes avec l’Occident tandis que la Russie renforce ses positions alentour. À l’intérieur de ses frontières, le Sénégal a plusieurs défis à relever. Il fait face à une pauvreté persistante et à un chômage chiffré officiellement à 20 %.

Gaz et pétrole
L’État ouest-africain doit rejoindre en 2024 le cercle des producteurs de gaz et de pétrole. De vastes gisements ont été découverts dans l’Atlantique au large du pays depuis 2014. Plusieurs fois reportée, la mise en exploitation des réserves par plus de 2 000 m de fond est annoncée cette année. La production sera destinée à l’exportation et à la consommation domestique. Si elle sera loin d’atteindre les niveaux des géants mondiaux et africains, des revenus en milliards de dollars en sont attendus, ainsi qu’une transformation accélérée de l’économie. Mais cet espoir va de pair avec la peur que cette ressource ne déséquilibre l’économie du pays et amène finalement plus de pauvreté. La répartition de ces revenus est un thème de la campagne présidentielle.

Tourisme
Au Sénégal, le tourisme représentait près de 7 % du PIB et environ 8 % des emplois en 2022, selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme. Parmi les attraits du pays, ses 700 km de côte, le musée des Civilisations noires ouvert à Dakar en 2018 ou le patrimoine de Saint-Louis au nord. Et l’île de Gorée, symbole de la traite négrière, d’où sont partis pendant plusieurs siècles des esclaves africains vers les Amériques, et lieu de mémoire inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco comme « symbole de l’exploitation humaine ». Cette île est aussi un remarquable site sur l’Atlantique, non loin de la capitale de ce pays d’une grande richesse culturelle.

Émigration
Le pays est aussi confronté aussi à une forte émigration. Des milliers de Sénégalais chaque année, des jeunes surtout, au total des dizaines de milliers depuis des années, se sont embarqués sur des pirogues pour tenter de gagner l’Europe par l’Atlantique, en quête d’une vie meilleure. D’après des ONG espagnoles et l’agence européenne Frontex, les Sénégalais sont dans les plus représentés parmi les migrants arrivés en nombre record en 2023 dans l’archipel espagnol des Canaries, porte d’entrée de l’Europe. Un nombre inconnu mais élevé de leurs compatriotes ont péri en mer. Une autre route migratoire est en plein essor : des Sénégalais prennent l’avion pour le Nicaragua, puis remontent l’Amérique centrale par voie terrestre pour tenter de rejoindre les États-Unis.

Quatre candidats principaux
Dix-sept hommes et une femme seront en lice ce dimanche. C’est la première fois que le président sortant ne se représente pas à l’élection. Quelques-uns des prétendants sortent du lot.

Amadou Ba
Dauphin de l’actuel président qui l’a adoubé pour porter les couleurs de la coalition gouvernementale, Amadou Ba se présente comme un « serviteur de l’État ». Âgé de 62 ans, cet ancien inspecteur des impôts met en avant son image d’homme pondéré qui maîtrise ses dossiers.

Ministre de l’Économie et des Finances de 2013 à 2019, il joue les premiers rôles dans la mise en œuvre du Plan Sénégal Émergent, vaste programme pluriannuel de développement. Après un passage aux Affaires étrangères, il est nommé en 2022 Premier ministre où il reste jusqu’à début mars. Son expérience et son langage inspirent la confiance des partenaires étrangers. Revendiquant le bilan de Macky Sall, Amadou Ba est aussi crédité d’un réseau très dense, y compris chez les chefs religieux, très influents.

Amadou Ba fait face à trois candidatures dissidentes au sein de la majorité sortante et dit vouloir « partager la prospérité » engendrée par un plan de développement du président Sall. Prônant « l’unité », « la paix » et « l’espoir », il promet s’il est élu de « créer 1 million d’emplois sur 5 ans » en investissant dans l’agriculture, l’industrie, les infrastructures et les énergies renouvelables.

Les Sénégalais doivent voter « pour l’expérience et la compétence. Au lieu de confier les rênes du pays à des aventuriers », estime Amadou Ba, selon des propos rapportés par l’AFP. Il critique en particulier la proposition de Faye et Sonko d’émettre une monnaie sénégalaise à la place du franc CFA.

Bassirou Diomaye Faye
Tête d’affiche de l’opposition anti-système, Bassirou Diomaye Faye, 43 ans, a été désigné candidat pour remplacer Ousmane Sonko, plus populaire et charismatique mais disqualifié par le Conseil constitutionnel. Il était pourtant lui aussi détenu depuis avril 2023 et brillait par son absence pendant une partie de la campagne, jusqu’à sa libération la semaine passée, en même temps que celui dont il a fait la connaissance à l’administration des Impôts et des Domaines.

