Société

Les ravages du khessal au Sénégal

A.I.D.A. (l’Association Internationale d’Information sur la Dépigmentation Artificielle), qui tient présentement un important Panel au Musée des Civilisations Noires, a saisi l’occasion pour lancer une ultime alerte sur les ravages que la dépigmentation cosmétique continue de causer chez les femmes au Sénégal.

Selon Dr Fatimata Ly, présidente de la dite association, le taux de femmes « khessalisées » (dépigmentées) au Sénégal, gravite entre 62 et 72%. Ce phénomène social, dont les conséquences sur la Santé publique sont indéniables, est pour une large part responsable de la recrudescence du diabète, de l’hypertension et de divers types de cancers chez les femmes, informe la spécialiste.

Sept types de cancers ont été identifiés parmi les conséquences de la dépigmentation artificielle, selon un rapport d’expertise intitulé «Usage des dermocorticoïdes à usage cosmétique au Sénégal». Publié en mai 2014, ce rapport a été largement distribué par l’«Association internationale d’information sur la dépigmentation artificielle» (AIDA), qui avait invité les autorités à retirer les corticoïdes du marché des produits cosmétiques.

L’hydroquinone, un produit de base particulièrement corrosif, identifié dans la plupart des produits de dépigmentation, a un effet cancérigène avéré, qui pourrait expliquer le rôle des substances dépigmentantes dans la genèse de certains types de cancers, lit-on dans ce document.

D’autres complications dermatologiques, comprenant des eczémas de contact allergiques et des dermites caustiques, sont également signalées dans ledit rapport. Qui précise qu’en dehors des complications dermatologiques, des affections générales comme le diabète et l’hypertension artérielle ont été associées à la dépigmentation artificielle, citant une étude réalisée à l’Hôpital principal de Dakar, avec un groupe de femmes utilisant les produits dépigmentant, comparativement à un autre groupe qui n’en utilisait pas».

Selon l’association « AIDA », «la dépigmentation artificielle par les corticoïdes a une prévalence élevée au Sénégal, de l’ordre de 67%. Et les complications médicales sont notées chez plus de 52% des femmes. La plupart des produits sont des médicaments détournés de leur destination médicale officielle, en l’occurrence les corticoïdes et l’hydroquinone».

Le rapport souligne qu’il n’existe pas de législation spécifique aux dermocorticoïdes et leur commercialisation est soumise aux mêmes textes que ceux en vigueur pour les médicaments. Les produits sont de nature et de composition variées, répartis entre les produits de fabrication artisanale et les produits modernes.

Les premiers sont fabriqués par les femmes elles-mêmes, qui «mélangent des produits divers à base d’huile de palme, d’œuf, de savon, de shampoing et de dermocorticoïdes. Ce mélange est ensuite porté à ébullition, avant son application».

«Les ingrédients de base varient et chaque femme détient jalousement ses secrets de fabrication», selon le rapport qui est assorti d’une série de recommandations. Dont celle relative à l’interdiction de la vente de dermocorticoïdes comme produits dépigmentant et l’introduction de modules d’information traitant des complications médicales de la dépigmentation artificielle, dans les programmes de formation sanitaires.

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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