Société

Soupçon de corruption à grande échelle

La polémique ne faiblit pas depuis que le conseil municipal de Sindia a octroyé 300 ha à la SEDIMA de Babacar Ngom. Une réserve foncière qui empiète d’ailleurs sur les terres des habitants de Ndingler.

Depuis lors, une vive tension a éclaté entre l’homme d’affaires sénégalais et les autochtones. Pourtant, la SEDIMA exhibe son titre foncier. Un dossier qui exhale un parfum de corruption à mille lieux et qui a motivé l’implication du Forum Civil. 

Comme dans un cauchemar, les populations de Sandock (la zone qui regroupe 13 villages dans le Djiguème) ne parviennent toujours pas à comprendre ce qui est en train de leur arriver. En plus de la pauvreté endémique dans laquelle cette partie perdue au fond de la commune de Ndiaganiao est plongée, un autre malheur s’est abattu sur le village de Ndingler, où les habitants se considèrent comme des bannis du système ou des oubliés de la république. Depuis les indépendances, la seule infrastructure, un abreuvoir, est le fruit des cotisations des villageois.

Elle permet de désaltérer leurs animaux à partir d’un puits profond de plus de 20 mètres. Pas d’eau potable, ni électricité. Pour moudre le mil, les femmes utilisent encore le pilon et le mortier. Le village est si enclavé que même pour charger un téléphone portable, les villageois se rendent dans les autres hameaux dont la plus proche est distante de 9 km. Ici, on est encore au Moyen âge. Une seule oued dans un océan de néant: «Cœurs et Mains liés», une association française qui veut sortir ce village de l’ornière.

Pour y arriver, les bons samaritains ont construit une case de santé, prennent en charge de nombreux malades sans bourse délier, y construisent un foyer des jeunes, et ont donné des chèvres à la population pour accentuer l’élevage. En dépit de la situation peu enviable, les populations ne se lamentent point de leur sort. Ils sont restés dignes. Durant l’hivernage, ils travaillent dans les champs pour obtenir de quoi manger au moins pour 9 mois dans l’année. Compte tenu de la baisse de la rentabilité, les paysans se rabattent sur la jachère. Une technique agricole connue des sérères qui consiste à laisser reposer une partie des champs durant quelques années pour leur assurer un peu de rentabilité.

LA PUISSANCE A L’ETAT PUR DE L’HOMME D’AFFAIRES
En 2012, c’est le début d’un cauchemar qui est loin de connaître son épilogue. Une partie des terres de Ndingler a été affectée au Directeur Général de SEDIMA S.A sur une superficie de 300 ha par la communauté rurale de Sindia, dirigée par Ousmane Lo. «Sans une consultation préalable», ces terres ont été arrachées aux populations. le 12 décembre 2013, l’homme d’affaire a fait un dépôt de bail et le 23 avril 2015, il a bénéficié d’un titre foncier par le décret Numéro 2015- 548 sur une superficie de 224 ha 95ca.

Du coup, les habitants de Ndingler qui avaient des champs les ont perdus. Aujourd’hui, Abdoulaye Galgore Dionne (Abdoulaye Dionne), ancien chef de village, affirme qu’il n’y jamais eu de concertation. «Nous nous sommes toujours opposés à ce projet. Un jour, vers 2016, Babacar Ngom accompagné de son fils et du chroniqueur de lutte Khadim Samb étaient venus ici, c’était une matinée. Ils nous ont promis de l’électricité, de l’eau et la construction d’une route pour désenclaver notre localité ainsi que de l’emploi pour lutter contre la pauvreté si nous acceptons la réalisation du projet», a soutenu l’octogénaire. Malgré ces promesses, les populations lui ont dit niet.

Mais cela n’a pas découragé l’homme d’affaires qui tient à tout prix à ces terres. Il a donc envoyé son fils avec une enveloppe contenant 2 millions qu’il a voulu remettre aux villageois «en guise de cadeau», ajoute Galgore Dionne.. «Babacar cherche de la terre pour nourrir ses poulets, nous cherchons de la terre pour nourrir des humains. Vraiment, on se demande s’il y a des gens qui ont un cœur. Comment un homme si riche peut-il disputer cette terre avec nous qui sommes si pauvres», s’étonne le vieux Galgore Dionne. Le site litigieux abritait des habitations. Mais à cause de la sècheresse du début des années de l’indépendance, la population était contrainte de quitter le site pour se rapprocher du puits qui était le seul point dans la zone où l’on pouvait se désaltérer.

