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Les vols d’Air France au Mali sous la menace des missiles russes de Wagner

Le déploiement de batteries de missiles antiaériens SA-22 au Mali par les mercenaires russes de la milice Wagner fait peser une menace supplémentaire sur la desserte de Bamako par Air France, ainsi que sur tous les vols survolant le Mali.

Air France peut-elle continuer à desservir le Mali ? C’est la question qui se pose à la lecture d’une récente notification de l’Aviation civile américaine (FAA) concernant les menaces pour la sécurité des vols dans ce pays.

Dans un « message aux navigants » (Notam) publié le 23 février dernier, les autorités de l’aviation civile américaine mettent en garde contre les risques encourus non seulement par les vols à destination ou au départ du Mali, mais aussi pour les vols survolant le pays, « à toutes altitudes ».

La notification n’interdit pas formellement aux compagnies certifiées par la FAA (ou à celles opérant des avions immatriculés aux Etats-Unis) de desservir ou survoler le Mali. Mais elles les invitent à la prudence « lorsque vous volez vers, depuis, dans ou au-dessus du Mali, à toutes les altitudes ». Et ce « en raison d’une aggravation de la situation sécuritaire, des combats en cours, des activités de groupes extrémistes et d’une présence militaire étrangère croissante, ainsi que de l’introduction d’un système avancé de défense antiaérienne ».

Un danger pour tous les vols à toutes les altitudes
La principale nouveauté, qui justifie les craintes américaines, est le déploiement au Mali, dans les environs de Bamako, de batteries de missiles antiaériens russes à longue portée, de type Pantsir ou SA-22, capable d’atteindre des avions jusqu’à une altitude de 15.000 mètres dans un rayon de 36 kilomètres. Soit l’altitude de croisière haute des avions de ligne. Circonstances aggravantes, ces batteries de missiles seraient aux mains des mercenaires russes de la tristement célèbre milice Wagner .

De quoi s’inquiéter pour la sécurité des vols dans la région, au vu des antécédents russes en la matière.

En juillet 2014, une batterie antiaérienne russe SA-11, servie par des militaires russes et des miliciens séparatistes, avait détruit en vol un Boeing 777 de Malaysia Airlines dans l’est de l’Ukraine, causant la mort de ses 298 passagers et membres d’équipages. Plus récemment, en 2022, en Libye, des batteries de SA-22 opérées par des mercenaires de Wagner déployés autour de Tripoli ont ouvert le feu contre de supposés drones de reconnaissance, occasionnant une réorganisation d’urgence du trafic aérien au large des côtes libyennes.

Air France en première ligne
La première concernée par cette menace est naturellement Air France, qui dessert quotidiennement la capitale malienne en gros-porteurs. Le principal syndicat de pilote, SNPL, ainsi que des navigants de la compagnie ont d’ailleurs déjà réclamé une suspension de la desserte. Ce fut le cas en 2015, après une prise d’otages à l’hôtel Radisson de Bamako, où séjournaient les équipages d’Air France, ainsi qu’en janvier 2022, après des manifestations anti-françaises et l’expulsion de l’ambassadeur de France. Mais les vols avaient repris en février 2022.

Les batteries russes ne sont pas la seule menace pesant sur les vols d’Air France. Comme le souligne aussi le Notam de la FAA, les rebelles maliens disposeraient, pour leur part, de missiles sol-air portatifs de type Manpads, capables d’atteindre un avion jusqu’à une altitude de 7.600 mètres.

Air France maintient Bamako « à ce stade »
Interrogée, Air France indique avoir pris connaissance de la recommandation de la FAA, mais que la desserte de Bamako n’est pas remise en cause, « à ce stade ». Du côté de la Direction de l’aviation civile française, on indiquait ne pas avoir de commentaire à faire.

« Air France suit en permanence l’évolution de la situation géopolitique des territoires qu’elle dessert – dont le Mali – afin d’assurer le plus haut niveau de sûreté et de sécurité des vols, indique un porte-parole d’Air France. La compagnie est en contact permanent avec les autorités locales et internationales, ainsi qu’avec la DGAC française […]. Celle-ci procède à une veille de la situation sur les zones de conflit et à une analyse régulière du risque, en partenariat avec la Commission Européenne.

La FAA américaine, de son côté, émet des recommandations, qui sont examinées avec le plus grand soin par tous les acteurs du secteur. A ce stade, la desserte de Bamako est inchangée », conclut la compagnie française.

Les militaires français de l’opération Barkhane ont, quant à eux, déjà quitté le Mali. Amorcé en février , le « redéploiement » du dispositif militaire français hors du territoire malien s’est officiellement achevé le 15 août dernier, avec le départ des derniers soldats.

Bruno Trévidic

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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