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Wally Ballago Seck « Pourquoi je dérange »

Wally Ballago Seck « Pourquoi je dérange »

Wally Seck suscite toujours un intérêt particulier et il ne laisse personne indifférent. Il vient de sortir un nouvel album qui a encore fait l’objet de nombreux commentaires divers et variés. Le Témoin l’a rencontré. Entretien…

Quelle est la quintessence de cet album qui sort trois ans après le dernier ?
C’est un album qui a été muri durant une longue période. C’est un travail d’équipe qui a surtout été une initiative des musiciens comme Papis Ndiaye, le chef d’orchestre et le claviste Fallou Benjamin. Nous avons travaillé comme des fous et j’ai dû valser entre trois studios. Tout cela pour vous dire que le groupe en voulait vraiment. Et honnêtement, c’est un album qui a été voulu et réalisé par le groupe tout entier.

Quant au choix du titre « Symphonie », je dois reconnaitre que c’est Papis Ndiaye qui a bien voulu le proposer. Je ne suis pas un musicien et je n’ai pas honte de dire que je ne sais pas lire la musique. Cependant, j’ai un don et je sais bien discerner les belles mélodies et surtout reconnaitre les fausses notes. Je considère la vie comme une symphonie et j’incite les gens à bien aller au-delà des clichés. C’est un album qui est vraiment celui de la maturité. Pour la première fois, j’ai usé d’instruments comme le violon, la contrebasse, le piano ou le saxophone. Ce que je n’avais pas l’habitude de faire.

Un titre est dédié à feu Ndiouga Dieng et dans lequel vous avez invité son fils, Momo Dieng. Pourquoi ce choix 
Je ne pouvais pas ne pas chanter feu mon père Ndiouga Dieng sans y associer mon jeune frère Momo. Le morceau était déjà prêt, mais j’ai voulu y associer le fils de Ndiouga Dieng pour vraiment faire ressortir toute la charge émotionnelle que je ressentais. J’ai voulu lui rendre hommage parce qu’il avait publiquement déclaré qu’il n’avait pas pu s’empêcher de pleurer le jour où il m’a vu chanter au Grand Théâtre. En plus, il croyait en mon talent. Il parlait beaucoup de ma modeste personne à ses proches. C’est une chose que je n’ai pas oubliée et je n’avais que cette occasion pour lui rendre ce vibrant hommage. Dans ce morceau, j’ai voulu respecter un certain style musical des années soixante- dix pour me conformer à l’esprit de l’époque et au parcours du monument à qui je rends un vibrant hommage. C’est quelque chose que je lui devais et j’ai tout fait pour décrocher Momo.

Je suis un grand sentimental»

Mais pourquoi Momo et pas un autre fils de Ndiouga Dieng ?
C’est moi qui ai librement choisi Momo. Je l’ai personnellement démarché, car je le considère comme un grand chanteur et un alter ego. « Sama nawlé leu ». Il a très bien accueilli ce choix porté sur lui et il s’est totalement investi. Il était très motivé et il était le premier à être au studio pour relancer et motiver les musiciens. Je tiens à le remercier vivement. J’associe à ces remerciements, son label, « Prince Arts », qui lui a permis de faire ce travail avec moi sans aucun problème.

Vous avez également chanté les enfants. Qu’est-ce qui explique cet attachement à cette couche de la population ? Je suis très attaché aux enfants. Les gens ignorent que je suis un très grand sentimental. J’ai grandi avec les enfants dans la rue. J’ai quitté très tôt le giron paternel et j’ai été élevé par ma grand-mère. Je suis donc vraiment sensible au sort de cette couche de la population qui est très vulnérable. C’est pourquoi je me déploie beaucoup dans le social avec ma femme qui m’assiste énormément dans ce domaine.

Contrairement à l’album « Apéro » qui était en live, cet album est plutôt axé sur un énorme travail de studio. Pourquoi Wally excelle-t-il tant en live ?
J’ai vraiment rampé dans cet univers. « Dama Mbappat » et j’ai débuté par les soirées live. Il m’arrivait d’assurer durant de nombreuses années les premières parties de mon père et ça n’a pas été facile. Donc l’album « Apéro » a été conçu dans cet esprit et son succès est mérité à mon niveau.

Comment avez-vous senti tout le tollé qu’il y avait autour de cet album ?
Il ne s’agit pas seulement de cet album. J’ai toujours suscité des passions et les polémiques ont toujours jalonné mon chemin. Cependant, je n’ai jamais cherché à heurter personne. Seulement c’est le succès qui est fulgurant. MachAllah. « Daxaar gui mo safon rek ». Il faut donc comprendre les réactions de certains.