Néanmoins, ils continuaient à exploiter leurs champs. Aujourd’hui avec cette donne, l’ensemble des 13 villages de Sandock se sentent en sursis. C’est pourquoi Mbaye Faye, représentant de l’ADS (Association pour le développement de Sandock), dit en vouloir terriblement à l’État. «Notre localité ne vit que d’agriculture, d’élevage et de commerce. Aujourd’hui, un certain B. Ngom venu de son Diourbel veut nous priver de nos sols, ce bien qui constitue notre seule richesse. Ça non ! Et comme il a un Tf, nous savons que ce sont les services de l’État qui le lui ont donné. On n’aura plus alors où cultiver. Nos bœufs n’auront plus où paître. C’est à croire qu’il veut nous pousser à l’exode. Il ne lui reste qu’à nous tuer alors» ! peste-t-il.

Pour soutenir les paysans qui sont étouffés par la puissance de l’homme d’affaires, le Forum civil et les politiques sont venus secourir les villageois qui sont à plusieurs reprises arrêtés dans les champs et emprisonnés à la brigade de Mbour avant d’être libérés. Mais la goutte d’eau qui a débordé le vase est la manifestation du 29 novembre dernier, où des camions remplis de gendarmes encagoulés et armés jusqu’aux dents avaient pris d’assaut le site et arrêté 7 personnes. Les journalistes qui s’y trouvaient ont été interdits de prendre des images et leur chauffeur attesté pour entrave à la circulation alors qu’ils étaient dans les champs.

Joint au téléphone, Babacar Ngom dit ne pas vouloir s’exprimer sous prétexte qu’il n’est plus directeur général de SEDIMA.

TROIS QUESTIONS A OUSMANE LO, ANCIEN PCR DE SINDIA : «il n’y avait pas de délimitation claire entre les deux communes»
Comment pouvez-vous expliquer le fait que votre délibération ait empiété sur les terres d’une autre commune?

Après les réunions, nous avons fait une visite du site accompagné par le doyen des chefs de village, feu Moussa Faye. Il nous a montré les limites entre les deux villages, puisque administrativement, on n’avait pas fait une délimitation.

Pourquoi donc n’avez-vous pas été prudent en prenant la précaution de discuter avec les notables de Ndingler ?

Pour dire vrai, je me suis rendu à Ndingler. Nous avons rencontré les notables. Mais une chose bizarre m’est arrivée ce jour-là. Ces gens qui ne voulaient pas du projet s’étaient préparés d’avance. Il y a des choses qu’on ne peut dire. Mais dès que je suis sorti de la voiture, j’ai senti quelque chose de bizarre. C’est ainsi que j’ai rebroussé chemin illico presto et le reste du travail a été confié à la commission domaniale

Les populations campent sur leur position en continuant de s’opposer au projet…

(Il coupe) Je jure au nom de Serigne Babacar Sy dont je suis un fervent talibé. Il y a eu des discussions avant que la délibération ne se fasse. Il n’y a rien d’illégal. A l’époque, il n’y avait pas une délimitation entre les deux communes.

GANA NGOM, MAIRE DE NDIAGANIAO : «Je n’ai rien à voir avec ça…»
«En 2014, l’homme d’affaires, par l’intermédiaire de son représentant, m’avait saisi en m’expliquant le projet et les infrastructures qu’il allait installer dans les villages. Je lui ai demandé de discuter avec les villageois. Ainsi, nous avons choisi 3 hauts cadres dans ces villages, pour entretenir des pourparlers avec les populations, mais ces dernières ont campé sur leur position.

Babacar a laissé tomber tout en exploitant une partie du périmètre. Alors que les populations ont cru que cela était déjà terminé, il est revenu avec un titre foncier. Moi qui vous parle, je n’ose plus mettre les pieds sur le site parce qu’elles me prennent comme cible alors que je n’ai rien à voir avec ça. Pour faire la lumière sur cette affaire, j’avais écrit au préfet sortant pour qu’avec les sous-préfet de Fissel, de Sindia et la gendarmerie, l’on puisse délimiter. On saura exactement la superficie sur laquelle on a empiété, parce que nous n’avons pas encore le chiffre exact. Il y en a qui parlent de 70 ha, d’autres parlent de 100 ha.»

André BAKHOUM

Digital Manager - Chef de projet chez Alixcom Dakar | E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

Articles Similaires

1 sur 211

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *