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Une mesure secrète d’Immigration Canada de politique d’intérêt public entraîne une hausse des demandes d’asile notamment du Sénégal

Le gouvernement fédéral a discrètement allégé les critères pour obtenir un visa touristique au Canada, dans l’objectif de réduire un volumineux inventaire de demandes en attente. 

Depuis quelques semaines, les douaniers des aéroports de Montréal et Toronto font face à une nouvelle problématique : l’arrivée massive d’étrangers, qui détiennent un visa tout à fait légal pour arriver au Canada, et qui demandent immédiatement l’asile.

Si les demandes d’asile dans ces aéroports sont monnaie courante, l’origine des demandeurs a surpris des sources qui se sont confiées à Radio-Canada.

Depuis le début du mois de juin, des centaines de visiteurs, provenant par exemple de pays d’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal, le Cameroun, le Nigeria ou encore le Mali, ont demandé l’asile en débarquant par dizaines, quotidiennement, à Toronto et Montréal.

Des résidents de l’Inde ont suivi le même processus, avec des chiffres plus élevés qu’à l’habitude, selon nos informations.

IRCC est au courant de l’augmentation du nombre de demandes d’asile dans certains aéroports canadiens. Il faut noter que cette augmentation du nombre de demandes d’asile présentées dans les aéroports ne concerne pas uniquement des ressortissants de pays d’Afrique de l’Ouest, confirme Isabelle Dubois, porte-parole d’Immigration Canada.

Ces données ne peuvent pas être partagées pour le moment, ajoute-t-elle.

Plus de 2 millions de dossiers en attente
Cette situation n’est pas due au hasard. Depuis la fin de l’hiver, le gouvernement Trudeau a mis en place une politique d’intérêt public longtemps restée secrète, qui n’a fait l’objet d’aucun communiqué ni d’aucune annonce publique ou conférence de presse.

Avec plus de 2,2 millions de demandes actuellement en attente, toutes catégories confondues, Immigration Canada a discrètement décidé de revoir les exigences liées à la délivrance de visas temporaires, comme ceux destinés aux touristes.

À l’heure actuelle, selon les pays d’origine, une personne souhaitant visiter le Canada doit attendre parfois plusieurs mois, ce qui est loin des normes de service fixées officiellement à 14 jours.

Pour réduire cet inventaire, les agents d’immigration n’ont plus, par exemple, à obtenir la preuve que le demandeur quittera le Canada à l’issue de son séjour. Les questions liées aux fonds financiers de l’individu ont aussi été revues.

Des visas demandés pour 147 pays
Le Canada demande un visa aux ressortissants de 147 pays pour venir visiter le pays. Les délais varient cependant en fonction du pays d’origine.

Certains demandeurs doivent s’armer de patience. Un délai moyen de 293 jours est annoncé pour les Sénégalais. Il grimpe à 764 jours avec les citoyens du Nigeria.

Une politique qui divise
Sans cette nouvelle mesure fédérale, la vague récente de demandeurs d’asile n’aurait pas eu lieu, assure une source proche du dossier, persuadée que ces personnes n’auraient pu obtenir l’autorisation de prendre un avion vers le Canada.

Cette politique, a appris Radio-Canada, n’a d’ailleurs pas fait l’unanimité à l’interne, au sein des instances de sécurité fédérale, en raison des contrôles revus à la baisse par les agents d’Immigration Canada, responsables d’étudier ces demandes.

L’avocat en immigration Richard Kurland abonde dans le même sens. La décision du gouvernement Trudeau est un problème.

« On ne veut pas mettre en danger le public, ici au Canada, en laissant entrer n’importe qui. Prouver que tu retourneras chez toi, c’est la loi. » — Une citation de Richard Kurland, avocat en immigration

Il y a un inventaire très important et IRCC n’a pas les ressources nécessaires pour traiter tous ces dossiers dans un temps limité. Mais on peut perdre le contrôle de nos frontières en adoptant ces solutions, juge-t-il.

Une mesure temporaire
Selon nos informations, Immigration Canada et le ministre Sean Fraser ne souhaitaient pas divulguer publiquement ce changement important, en vigueur jusqu’au 31 décembre.

Tout en reconnaissant la véracité de ces informations, un proche de Sean Fraser a proposé à Radio-Canada de passer par la Loi d’accès à l’information pour obtenir des détails.

Le gouvernement Trudeau voulait éviter un nouvel afflux de demandeurs d’asile, tout en tentant, sans tambour ni trompette, de diminuer drastiquement son inventaire, explique une autre source.

C’est normal, je le comprends, indique l’avocat Richard Kurland. Mais ils doivent être plus transparents sur les critères et les facteurs utilisés pour analyser les demandes. La solution, ce n’est pas de laisser n’importe qui entrer, n’importe quand. Sinon, à qui servirait le système de visa?

Finalement, après de nombreuses relances, Immigration Canada a répondu à nos questions et a discrètement mis en ligne dans la nuit, à la veille d’une longue fin de semaine, cette politique fédérale qui a été signée le 28 février par le ministre Fraser.

« Ces initiatives ont pour but d’accélérer le traitement des visas et d’assurer la prestation d’un service efficace et fiable, tout en maintenant et en protégeant la sécurité et la sûreté des Canadiens et des Canadiennes. » — Une citation de Isabelle Dubois, porte-parole d’Immigration Canada

[Ces] solutions politiques et opérationnelles novatrices [permettent] de garantir que le Canada demeure une destination de choix pour les touristes, les visiteurs commerciaux et les personnes souhaitant rendre visite à leurs familles, affirme Isabelle Dubois.

Ces mesures sont d’une durée limitée et ne s’appliquent qu’aux demandes présentées avant le 16 janvier 2023, précise-t-elle.

Dans l’entourage du ministre Fraser, on soutient d’ailleurs que cette politique pourrait être révoquée à tout moment.

Romain Schué avec IciRadioCanada

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