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Visées de l’armée sur le camp GMI Michel Legrand de Thiès: La réticence de la Police pousse Macky Sall à geler le projet

Visées de l’armée sur le camp GMI Michel Legrand de Thiès: La réticence de la Police pousse Macky Sall à geler le projet

Ouf, le camp Michel Legrand du Groupement Mobile d’Intervention (GMI) de Thiès l’a échappé belle ! En effet, l’Armée l’a convoité pour y transférer le bataillon de parachutistes de Thiaroye.

L’affaire a été gérée dans la plus grande confidentialité au niveau des hautes autorités de l’Etat ainsi que de l’état-major des Armées. Suite à des grincements de dents et des signes de frustration notés au sein de la hiérarchie de la Police et au niveau des troupes, le président Macky Sall aurait décidé de geler ce dossier sensible.

Le recul du chef de l’Etat serait lié, paraît-il, à la détermination de la hiérarchie policière de garder dans son escarcelle ce camp qui revêt une dimension à la fois stratégique, symbolique et sentimentale pour tous les policiers de notre pays. Qu’ils soient en activité ou retraités. Car, Michel Legrand, c’est non seulement un patrimoine d’une valeur inestimable, mais aussi un pan important de l’histoire du corps de la Police dans notre pays.

La pilule était d’autant plus amère à avaler pour ce corps que ce devait être la deuxième spoliation après celle — avortée pour le moment — des Marocains de Addoha qui voulaient récupérer près de 6 ha au niveau de l’Ecole Nationale de Police.

Après avoir fait main basse sur la caserne des sapeurs-pompiers de l’avenue Malick Sy ! Au niveau de l’Armée, on estime que c’était juste une idée émise mais qu’aucun acte concret n’a été posé dans le sens de transférer le camp des GMI de Thiès à la Grande Muette. La hiérarchie policière était ces dernières semaines sur le qui-vive.

Non pas pour traquer des terroristes ou mater d’éventuelles marches de l’opposition voire des partisans de l’imam Alioune Badara Ndao, mais pour s’opposer à l’expulsion des « bérets rouges » du GMI (Groupement mobile d’intervention) de leur légendaire camp Michel Legrand de Thiès au profit du Bataillon des parachutistes basé à Thiaroye.

Bien évidemment, cette affaire hautement sensible a été gérée dans une confidentialité extrême au plus haut niveau de l’Etat.

Le Témoin est en mesure de révéler que le président de la République et son ministre des Forces Armées, Dr Augustin Tine, étaient disposés à satisfaire la requête de l’Etat-major des Armées qui aurait ciblé le camp du GMI Michel Le Grand de Thiès pour y transférer le fameux « Bat-Paras » de Thiaroye.

En échange, les occupants du camp Michel Le Grand devaient quitter la cité du Rail — où devait rester le camp Tropical lui aussi occupé par le GMI — pour venir s’installer… au camp de Thiaroye.

Une sorte d’échange d’implantations en quelque sorte. Sauf que ce troc a été catégoriquement rejeté par la hiérarchie de la Police pour autant qu’elle ait eu son mot à dire dans cette affaire. « Il n’est pas nécessaire de chercher midi à quatorze heures pour dire qu’au niveau des hauts dirigeants de la Police, on rejette totalement cette hypothèse. D’ailleurs à notre niveau, nous notons des grincements de dents et de la frustration généralisée dans les rangs à cause de la décision supposée prise par les hautes autorités de nous enlever le camp Michel Le Grand de Thiès.

Ce n’est pas sérieux » expliquait une source qui avait préféré garder l’anonymat. Et d’ajouter que « nous ne comprenons pas cette volonté de l’Etat-major de faire main basse sur notre patrimoine d’autant que la réserve foncière se trouvant derrière l’Ecole Nationale des Officiers d’Active (ENOA) de Thiès est suffisamment grande pour contenir un nouveau camp à construire pour le bataillon des parachutistes.

En outre, le camp Michel Le Grand est une sorte d’annexe de l’Ecole nationale de Police. Il forme des sous-officiers et des agents de police. Il permet de décongestionner l’Ecole Nationale de Police. Mais au-delà, ce camp se situe a une importance affective et constitue un patrimoine dont la Police est fière et ne comprendrait pas qu’on puisse le lui enlever pour y loger un autre corps militaire. Ce n’est pas juste et peut affecter le moral de la troupe du genre manque de considération pour les hautes autorités.

Le camp Michel Le Grand est très important pour notre dispositif de formation surtout en un moment où on note une montée en puissance de la Police qui a revu en hausse son recrutement. Rien que la dernière promotion de l’ENP tournait autour de 1910 sortants » indique notre interlocutrice.

La Police ne saurait comprendre alors que, du fait de la vétusté du camp de Thiaroye qui souffre d’un environnement devenu trop bruyant et surtout faisant l’objet d’une très forte convoitise foncière, l’Etat-major de l’Armée veuille quitter les lieux en ciblant le camp Michel le Grand.

Au niveau de la Police, on est d’autant plus secoué par cette affaire que la 1ère tentative des autorités de céder près de 8 ha de l’Ecole nationale de Police aux Marocains d’ADDOHA pour l’extension du projet immobilier de ces derniers dans la zone, est encore fraiche dans les mémoires. D’ailleurs, même le mythique camp des sapeurs-pompiers de Malick Sy devait aussi disparaître pour le plaisir de ces Marocains dont le projet peine à se terminer.

Dans les deux camps, c’est le stand-by sans qu’on puisse comprendre la suite réservée par les autorités à ces dossiers.

Macky SALL recule, Colonel Abdoul Ndiaye DIRPA:«Je ne suis pas informé »

Suite aux grincements de dents de la Police, nos sources expliquent que le président Macky Sall aurait décidé de geler cette affaire.

Interpellé à son tour, le colonel Abdoul Ndiaye, patron de la Direction de l’information et des relations publiques de l’armée (DIRPA) soutient ignorer totalement les contours de cette affaire. « Je ne suis pas au courant, ce jeudi nous avons une réunion de débriefing au niveau de l’Etat-major, je m’informerai sur cette affaire afin de pouvoir vous donner, éventuellement, d’amples informations » nous a dit mercredi le colonel Ndiaye.

Promesse tenue puisqu’hier, le patron de la Dirpa nous a rappelé pour donner la version de la Grande Muette sur cette affaire. « J’avoue que l’idée de transférer le bataillon des parachutistes de Thiaroye à Thiès a effectivement été émise en un moment donné. Je répète juste émise, mais après il n’y a rien eu de concret.

Nous avons pensé que la base militaire de Thiès qui date de l’époque coloniale est un endroit propice pour le redéploiement de nos unités. L’Etat-major réfléchis constamment à améliorer les conditions d’existence de notre armée, c’est dans ce cadre que cette idée fut émise parce qu’à Thiaroye, le bataillon des parachutistes est à l’étroit avec toute la spéculation foncière qui existe dans la zone » explique le colonel Abdoul Ndiaye.

Abdou Karim DIARRA avec Le Témoin

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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