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L’opposant Paul Rusesabagina, héros du film « Hôtel Rwanda », a été libéré

Farouche opposant du président Paul Kagame, Paul Rusesabagina, qui a inspiré le film « Hôtel Rwanda », a été libéré vendredi après plus de 900 jours derrière les barreaux et une annonce du gouvernement commuant sa peine de 25 ans pour « terrorisme ».

Paul Rusesabagina, qui possède la citoyenneté belge et réside de façon permanente aux Etats-Unis, a été remis à l’ambassadeur qatari avant son retour aux Etats-Unis, selon un responsable américain.

Sa peine a été commuée par arrêté présidentiel, a indiqué le ministre de la Justice Emmanuel Ugirashebuja dans un communiqué, tandis que 19 coaccusés ont également vu leur peine commuée. Mais le ministre a averti que « la commutation de peine n’annule pas la condamnation ».

Le président Joe Biden a remercié les gouvernements rwandais et qatari et fait part de sa « joie ». La Belgique a également salué « la décision du gouvernement rwandais d’accorder une remise de peine à Paul Rusesabagina ». « Nous espérons qu’il retrouvera bientôt sa famille », a souligné dans un communiqué la ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib.

La condamnation de M. Rusesabagina en septembre 2021 avait suscité des réprobations internationales et de défenseurs des droits. « Paul Rusesabagina et (son co-accusé) Callixte Nsabimana ont eu leurs peines de prison commuées par ordre présidentiel, après examen de leurs requêtes de clémence », a déclaré vendredi à l’AFP la porte-parole du gouvernement rwandais Yolande Makolo. Selon une source gouvernementale qui a requis l’anonymat, les autres détenus devraient être remis en liberté samedi.

939 jours de détention
Cette affaire a longtemps été source de contentieux entre Kigali et Washington. En mai 2022, Washington avait estimé que M. Rusesabagina était « injustement détenu » par la justice rwandaise. M. Kagame avait rétorqué que les Etats-Unis ne pouvaient pas l' »intimider » pour le forcer à le libérer.

Cette décision « est le résultat d’un désir partagé de réinitialiser les relations Etats-Unis/Rwanda », a déclaré sur Twitter l’attachée de presse du président, Stéphanie Nyombayire.

Les pourparlers sur une libération de l’opposant avaient débuté fin 2022 et une avancée s’est produite la semaine dernière lors de discussions entre le président Kagame et l’émir du Qatar, a indiqué une source proche du dossier.

M. Kagame avait annoncé lors d’une récente visite au Qatar que des « discussions » étaient en cours concernant l’emprisonnement de M. Rusesabagina. Les soutiens de l’opposant de 68 ans estiment que son procès a été une imposture marquée d’irrégularités. Et sa famille avait alerté sur son état de santé déclinant. M. Rusesabagina a été détenu pendant 939 jours, selon le site Free Rusesabagina (Libérez Rusesabagina).

« Normes internationales »
Il a été rendu célèbre par le film « Hôtel Rwanda », sorti en 2004, qui raconte comment ce Hutu modéré qui dirigeait l’Hôtel des Mille Collines dans la capitale rwandaise a sauvé plus de 1.000 personnes durant le génocide des Tutsi en 1994.

Opposant depuis plus de 20 ans à Paul Kagame, qu’il a accusé d’autoritarisme et d’alimenter un sentiment anti-Hutu, M. Rusesabagina a utilisé sa renommée hollywoodienne pour donner un écho mondial à ses positions. Ses tirades contre M. Kagame lui ont valu d’être traité comme un ennemi de l’Etat.

Dans une lettre datée d’octobre 2022 publiée vendredi par le gouvernement, il a assuré qu’il se tiendrait désormais éloigné de la vie politique.

Les défenseurs des droits humains accusent le Rwanda — dirigé d’une main de fer par M. Kagame depuis la fin du génocide de 1994 au cours duquel 800.000 personnes ont été tuées — de réprimer la liberté d’expression et l’opposition.

M. Rusesabagina vivait depuis 1996 en exil aux Etats-Unis et en Belgique, avant d’être arrêté à Kigali en 2020 dans des circonstances troubles, à la descente d’un avion qu’il pensait à destination du Burundi. « Sa remise en liberté conclurait une affaire qui a souligné le mépris flagrant du Rwanda pour les normes internationales », avait souligné plus tôt dans la journée à l’AFP Lewis Mudge, directeur en charge de l’Afrique centrale pour Human Rights Watch.

Victoire Ingabire, également critique de Kagame, elle aussi emprisonnée pour terrorisme avant d’être libérée en 2018, a déclaré que cette décision visait à faire taire l’opposition rwandaise. « Une fois qu’une personne a été condamnée par les tribunaux rwandais, elle est privée de son droit de s’engager en politique, et une grâce présidentielle ne rétablit pas ce droit », a-t-elle déclaré à l’AFP.

L’opposant a été jugé de février à juillet 2021 pour neuf chefs d’accusation, dont celui de « terrorisme », pour des attaques menées par le FLN, organisation classée terroriste par Kigali, qui ont fait neuf morts en 2018 et 2019. Paul Rusesabagina a admis avoir participé à la fondation en 2017 du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), dont le FLN est considéré comme le bras armé, mais il a toujours nié toute implication dans les attaques.

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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