« Diomaye mooy Ousmane » (« Diomaye c’est Ousmane »), assurent en langue ouolof le parti et ses supporters, qui comptent sur « son charme et sa perspicacité » pour suppléer à l’éloquence de son leader, dont il est le second à la tête du parti Pastef. Un leader qui s’est d’ailleurs mis à son service, lors du ratissage du pays à bord de convois qui drainent des foules de sympathisants enthousiastes.

Le discours souverainiste d’Ousmane Sonko, ses diatribes contre les élites, les multinationales et l’emprise exercée, selon lui, par la France résonnent dans une partie de la population, dont la moitié a moins de 20 ans. Mais son suppléant peine à sortir de son ombre. Il se veut le « candidat du changement de système » et d’un « panafricanisme de gauche » et promet une réappropriation de la souveraineté nationale.

« Diomaye a les épaules assez larges pour piloter le projet », assure l’un de ses porte-paroles, El Malick Ndiaye, en réponse aux critiques récurrentes sur son manque d’expérience. « Le plus grave danger qui guette le Sénégal aujourd’hui s’appelle Amadou Ba », pour Ousmane Sonko, qui dénonce un « fonctionnaire milliardaire » qui « sera le président des pays étrangers ».

Khalifa Sall
Peut-être le troisième homme. À 68 ans, Khalifa Sall est l’un des doyens du scrutin. Fort de ses quarante années de vie politique, l’ancien maire de Dakar espère jouer les trouble-fête. Il a été plusieurs fois ministre pendant la présidence du socialiste Abdou Diouf. Il conquiert la capitale, dont l’agglomération abrite 20 % de la population du Sénégal, en 2009 et la dirige jusqu’en 2018.

L’actuel maire est l’un de ses proches. Privé de présidentielle en 2019 en raison d’une condamnation pour infractions dans la gestion des fonds de la mairie qu’il a toujours dénoncée comme un coup monté, il a été gracié par le tout juste réélu président Macky Sall (avec qui, malgré le nom de famille, il n’a pas de lien de parenté), après avoir passé près de deux ans derrière les barreaux.

Aux législatives de 2022, il allie ses forces à celles d’Ousmane Sonko mais le divorce est consommé lorsqu’il recouvre son éligibilité en 2023 à la faveur d’un dialogue national initié par le pouvoir. Khalifa Sall propose de consacrer 1,5 milliard d’euros par an à l’agriculture, de renégocier les accords de pêche et d’instituer le référendum d’initiative citoyenne.

Idrissa Seck
Pour sa quatrième tentative, Idrissa Seck, 64 ans, livre une nouvelle bataille pour la magistrature suprême. Il a été proche collaborateur puis Premier ministre de l’ancien président Abdoulaye Wade entre 2002 et 2004, avant que les relations ne se détériorent. Il a été incarcéré plusieurs mois en 2005-2006 pour des irrégularités présumées dans la passation de marchés publics avant d’être exonéré. Candidat contre Abdoulaye Wade en 2007, il finit deuxième. En 2012, il s’oppose à un troisième mandat de celui-ci et soutient le futur vainqueur Macky Sall. Il fait brièvement partie de la majorité de celui-ci, puis la quitte.

En 2019, Idrissa Seck se présente contre Macky Sall. Il est à nouveau deuxième et réalise son meilleur score avec 20 % des voix, devant Ousmane Sonko. Il fait le plein des voix à Thiès, dont il a été maire pendant douze ans. En 2020, sa nomination à l’un des plus hauts postes de l’État, la présidence du Conseil économique, social et environnemental, consacre une relation conciliante avec le chef de l’État. Il propose de rendre obligatoire le service militaire.

Élection ouverte
Cette élection est « la plus ouverte » des douze présidentielles organisées depuis l’indépendance en 1960, indique à l’Agence France-Presse Sidy Diop, le directeur adjoint des rédactions du quotidien sénégalais Le Soleil.

Amadou Ba et Bassirou Faye affirment tous deux pouvoir l’emporter dès dimanche sans passer par un second tour. Le camp de Bassirou Faye prédit même une victoire au premier tour si le scrutin se déroule sans fraude. Khalifa Sall est cité comme outsider.

Selon l’AFP, les experts redoutent peu des fraudes significatives lors du scrutin. En revanche, ils n’excluent pas des tensions en cas de victoire d’Amadou Ba dès le premier tour, ou d’une absence de Bassirou Faye au second, dont la date n’est d’ailleurs pas fixée. Des résultats provisoires pourraient être connus dès la nuit.

Maxime PONSOT

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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