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Papa Massata Diack, le boss du shopping

C’est d’elle qu’est partie l’affaire tentaculaire de corruption présumée au sein de l’Iaaf. Elle, c’est l’athlète russe Lilya Shonukhova et son témoignage devant la commission indépendante de l’Agence mondiale anti-dopage (Ama) a servi de base au parquet financier.

Selon les procès-verbaux obtenus par Libération, Shobukhova a reconnu qu’elle se dopait régulièrement avec des produits fournis par M.Portugalov, médecin de l’équipe nationale russe à qui elle payait entre 1000 et 2000 dollars. En échange, elle s’engageait avec son mari, qui gérait ses intérêts, à reverser 5% de ses gains annuels à Portuglov mais aussi à l’entraîneur national, Melnikov.

Le 1er décembre 2011, l’agent de l’athlète russe, Andrey Baranov, recevait un coup de fil de Melkinov l’informant de la présence de celle-ci sur la liste de l’Iaaf, en possession de la fédération russe (Araf) visant Lilya Shobukhova et d’autres athlètes suspectés de dopage. La suite est connue de tous : l’athlète versera 300.000 euros pour que son nom soit retiré de la liste. Quand elle a su que tel n’était pas le cas, elle a exigé que les fonds lui soient rendus, menaçant les intermédiaires russes, de déballage.

C’est Melkinov qui demande alors à M.Shobukhov, époux de Lilya Shobukhova, d’ouvrir un compte bancaire afin d’être remboursé par virement. Le compte sera ouvert à la Syerbank Russia avant d’être crédité, le 27 mars 2014, de la somme de 300.000 euros provenant d’un compte ouvert à Singapour au nom de la société Black Tidings.

Le mystérieux «Jean Pierre Bonnot » était l’ami de Singapour.

L’ordre de virement a été envoyé le 28 mars 2014 d’une adresse mail au nom de Jean Pierre Bonnot sur le mail de Valentin Balakhnichev, le président de la fédération russe, qui l’a envoyé à son tour à Melnikov qui le transmet à Lilya Shobukhova.

«Bonnot » n’existe pas, en vérité le donneur d’ordre est Han Tong Tan, selon le parquet financier.

Le 1er avril 2014, Shobukhov confirmait à Melnikov la réception du virement. Le 3 avril, il retirait l’argent du compte. N’empêche, le même mois Lilya Shobukhova a été finalement suspendue.

Selon les Pv, le compte bancaire de Black Tindings à Singapour avait été préalablement crédité de fonds venant d’un compte de Pamodzi Consulting à la Standard Chartered Bank Singapore. Pour les enquêteurs, cela montrerait l’implication de Papa Massata Diack et de ses sociétés dans le racket russe et dans les opérations de blanchiment présumé.

En fait, Papa Massata Diack dispose de plusieurs comptes bancaires. Lors de l’ouverture de son compte à la BNP Asset Management de Monaco en février 2011, il déclarait disposer de deux maisons à Dakar et Touba d’une valeur de 1.200.000 euros.

Il avait lui-même été adressé comme client par la BICIS de Dakar où, disait-il, la plupart de ses contrats étaient domiciliés. Il dispose de plusieurs sociétés et de nombreux comptes ont été découverts dans deux banques du Sénégal à savoir la SGBS et la BICIS. L’un de ces comptes, celui de Pamodzi Consulting Sarl a été identifié dans une enseigne parisienne spécialisée dans les produits de luxe : Elysées shopping.

Black Tindings règle les achats de Massata pour 85.000 euros.

L’organisme anti-blanchiment de Bercy, Tracfin a révélé dans des notes versées au dossier que Papa Massata Diack avait acquis, à Elysées Shopping situé au 14 Rue de Berri (Paris), des montres et autres articles de luxe les 16 et 25 juillet 2013 correspondant à trois factures de 9000, 9000 et 63000 euros.

Pour le règlement de ces achats, le compte d’Elysées Shopping a été crédité le 8 novembre d’un virement de 85000 euros provenant du compte de Black Tidings à Singapour.

Toujours selon Tracfin, des fonds détenus par Papa Massata Diack auprès d’une banque russe ont été transférés vers des comptes bancaires de la société Black Tidings (à la Standard Chartered Bank). Ces fonds seraient liés à des versements effectués par un athlète russe dans l’espoir de couvrir des résultats anti-dopage positifs. Ils auraient d’abord transité par la société Pamodzi Consulting Sarl, connue pour détenir ou avoir détenu un compte bancaire auprès de la SGBS.

946.775 euros dépensés à Elysées Shopping entre 2011 et 2015.

Des investigations menées auprès de la banque d’Elysées Shopping ont montré que des virements proviennent de comptes ouverts au nom de plusieurs sociétés de Papa Massata Diack. Il en est ainsi des sociétés Pamodzi Consulting Sarl ou PMD (environ 700.000 euros entre 2011 et 2015), Sporting Age (126.775 euros le 30 septembre 2014) et Athletics Management Sarl (120.000 euros le 25 avril 2004).

544.928 euros virés depuis la SGBS.

Pamodzi Consulting Sarl qui dispose d’un compte à la SGBS sous le numéro 06100794990 a ainsi vu son compte débité de paiements en faveur d’Elysées Shopping : 78.428 euros (18 octobre 2011), 66.084 euros (22 novembre 2011), 149.980 euros (10 février 2014), 115.400 euros (9 février 2015) et 56.036 euros le 24 juin 2013.

Un autre compte de PMD Consulting à la SGBS (numéro 0501580016) a viré, à la même enseigne, 79.000 euros le 3 juin 2015.

Rien que ces deux comptes SGBS ont envoyé un montant total de 544.928 euros à Elysées Shopping qui a sans doute perdu un de ses meilleurs clients comme l’a affirmé, dépité, son gérant lors de son audition à la brigade financière…

(Source Libération online)

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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