Vous semblez lancer des piques à un autre chanteur et vous récidivez en parlant de Baye Galaye à nouveau après le fameux Daxaar…
Ecoutez, j’ai vraiment souffert dans la musique. Rien ne m’a été donné. Et si j’étais un poltron, j’allais certainement déserter le champ musical depuis très longtemps. Rien ne m’a été donné. J’ai dû me battre très durement pour en arriver là. Il est donc évident que cette réussite ne soit pas du goût de tout le monde et cela peur déranger des gens comme Baye Galaye.

Le pouvoir ne se négocie pas, cela s’arrache. Je prends cela en compte»

Mais qui est ce fameux grand Baye Galaye ?
Qui vous a dit que c’est un grand ? Il peut bien être un jeune ou un vieux. De toutes les façons, Baye Galaye se reconnaitra lui-même. Vraiment ce n’est pas le plus important ! Baye Galaye peut être assimilé à toutes ces personnes que mon succès dérange et j’en parle très bien dans le titre « Désolé».

Je n’ai vraiment ni l’envie, ni le temps de répondre à des attaques ou des critiques car c’est moi qui ai décidé d’être chanteur. Je savais que cela n’allait jamais être facile. Il faut reconnaitre que je sais pertinemment que je dérange. Je n’ai pas le choix de m’exprimer à tout bout de champ ou de répondre à toutes les attaques. Je suis un musicien et je n’ai que ma musique pour délivrer mes messages. J’en ai justement profité pour m’adresser à un large public et pas à un individu en particulier. Il y a beaucoup de Baye Galaye qui ne veulent pas admettre mon succès.

Pensez- vous réellement que votre succès dérange ?
Bien sûr que je dérange et ce n’est pas nouveau ! Cela est inhérent à toute vie humaine. Je suis conscient de la lourdeur de la tâche. Cela dérange certains, mais ça ne peut me perturber. Si c’était le cas, je n’aurais jamais atteint ce niveau. Je suis conscient d’une chose. Le pouvoir ne se négocie pas, cela s’arrache et je prends cela en compte.

Mais on constate que vous ouvrez de nombreux fronts. Après Baye Galaye, vous avez aussi pointé du doigt Akon ?
J’admets qu’il y a eu un déficit de communication sur de grands sujets me concernant. Et tout le monde sait que cela a eu de fâcheuses conséquences. Je peux donc admettre que sur le cas Akon, il y avait aussi un déficit de compréhension et une mauvaise communication. Je ne lui en veux nullement. Peut -être que j’ai mal répondu à la question ou que les gens n’ont pas bien compris mes propos. Je voulais dire qu’il m’a rendu un grand service, car il m’a ouvert les yeux. Il m’a fait comprendre que dans la musique, rien ne se donne et qu’il faut toujours se battre. C’est pour cela que depuis lors, et bien avant, je ne demande plus rien à personne dans ce milieu. Même pas à mon propre père. Je peux dire qu’il m’a donné une belle leçon que j’ai bien assimilée. La preuve, trois ans après, il est venu dans une de mes soirées et il s’est beaucoup défoulé. Il a dansé jusqu’à enlever sa chemise. Juste pour vous dire qu’il n’y a aucune animosité.

Revenons à votre album. On a remarqué un progrès au niveau de la musique, mais également au niveau des textes. Est-ce vous qui écrivez les textes ?
Je dois reconnaitre que je n’écris jamais mes chansons. Il suffit que je mette les casques pour que l’inspiration soit au rendez-vous. Cependant, je ne travaille pas seul. Durant tout le processus de création, j’ai échangé avec le claviste Fallou Benjamin et Youssou Dieng. Nous avons beaucoup échangé. Et au finish, je pense que le résultat est à la hauteur des at- tentes. Encore une fois, c’est l’album de la maturité pour moi.

«A chaque fois que je vois ma mère, elle me donne du courage»

Comment vivez-vous certains moments difficiles et le bruit qui jalonne votre parcours ?
Mais comme tout être humain ! J’ai des sentiments et il m’arrive de me sentir touché et d’exprimer en solo tout mon spleen. Si vraiment je sens que cela ne va pas, je vais tout simplement voir ma mère. A chaque fois que je la vois, cela me procure du courage. Cela me revigore et me procure encore plus de force. Je n’ai pas le droit de baisser les bras. Mon entourage et mon staff me motivent car ils aiment vraiment tout ce que je fais. Je ne peux pas me permettre de démissionner ou de rebrousser chemin. Cependant, je tenais aussi à demander à la presse de mon pays d’être plus regardante sur les choses qu’elle écrit sur les musiciens sénégalais.

