Société

Appel pour la libération de Guy Marius Sagna, en prison depuis deux mois

En détention préventive depuis son arrestation lors d’une manifestation le 29 novembre 2019, il est l’un des activistes les plus connus du Sénégal. Et l’une des figures de proue du mouvement « Frapp-France Dégage » (Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine).

L’activiste « Guy Marius Sagna est détenu dans un quartier de haute sécurité réservé aux terroristes et individus dangereux, ce qui est une atteinte à la dignité humaine et la présomption d’innocence », a déclaré lors d’une conférence de presse le responsable de la Ligue sénégalaise des droits humains (LSDH), Assane Dioma Ndiaye. Il avait été interpellé le 29 novembre 2019 lors d’une action de protestation contre l’augmentation du prix de l’électricité, devant les grilles du palais présidentiel de Dakar.

Pendant deux mois, « il n’a reçu que sept personnes en visite. Des restrictions inacceptables (…) à son droit de recevoir des visites. C’est pour simplement dire qu’ils étaient 9 personnes arrêtées pour le même motif, et seul Guy Marius Sagna est resté en prison. (…). C’est le fait du prince, qui utilise la justice pour fabriquer des charges et vous mettre en prison », a indiqué de son côté le directeur exécutif d’Amnesty Sénégal Seydi Gassama, cité par le site pressafrik.com. « Il y a un acharnement notoire contre une personne », a-t-il ajouté, annonçant de prochaines rencontres avec des diplomates à Dakar.

Un activiste connu
Il a été arrêté le 29 novembre avec huit personnes, lors d’une action de protestation contre l’augmentation du prix de l’électricité, devant les grilles du palais présidentiel de Dakar. Une zone où toute manifestation est interdite depuis 2011. Ses huit camarades ont depuis lors été remis en liberté provisoire, tout en restant inculpés de « participation à une manifestation non autorisée ».

Figure de proue du mouvement Frapp-France Dégage (Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine), qui dénonce notamment le franc CFA, Guy Marius Sagna, travailleur social de profession, est en outre inculpé de « rébellion » et de « provocation à un attroupement non autorisé », selon l’un de ses avocats. Il est toujours détenu à Rebeuss, la principale prison de Dakar. La justice a en effet rejeté le 21 janvier sa demande de remise en liberté provisoire.

Guy Marius Sagna est qualifié d' »éternel insurgé » dans un portrait du Point. Il « ne compte plus ses séjours en prison. Régulièrement arrêté, le travailleur social est sur tous les fronts : contre ‘l’impérialisme’, dit-il, le franc CFA ou la mauvaise gouvernance », précise RFI.
« Militantisme actif contre le pouvoir de Macky Sall »

Selon ses partisans, ses déboires judiciaires sont en fait liés à « son militantisme actif contre le pouvoir de Macky Sall », indique Le Point. Il s’est notamment « imposé comme une des figures de la plateforme citoyenne Aar li nu bokk, à l’origine de manifestations réclamant justice et transparence » dans le dossier d’une affaire pétrolière touchant le propre frère du président de la République. Une affaire qualifiée par la BBC de « scandale à 10 milliards de dollars ».

En novembre, le collectif avait invité « les citoyennes et les citoyens à s’opposer farouchement à toute hausse du prix de l’électricité ». La société nationale de distribution de l’électricité, la Sénélec, avait alors annoncé une hausse de 10% du prix de ce mode d’énergie au 1er décembre, justifiée notamment par l’augmentation du prix du pétrole. La hausse avait été critiquée par une partie de l’opposition et le collectif citoyen Noo Lank (« Nous refusons » en wolof), qui avaient appelé les citoyens à manifester en janvier.

Le nom de Guy Marius Sagna a été « scandé dans les récentes manifestations » contre cette augmentation, rapporte RFI. Le 19 janvier, alors qu’il s’exprimait devant la communauté sénégalaise de Londres, le président Macky Sall a même été interrompu par une militante aux cris de « Libérez Guy Marius Sagna ! », rapporte financialafrik.com.

Pour un cadre du parti présidentiel Alliance pour la République, cité par la même source, l’activiste « ne représente pas grand monde ». « C’est un provocateur », « qui cherche à faire du buzz » et « mène des combats qu’il ne maîtrise pas ».

« Liberté de manifestation »
Le Sénégal fait figure de modèle démocratique en Afrique. Mais des manifestations de l’opposition et des syndicats y sont parfois interdites et réprimées, donnant lieu à des violences. Les autorités justifient ces interdictions notamment par le besoin d’éviter des « troubles » alors que l’opposition et la société civile affirment se prévaloir de la liberté de manifester, inscrite dans la Constitution. « La République du Sénégal garantit à tous les citoyens les libertés individuelles fondamentales (…). Ces libertés et droits sont notamment : les libertés civiles et politiques, liberté d’opinion, liberté d’expression, liberté de la presse, liberté d’association, liberté de réunion, liberté de déplacement, liberté de manifestation », stipule ainsi le texte constitutionnel du Sénégal dans son article 8.

Laurent Ribadeau Dumas

Digital Manager - Chef de projet chez Alixcom Dakar | E-mail: saliou@dakar-echo.com | +221 77 962 92 15

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