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Fin d’une campagne électorale express, place au scrutin ce dimanche 24 mars

Plus de sept millions de Sénégalais sont appelés à élire leur cinquième président lors d’un scrutin totalement indécis. Des résultats provisoires pourraient être connus dès la nuit de dimanche.

Les candidats à la présidentielle au Sénégal ont réuni vendredi des foules de sympathisants pour leurs derniers meetings avant le vote de dimanche, marquant la fin d’une campagne express mais apaisée par rapport aux mois de tension qui ont précédé cette élection inédite.

Deux candidats se détachent
Amadou Ba et Bassirou Diomaye Faye en particulier, considérés comme les deux principaux concurrents à l’élection peut-être la plus ouverte de l’histoire du Sénégal indépendant, se sont prêtés à une ultime démonstration de force avant la fin de la campagne vendredi à minuit.

« Je m’engage à être un président de la République de tous les Sénégalais » et « à lutter contre l’hyperprésidentialisme », a lancé Bassirou Diomaye Faye devant des milliers de sympathisants réunis dans un stade à Mbour.

Il s’est également déclaré « prêt » à « poursuivre notre partenariat avec nos partenaires internationaux sur la base du gagnant-gagnant » et à « raffermir les relations avec nos pays frères du Sahel et travailler à leur retour dans la Cédéao », la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

Âgé de 43 ans, ce candidat antisystème, dont une victoire annoncerait la possible remise en cause d’un modèle établi, a reçu vendredi un soutien de dernière minute et de poids avec l’appel lancé en sa faveur par Karim Wade, candidat disqualifié de l’historique Parti démocratique sénégalais.

Devant des centaines de sympathisants réunis sur la place de la Nation à Dakar, Amadou Ba a déclaré de son côté vouloir être « le président de la République des jeunes ». « Nous créerons au moins un million d’emplois », a-t-il affirmé.

Scrutin indécis
Plus de sept millions de Sénégalais sont appelés dimanche à élire leur cinquième président lors d’un scrutin totalement indécis, et exceptionnel à bien des égards. Macky Sall, président sortant aux commandes depuis 12 ans et largement reconduit en 2019, ne se présente pas à sa réélection.

Les Sénégalais devaient initialement voter le 25 février, mais un report de dernière minute a causé des troubles et plusieurs semaines de confusion qui ont mis à l’épreuve la pratique démocratique du Sénégal.

La campagne a été réduite de trois à deux semaines. Dix-huit hommes et une femme, dont deux ont annoncé leur retrait en bout de course au profit de Bassirou Diomaye Faye, ont passé de longues journées en bains de foule sous le soleil sans boire, ni manger du fait de l’ajournement de l’élection et de sa tenue en plein mois de jeûne musulman.

Un second tour probable
Amadou Ba et Bassirou Diomaye Faye sont donnés favoris, même si la publication de sondages est interdite. Un second tour, dont la date n’est pas fixée, paraît probable. Des résultats provisoires pourraient être connus dès la nuit de dimanche.

« On sait que ce sont les deux qui vont sortir (des urnes) s’il n’y a pas de tsunami », dit El Hadji Mamadou Mbaye, enseignant chercheur à l’université de Saint-Louis. « L’enjeu, c’est qui sera le troisième et comment il va se positionner », dit-il.

Il mentionne les noms de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, et d’Aliou Mamadou Dia, leader du Parti de l’unité et du rassemblement. L’expert attire l’attention sur les divisions de l’opposition en cas de second tour contre le candidat du pouvoir.

Un « séisme » en cas de victoire de Faye
Une victoire de Bassirou Diomaye Faye représenterait un « séisme » politique avec l’avènement d’une nouvelle génération et « l’arrivée d’un acteur qui n’est pas issu du système », précise l’expert, bien qu’il ait servi la haute fonction publique.

L’élection est suivie plus attentivement à l’étranger qu’elle ne le serait dans d’autres pays en développement. Avec 18 millions d’habitants, le Sénégal est l’un des pays les plus stables d’une Afrique de l’Ouest secouée par les coups d’Etat. Il a maintenu des relations fortes avec l’Occident.

Le Sénégal a cependant connu depuis 2021 différents épisodes de troubles. Des dizaines de personnes ont été tuées et des centaines arrêtées, mettant à mal l’image du pays, injustement selon le gouvernement.

Volonté de réconciliation
Ousmane Sonko, leader de l’opposition et acteur d’un long bras de fer avec le pouvoir, a été disqualifié de la présidentielle. Libéré il y a une semaine, il s’est mis au service de son second Bassirou Diomaye Faye, présenté par son camp comme le « candidat du changement de système », d’une souveraineté recouvrée et d’un « panafricanisme de gauche ».

Face à lui, Amadou Ba, 62 ans, se dresse en rempart contre les « aventuriers ». Il promet de poursuivre l’élan impulsé selon lui par le président Sall et son ambitieux programme de développement. Il doit aussi assumer son bilan, une pauvreté persistante, un chômage élevé, un endettement lourd, et les centaines d’arrestations.

La soif d’apaisement « va beaucoup jouer. Nous sortons d’une période très tendue. Tous les candidats se présentent comme celui qui va réconcilier les Sénégalais », dit Sidy Diop, directeur adjoint des rédactions du quotidien « Le Soleil ».

La libération d’opposants politiques et de centaines d’autres détenus ainsi qu’une loi d’amnistie ont contribué à une campagne sans incident notable. Elle a aussi été peu programmatique, dit l’enseignant-chercheur Mbaye. « Les gens ne votent pas pour des programmes ; cette élection, c’est un rendez-vous entre une personnalité et un peuple ». 

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

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