PresseSociétéVedette - La UNE

Sous forte pression, la presse sénégalaise craint une généralisation des atteintes à la démocratie

Analyse L’incarcération du journaliste d’investigation Pape Alé Niang inquiète la profession, qui dénonce les menaces à l’encontre de la liberté de la presse et craint une généralisation des atteintes à la démocratie d’ici aux élections présidentielles de février 2024.

L’état de santé du journaliste d’investigation sénégalais Pape Alé Niang est « très préoccupant », alertent ses avocats. En grève de la faim suite à sa nouvelle incarcération le 20 décembre 2022, il a été hospitalisé quatre jours plus tard et refuse depuis tout soin médical.

Malgré la dégradation de son état de santé, le procureur a rejeté, mardi 3 janvier, sa demande de mise en liberté provisoire. Très inquiets, la profession et les défenseurs des droits de l’homme se mobilisent pour réclamer sa libération immédiate.

Connu pour ses critiques envers le pouvoir, le directeur du site d’information privé Dakar Matin avait été incarcéré une première fois le 9 novembre 2022. Au motif d’être à l’origine de la publication du dispositif sécuritaire prévu lors de l’audition d’Ousmane Sonko, principal opposant politique au président Macky Sall, inculpé pour viol et menaces de mort.

« Diffusion de fausses nouvelles »
Le journaliste est notamment poursuivi pour « divulgation d’informations de nature à nuire à la défense nationale » et « recel de documents administratifs et militaires ». « Tout le monde avait déjà connaissance de ce document », rétorque Mamadou Thior, président du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias.

À lire aussiLe Sénégal a un premier ministre pour la première fois depuis 2019
Suite à une forte mobilisation, le journaliste est remis en liberté quelques jours plus tard. Un simple répit : le parquet jugeant qu’il n’a pas respecté les termes de son contrôle judiciaire en communiquant sur l’affaire, le voici de nouveau incarcéré. Il encourt une peine de cinq ans de prison.

« Casser les journalistes »
Pour de nombreux observateurs, il s’agit de museler un journaliste qui dérange. « Il est anachronique de voir un journaliste en prison dans un pays comme le Sénégal, l’une des démocraties les plus stables en Afrique, doté d’un paysage médiatique pluriel et foisonnant », réagit Sadibou Marong, de Reporters sans frontières.

Macky Sall s’était lui-même érigé en défenseur ardent de la liberté de la presse, jurant que « jamais un journaliste (ne serait) mis en prison pour délit de presse » durant sa présidence.

Le Sénégal, situé au 73e rang sur 180 au classement sur la liberté de la presse de RSF, a perdu 24 places par rapport à 2021.

« Le cas de Pape Alé Niang illustre le sentiment de musellement et d’intimidation des journalistes dans le pays. Certains ont peur et s’autocensurent pour ne pas traiter de sujets qui fâchent », souligne Ibrahima Lissa Faye, président de l’Association des professionnels de la presse en ligne et directeur du site Pressafrik.com.

« Avec l’échéance de l’élection présidentielle de février 2024, la tension va s’accentuer car le gouvernement veut casser les journalistes et réduire les libertés. »

Dakarecho avec Clémence Cluzel

Articles Similaires

1 sur 316

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *