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Avec les favoris Mbougar Sarr et Louis-Philippe Dalembert, le Goncourt pourrait sacrer des maisons d’éditions indépendantes

Avec les favoris Mbougar Sarr et Louis-Philippe Dalembert, le Goncourt pourrait sacrer des maisons d’éditions indépendantes

La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr et Milwaukee Blues de Louis-Philippe Dalembert sont en mesure de s’imposer face aux publications des mastodontes Madrigall et Hachette.

Le prix Goncourt revient mercredi à sa tradition des agapes, avec déjeuner au restaurant Drouant et la consécration littéraire pour un romancier parmi quatre finalistes, dont Christine Angot et le nouveau venu Mohamed Mbougar Sarr.

Oubliée l’édition 2020, reportée en décembre pour cause de fermeture des librairies, et achevée par une visioconférence: l’Académie Goncourt revient à son format classique, dans cet établissement du quartier de l’Opéra à Paris.

Après avoir sacré L’Anomalie d’Hervé Le Tellier, en 2020, ce pourrait être l’année du premier lauréat sénégalais, avec Mohamed Mbougar Sarr, ou haïtien, avec Louis-Philippe Dalembert.

Le premier, auteur de La plus secrète mémoire des hommes (éditions Philippe Rey), est donné favori par une majorité de journalistes littéraires interrogés par la revue Livres Hebdo. Son âge, 31 ans, en ferait par ailleurs le vainqueur le plus précoce depuis le Goncourt 1976. Le second, qui signe Milwaukee Blues (éditions Sabine Wespieser), inspiré du meurtre de George Floyd aux États-Unis, est considéré comme un outsider.

Plutôt qu’eux, le jury pourrait être tenté de couronner Christine Angot avec Le Voyage dans l’Est (Flammarion) ou Sorj Chalandon avec Enfant de salaud (Grasset), deux romans très remarqués et considérés parmi les meilleurs de leur auteur. Ce devrait être plus difficile pour Christine Angot, qui vient de remporter le prix Médicis.

Interrogé par l’AFP samedi, le président de l’Académie Goncourt Didier Decoin se disait peu enthousiaste à l’idée d’imiter le Médicis. «Il ne faut pas oublier nos amis et alliés que sont les libraires. Si on donne deux prix à un seul livre, ça ne fait qu’un livre dans la vitrine», soulignait-il. Mais rien n’est perdu: «on a dit qu’on ne tenait pas compte des autres prix» et le président lui-même «hésite encore à quelques jours du scrutin».

Ce Goncourt est aussi un affrontement entre deux éditeurs puissants, habitués aux récompenses, Grasset (groupe Hachette) et Flammarion (groupe Madrigall), et deux petits indépendants, novices dans ce domaine. Louis-Philippe Dalembert et Mohamed Mbougar Sarr ont pour point commun d’être défendus par une maison qui porte le nom de celui ou celle qui l’a fondée et la dirige encore.

Pour ce type de maison, rivaliser avec les grands du secteur, «c’est extrêmement important à la fois sur le plan symbolique, et sur le plan économique», disait l’éditrice Sabine Wespieser sur France 24 vendredi. «J’ai un imprimeur qui est prêt à appuyer sur le bouton à 12h45 le mercredi 3 novembre, pour rouler 200.000 exemplaires», ajoutait-elle. Quant à Philippe Rey, il s’est fait discret sur sa manière d’appréhender le jour J, mais il a travaillé intensément ces derniers mois pour faire connaître au grand public un écrivain adoubé par la critique.

Le prix Goncourt, décerné par un jury de sept hommes et trois femmes, rapporte un chèque de 10 euros, mais il garantit des ventes en centaines de milliers d’exemplaires. Le sacre en 2020 de L’Anomalie, roman fantasque d’Hervé Le Tellier, avait généré en librairie un engouement jamais vu depuis «L’Amant» de Marguerite Duras en 1984.

Cette année, les thèmes sont plus graves: l’inceste chez Christine Angot, la mythomanie d’un père engagé avec les nazis chez Sorj Chalandon, les violences policières chez Louis-Philippe Dalembert, et la difficulté de la littérature africaine à se faire reconnaître chez Mohamed Mbougar Sarr.

«C’est vrai que ce sont des sujets sérieux. Mais si vous prenez par exemple le livre de Sorj Chalandon, où le sujet est dramatique (le procès Klaus Barbie, la Shoah…), il est traité avec cette distanciation qu’il met dans tous ses livres. Les salauds sont toujours grotesques.

Le livre de Mohamed Mbougar Sarr, même s’il est moins drôle, quand on le lit avec attention, on y trouve aussi des éclats d’humour», notait Didier Decoin. Le prix Renaudot est également remis mercredi à Drouant.

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