Société

La liaison maritime vitale entre Dakar et la Casamance a repris

Environ 200 voyageurs ont repris avec allégresse dans la nuit de mardi à mercredi le bateau entre Dakar et la Casamance (sud), après des mois d’arrêt durement ressenti par la population à la suite de troubles dans le territoire enclavé.

« On est très très content parce qu’on a beaucoup souffert durant les 9 mois », dit à l’heure d’embarquer Astou Sané, infirmière. Avec l’arrêt des bateaux, « on voyageait par la route, avec (tous) les travaux. Quand tu arrives, tu es grippée, tu es fatiguée ».

Le ferry Aline Sitoé Diatta a embarqué 233 passagers avec leurs bagages avant de quitter le quai après la tombée de la nuit en faisant retentir sa corne de brume dans le port de Dakar, selon un responsable de la gare maritime, Oumar Samb, et des journalistes de l’AFP sur place.

Le navire n’a pas fait le plein de ses 484 passagers parce que le préavis de reprise a été court, dit Oumar Samb. Mais un certain nombre de personnes ont sauté sur l’aubaine pour rentrer en Casamance célébrer, après une nuit sur un simple siège ou en cabine, la grande fête de la Korité, nom local donné à l’Aïd al-Fitr marquant la fin du mois de jeûne musulman. L’arrivée à Ziguinchor, la ville principale de Casamance, est prévue mercredi avant midi (12H00 GMT).

Avec des billets à partir de 5.000 francs CFA (7,6 euros), « c’est moins coûteux », se réjouit Alain Théophile Sané, chercheur en biologie médicale. Lui a pris une cabine. « On peut dormir pendant le voyage, on arrive reposé, tout frais. Par la route, le chemin est assez chaoteux par endroits, on arrive épuisé ».

Les autorités ont suspendu en juin 2023 la liaison assurée par les trois bateaux de la compagnie Cosama qui transportaient chaque semaine des centaines de voyageurs entre la capitale et la Casamance, quelques centaines de kilomètres au sud, en longeant la côte Atlantique dans les deux sens.

Les autorités n’ont fourni aucune véritable explication. La mesure a été prise dans un contexte d’agitation meurtrière à laquelle Ziguinchor était en proie comme Dakar et d’autres villes après la condamnation de l’opposant politique Ousmane Sonko dans une affaire de mœurs.

L’arrêt de la desserte a été sévèrement éprouvé en Casamance, région fertile mais enclavée où un fort particularisme ainsi que la popularité de M. Sonko à Ziguinchor ont entretenu le soupçon quant aux motivations de l’arrêt de la desserte.

Les navires du Consortium sénégalais d’activités maritimes assurent depuis des années au nom du service public et de la continuité territoriale un lien humain et économique important en transbordant dans les deux directions des commerçants, des touristes, des étudiants, des particuliers ainsi que du fret, de fruits ou de poissons de Ziguinchor vers Dakar, d’électronique par exemple en sens inverse.

Mangue et noix de cajou
Par une singularité géopolitique, la Casamance est isolée en grande partie du nord du Sénégal par le territoire gambien. L’avion est hors de prix pour beaucoup. La route est longue et pénible.

Le chef d’une entreprise de transformation de produits agricoles, Xavier Diatta, avait lancé en octobre une pétition qui a reçu plus de 5.000 signatures. Elle dénonçait l’impact de l’arrêt de la ligne sur l’emploi et les revenus de milliers de familles et sur le prix des produits acheminés vers la Casamance.

M. Diatta expliquait qu’une grande partie de la production de mangues avait pourri sur place et que les producteurs avaient du mal à écouler le poisson et la noix de cajou.

Un professionnel du tourisme local dit sous couvert de l’anonymat que le secteur, qui fait vivre beaucoup de monde, a sévèrement accusé le coup.

« On est resté très longtemps complètement coupé d’une autre partie du pays. On nous a mis sous embargo », disait mardi sur l’embarcardère Pape Samba Cissé, enseignant. « Vraiment, c’est un ouf de soulagement pour tous les habitants de la Casamance ».

Le directeur général du port autonome de Dakar, Mountaga Sy, confirmait le 30 mars que ”l’économie (allait) désormais souffler ». L’un des bâtiments du Cosama avait effectué la nuit précédente un voyage test en vue de la reprise.

Le Sénégal conserve le souvenir du naufrage du ferry Le Joola qui a sombré la nuit du 26 septembre 2002 après son départ de Ziguinchor. Il y avait eu 1.863 morts et disparus selon un bilan officiel alors que la capacité du Joola était limitée à 536 passagers, plus de 2.000 selon les associations de victimes, de 12 nationalités différentes.

En raison de l’ensablement naturel de l’embouchure du fleuve Casamance, le chenal qu’emprunte le navire a été reprofilé et après des sondages, le service peut reprendre en toute sécurité, selon M. Sy.

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Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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