Comment cela ? Vous – vous sentez visé ?
La presse n’a pas toujours été tendre avec Wally et c’est valable pour tous les artistes. Il faut que ceux qui écrivent prennent en compte certaines choses. Nous avons des familles et nous sommes des pères, frères, ou fils d’autrui. La presse doit nous encourager et nous soutenir et non nous mettre des bâtons dans les roues. Il faut vraiment que certaines pratiques disparaissent. Je ne suis pas réfractaire à la critique, mais il faut aussi savoir raison garder et positiver au lieu de nous descendre à tout propos.

Il faut prendre conscience de la portée négative de certains articles qui ne sont pas convenables. Les conséquences sont parfois dévastatrices. Dans beaucoup de pays du monde, les artistes sont soutenus et accompagnés par leur presse qui leur permet de gravir des échelons et de devenir de véritables superstars. Hélas, au Sénégal, dès qu’on affiche ses ambitions, on fait tout pour vous mettre des bâtons dans les roues. Ce qui est incompréhensible.

Vous avez parlé tantôt de votre mère. Pourquoi avez- vous senti le besoin de lui dédier pour la première fois un titre ?
J’ai une relation quasi fusionnelle avec ma mère. C’est elle qui me pousse toujours au dépassement. Je ne peux pas exprimer vraiment tout ce que je ressens pour elle. Entre nous, c’est une histoire de pair et elle est l’autre membre de ce binôme inséparable.

J’ai signé avec une grande maison de disque pour mon album international»

Quid de vos relations avec Thione Seck qui vous a critiqué récemment ?
Thione Seck est mon père et il a le droit de dire tout ce qu’il pense de moi et de mon boulot. Comme il l’a si bien dit, c’est son sang qui coule dans mes veines et non le contraire. Il faut savoir que Thione Seck est une référence, un « kilifeu », un modèle et un papa. C’est si simple que cela ! Il n y a vraiment rien à ajouter. Il a le droit de dire ce qu’il pense et cela ne peut nullement m’offusquer. Il s’est beaucoup battu et il reste et demeure un grand monsieur de la musique sénégalaise qu’il a grandement contribué à faire connaitre partout à travers le monde. Cela est indéniable. Il mérite respect et considération de Wally, mais également de tout le public d’ici et d’ailleurs.

Pourtant vous avez tenu à vous démarquer de son emprise ?
Mais c’est très normal ! Certains disaient que Thione voulait m’imposer et que j’étais son clone vocal. J’ai alors compris que pour m’imposer, il fallait choisir ma propre voie et trouver ma propre identité musicale. C’est ce que j’ai réussi et il est tout à fait heureux que les gens comprennent que Wally a son chemin qu’il s’est tracé tout seul.

Vous avez un calendrier très chargé pour ces fêtes de fin d’année…
Oui, je suis vraiment surbooké en cette période. Je vais jouer en Gambie. Après je vais effectuer une petite tournée sénégalaise pour encore mieux communier avec mes fans. Je suis nostalgique des grands bals d’antan. Ces trois dernières années, j’étais toujours en dehors du Sénégal à la date du 31 décembre. Cette fois- ci, j’ai renoncé à de gros cachets pour aller jouer au Grand Théâtre. J’ai vraiment envie de me surpasser et de vivre les grands moments des bals d’antan C’est vraiment le cadeau que je veux offrir à mon public pour entrer dans l’année en beauté.

Quels sont vos projets ?
Je viens de terminer un album international. Cela a pu se faire parce que j’ai signé avec une grande maison de disque. Le moment venu, tout le monde sera informé des détails de cette fructueuse collaboration. Je peux juste vous dire que l’album est fin prêt et il appartient maintenant aux producteurs qui attendent le moment opportun pour le sortir. Ce sera certainement au début de l’année prochaine. Je vous réserve de très grosses surprises car la maison de disque a déboursé beaucoup d’argent pour me faire signer. Sinon, j’ai lancé depuis l’année dernière ma structure de production qui s’appelle « Faramararen » dont je suis le PDG.

Je veux surtout mettre sur pied un gros holding qui va se déployer dans l’immobilier. Et pourquoi ne pas monter un grand groupe de presse ? Je souhaite vraiment créer de nombreux emplois pour permettre à des milliers de jeunes de travailler et de s’épanouir. C’est mon vœu le plus cher en cette veille de Noël et de nouvel an. J’en profite pour souhaiter le meilleur à tout le Sénégal et que la paix continue de régner dans notre pays à quelques mois de la présidentielle. Je suis apolitique, mais je prie pour que tout se passe dans la paix.

Recueillis par Fadel LO

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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