Société

Libération des Etats africains et de la Turquie : Au commencement était la Grande Guerre

– Une conférence animée par le Professeur Ahmet Kavas, ambassadeur de Turquie à Dakar, s’est penchée mercredi sur le « Rôle et participation des tirailleurs sénégalais et de la Turquie dans la Grande Guerre (1914- 1918) ».

Les grandes puissances européennes qui espéraient conforter leur monopole, suite à la conférence de Berlin (1885), en divisant l’Afrique en de petits États qu’elles se sont partagés, n’auront pas réussi à conserver longtemps le nouvel ordre établi à l’époque.

Elles ont vu, en effet, leurs empires s’émietter, elles aussi, au sortir de la grande guerre (1914 – 1918) qui a, concomitamment, amorcé le processus de libération en Turquie et aussi sur le continent africain.

Des historiens débattant mercredi à Dakar, sur initiative de l’ambassade de Turquie, du « Rôle et participation des tirailleurs sénégalais et de la Turquie dans la Grande Guerre (1914- 1918) » ont relevé cet état de fait.

« C’est 85 000 kilomètres de frontières à l’intérieur du continent dont 25 mille tracés à Paris et 21 mille par les Anglais. Ils se sont réunis et ont tracé les frontières sans demander l’avis des Africains », a mis en exergue l’ambassadeur de Turquie au Sénégal, en Guinée-Bissau et au cap Vert, Ahmet Kavas.

Il est revenu sur la conférence de Berlin de 1878 réunissant les puissances européennes de l’époque, notamment la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Russie, l’Autriche-Hongrie, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Belgique, le Danemark, la Suède-Norvège, ainsi que l’Empire ottoman et les États-Unis.

« Pour eux [les empires européens], c’était une grande victoire, mais Allah n’a pas permis que leur volonté s’accomplisse », estime Kavas, professeur d’histoire.

« Comme ils ont partagé l’Afrique, la Grande Guerre a partagé l’Europe en petits États […] ils [les empires européens] ont anéanti les grands empires africains disparus dans l’histoire mais, malheureusement, leurs [propres] grands empires ont [également] disparu », rappelle-t-il.

« La guerre a contribué à accélérer la dynamique d’émiettement que le continent européen a connu. On va passer d’un cycle impérial à un cycle républicain », explique dans la même dynamique Alioune Badara Kandji, doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, faisant également cas du démarrage, dans cette période, d’une nouvelle page de l’histoire turque avec Atatürk, la Guerre d’Indépendance et la fondation de la République de Turquie en 1923.

Le retour des tirailleurs, élément déclencheur
Les tirailleurs en provenance d’Afrique se sont retrouvés sur plusieurs théâtres d’opérations lors de cette guerre sanglante que fut la Première guerre mondiale ou la « Grande Guerre », qui aura vu la participation de 70 millions de soldats pour 10 millions de morts.

« Leur engagement ne se limitait pas seulement au front occidental [de l’Europe]. Plus de 250 mille Ouest-Africains ont été mobilisés et envoyés aux Dardanelles » pour guerroyer contre les Turcs défendant leur patrie, a précisé, Mor Ndao, directeur de l’école doctorale Étude sur l’Homme et la Société (Ethos), citant la présence dans le cimetière militaire sur place, de sépultures aux noms typiquement africains pour conforter son argument.

Le retour des survivants de la Grande Guerre s’est accompagné d’un sentiment de remise en question de l’ordre établi. Ces derniers rejetaient désormais, toute idée de suprématie du blanc et de l’ordre imposé par le colonisateur. « Émerge, à partir de ce moment, la première phase du nationalisme. Les tirailleurs se rebellent en Guinée, le congrès africain se met en place, les gens contestent l’hégémonie coloniale, les figures du nationalisme émergent et le combat pour les indépendances est enclenché », explique Ndao.

Çanakkale, naissance du nationalisme turc
« La Grande-Bretagne voulait rejoindre son allié, la Russie, en passant par Çanakkale qui était dans le territoire de l’Empire Ottoman », indique ensuite le Colonel Levent Sabahattin Guldagi, attaché militaire auprès de l’ambassade turque, revenant sur l’origine de cette bataille qui a eu lieu entre 1915 et 1916. « Vous avez vos baïonnettes. Je ne vous ordonne pas de combattre, je vous ordonne de mourir », déclare Guldagi, rappelant les propos de Mustafa Kemal aux soldats du 57ᵉ Régiment qui lui signifiaient n’avoir plus de munitions.

Un hymne d’honneur à la résistance héroïque face aux anglais déroutés dans leurs attaques navales et terrestres lors de l’opération. « L’opération s’est soldée par un échec pour les Anglais. Les Turcs ont usé de mines marines et ont porté une résistance héroïque qui a surpris l’adversaire », rappelle Mor Ndao, assurant que cette guerre a été l’accélérateur du changement avec Atatürk.

En effet, malgré la défaite de l’Allemagne, allié de l’Empire Ottoman lors de la Grande Guerre, le flambeau de la lutte pour la libération de la patrie turque avait pris sa source des hauts faits d’armes réalisés autour des falaises de Çanakkale. « Çanakkale n’était pas seulement une source additionnelle de fierté et de confiance pour notre nation, mais aussi une leçon vivante pour les éventuels agresseurs à l’avenir », souligne Guldagi.

« Il a donné de la force au mouvement d’indépendance et a donné l’exemple à de nombreux pays pour jeter les bases de leur indépendance », poursuit l’attaché militaire, soulignant également que cette guerre a conduit à l’effondrement de la Russie tsariste et a aussi provoqué un bouleversement sur la carte politique mondiale.

Alioune Ndiaye

Digital Manager - Chef de projet chez Alixcom Dakar | E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

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