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Parfum de scandale, en mode Covid-19 !

L’enthousiasme qu’avait suscité l’appel du président Macky Sall, demandant aux Sénégalais de se mobiliser autour de l’essentiel pour lutter contre le Coronavirus, ne risque-t-il pas de prendre aujourd’hui un sacré coup ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que des actes contraires à la bonne gouvernance dans l’attribution des marchés relatifs à l’acquisition et au convoyage des denrées alimentaires vers les populations vulnérables à cause de la pandémie du Coronavirus, risquent de compromettre sérieusement cet élan de solidarité et ce pacte social noté, depuis le début de la pandémie.

Comme en témoigne l’attribution du marché de fourniture des denrées à un particulier dit «proche» du ministre Mansour Faye et inconnu au bataillon des importateurs de riz, selon certaines indiscrétions, au même titre que l’allocation du convoyage des dites denrées à un entrepreneur dont les fonctions de député sont incompatibles avec la charge. Comme l’établissent le Code électoral et le règlement intérieur de l’Assemblée nationale !

Après avoir décrété l’état d’urgence, le lundi 23 mars, le président de la République, Macky Sall, qui avait commencé à prendre certaines initiatives pour lutter contre le Covid-19, avait réussi à décrocher le consensus général, même si certains leaders, à l’image d’Ousmane Sonko, avaient émis quelques réserves concernant certaines mesures. Toutefois, cet élan de solidarité et d’unité suscité par la volonté commune de l’ensemble des acteurs de lutter contre cet ennemi commun invisible risque de prendre du plomb dans l’aile. La cause, la gestion de l’aide alimentaire au profit des couches les plus vulnérables fortement impactées par la pandémie du Coronavirus.

UN BEAU-FRERE DU PRESIDENT SUPER PUISSANT
Le contrôle de l’important programme de distribution des denrées alimentaires, estimé à 69 milliards de Francs CFA, par le ministre du Développement communautaire, de l’Equité sociale et Territoriale, Mansour Faye, inquiète plus d’un. Il remet au-devant de la scène le beau-frère du président, dont le portefeuille ministériel portait déjà à confusion, tellement il avait l’air d’un Premier ministre calfeutré.

En effet, aux commandes dudit ministère, le frère de la première Dame semble être à la tête de la pyramide gouvernementale car ayant en charge la quasi-totalité des grands projets de l’Etat. Ainsi, le maire de Saint-Louis gère-t-il, à lui seul, le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc), le Programme d’urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers (Puma), le Programme de modernisation des villes (Promovilles).

Que dire de la Délégation générale à la protection sociale et à la solidarité nationale (Dgpssn), ou encore du Commissariat à la sécurité alimentaire (Csa), sans oublier l’Agence nationale de la Couverture maladie universelle (Anacmu) ? Tous ces programmes ou agences extrêmement balèzes sont centrés entre les mains du beau-frère du président de la République, faisant de lui, selon certaines indiscrétions, le dauphin de Macky Sall.

PRATIQUES «FRAUDULEUSES» DANS L’ATTRIBUTION DES MARCHES
La presse d’hier, mardi 14 avril, a fait état de pratiques en porte-à-faux avec la bonne gouvernance dans l’attribution des marchés relatifs à l’acquisition et au convoyage des denrées alimentaires, pour le compte des populations vulnérables dans le cadre de la lutte contre le Coronavirus. Même l’ancien président du groupe parlementaire Benno Bokk Yaakaar, Moustapha Diakhaté, en parle sur sa page Facebook.

Selon l’ancien parlementaire, «deux marchés pour l’achat de riz d’un montant total de 17 milliards francs de CFA ont été accordés à deux sociétés qui ont, curieusement, la même adresse à Dakar». Dans le document publié sur les réseaux sociaux, on voit les deux sociétés, à savoir Avanti Suarl et Afri And Co, tous logés au 150 Avenue Lamine Guèye, même s’ils n’ont pas le même numéro de téléphone.

Selon certaines indiscrétions d’ailleurs, l’attribution de ce juteux marché de fourniture des denrées aurait été faite, sous couvert de la loi d’habilitation, à un particulier assez «proche» voire «ami» du Président de la République, Macky Sall, qui en réalité passerait comme maître d’ouvrage de la gestion de l’aide alimentaire d’urgence.

DIOP SY, HOMME D’AFFAIRES ET DEPUTE SUR TOUS LES COUPS
Autre affaire qui pourrait briser le pacte social noué autour de la lutte contre le Coronavirus, l’attribution d’un marché à une entreprise «dont l’administrateur est un député», selon Moustapha Diakhaté. Ce parlementaire qui a bénéficié de ce marché en violation des dispositions du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, en ses articles 113 et 114, est Demba Sy appelé Diop Sy.

Au-delà de cette violation de la loi, où le conflit d’intérêt est manifeste, le nom dudit député, homme d’affaires et patron de l’entreprise Urbaine d’entreprise (Ude), celle-là même qui a gagné le marché de convoyage des denrées alimentaires, est cité dans plusieurs affaires relatives au foncier.

Il en est ainsi de ses démêlés avec la Banque of Africa (Boa) sur un terrain hypothéqué de 6.829 m2, à Rufisque Nord Hlm Ndeffane, ou encore de son litige foncier avec le maire de Diamniadio, où des centaines de millions étaient réduites en poussière. Que dire de son problème avec les habitants de la cité Almadies 2, sise à Rufisque, qui l’avaient accusé de destruction de biens appartenant à autrui ? La liste est loin d’être exhaustive.

SONKO DE PASTEF ET M DIALLO DE TEKKI AURAIENT-ILS RAISON ?
Ainsi donc, dans le cadre de l’urgence alimentaire à accorder aux familles vulnérables, le régime en place foule au pied «les règles de bonne gouvernance et les incompatibilités parlementaires», comme l’a bien souligné Moustapha Diakhaté. Ces actes aux antipodes de la gouvernance sobre et vertueuse semblent donner raison aux députés Ousmane Sonko et Mamadou Lamine Diallo, qui avaient refusé de voter la loi d’habilitation.

Le leader de Pastef/Les patriotes avait indiqué que l’union sacrée pour faire face à un ennemi commun ne signifiait pas «pour autant une négation des rôles et des responsabilités». Il avait estimé que ce temps n’était pas celui de «non-opposition», mais plutôt «le temps de plus, mais surtout de «mieux-d’opposition » comme il doit être le temps de plus et surtout «mieux-d’État».

S’inscrivant dans la même dynamique, le leader du mouvement Tekki, Mamadou Lamine Diallo avait refusé de donner «carte blanche» au régime en place pour gérer la crise nationale due à la pandémie. Il dit avoir opté pour «une Assemblée nationale forte qui contrôle l’Exécutif, c’est la condition sine qua non de développement économique, social et environnemental de notre pays».

Le constat manifeste de la mauvaise gouvernance, dès les premiers actes posés par le pouvoir sous le régime de la loi d’habilitation, remet au goût du jour la nécessité du contrôle parlementaire sur les activités de l’Exécutif. Se pose alors la question de la pertinence du contrôle des députés en aval, notamment après l’exécution des faits supposés de mauvaise gouvernance, surtout quand on sait que cette treizième législature est fortement contrôlée par une majorité présidentielle mécanique. Qui plus est, les précédents ne manquent pas.

Jean Michel DIATTA

Digital Manager - Chef de projet chez Alixcom Dakar | E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

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