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Une promenade à Dakar pour découvrir la diaspora libanaise la plus ancienne d’Afrique

Une promenade à Dakar pour découvrir la diaspora libanaise la plus ancienne d’Afrique

haidarPlus de 30 000 Libanais vivent aujourd’hui au Sénégal. Il s’agit de l’une des plus importantes communautés du pays, qui y a trouvé une terre d’accueil, d’hospitalité, de soleil et d’opportunités.

Dakar grouille de monde dès le petit matin, quand le soleil d’Afrique jette ses toutes premières lueurs sur l’océan Atlantique. Là, dans la presqu’île du Cap-Vert, plus de trois millions d’habitants ont fait de Dakar leur ville et l’animent à longueur de journée. Ce n’est pas sans raison que Dakar a été surnommée capitale de l’Afrique de l’Ouest.

Connue pour sa frénésie et son activité économique, comparée au reste du Sénégal et du continent noir, c’est dans ses rues que flânent les marchands à l’affût du moindre touriste et que se dépêchent souvent en grande hâte des hommes d’affaires en costard pour se rendre dans leurs bureaux, préférant la marche aux embouteillages monstres causés par les voitures et les typiques bus jaunes, qui font partie du paysage familier du « pays de la Téranga » qui longe l’océan.

Si la richesse et la pauvreté se côtoient au quotidien à Dakar, comme dans toute grande ville, le tissu cosmopolite n’en est pas moins intéressant, puisqu’elle accueille des Africains venus d’un peu partout, Européens, Marocains et, surtout, Libanais. Être libanais à Dakar, c’est quasiment faire partie du pays.

« On les connaît, les Libanais, on en a plein », s’amusent à répéter les Sénégalais, affables devant chaque touriste venu de Beyrouth. En effet, plus de 30 000 Libanais vivent aujourd’hui dans ce pays qui compte la plus ancienne diaspora libanaise d’Afrique et l’une des plus importantes au Sénégal.

Si c’est en 1860 que le premier commerçant libanais débarque au Sénégal, c’est surtout au début du siècle dernier que le processus d’immigration vers cette terre d’accueil s’intensifie, comme le raconte Ali, un homme d’une cinquantaine d’années dont la famille vit depuis 5 générations au Sénégal.

« Au début des années 1900, un de mes aïeux est venu ici pour travailler dans le commerce, raconte-t-il. Il s’agissait principalement d’un commerce de cacahuètes, et nous sommes restés depuis comme de nombreux Libanais. Certains sont venus après, durant la guerre civile, et ceux-là ont fait beaucoup d’argent, pas toujours de manière transparente. »

« Moi, chaque deux ans environ, je reviens au Liban où j’ai bâti une maison, raconte aussi ce jeune père de famille originaire du Liban-Sud comme la plupart des Libanais à Dakar. Mes enfants ont appris l’arabe dans un centre islamique de la capitale sénégalaise et nous essayons de préserver les liens. » Et d’ajouter : « J’aime bien le Sénégal, ce pays ressemble au Liban. Si l’on oublie bien sûr le mensonge et tous les tours de force qu’il faut pour réussir. Dieu sait combien de temps il m’a fallu pour achever la construction de ma maison au Liban-Sud ! »

Une communauté soudée

En ville, dans le marché de tissus, non loin du marché Sandaga, poumon de l’économie informelle de Dakar où abondent boubous africains multicolores, marchands de souvenirs artisanaux en bois, mais aussi pickpockets, de nombreux Libanais gèrent une série de magasins qui vendent tout genre de tissus, de valises et de cartables. Parmi ceux-ci, Kamel Badwi (54 ans) vit à Dakar depuis 44 ans. « J’avais 10 ans quand je suis arrivé avec mes parents qui sont venus chercher fortune, explique-t-il.

Ils se sont lancés dans l’industrie textile et depuis, nous avons géré ce business. » « Les revenus sont bons, mais la vie est chère, déplore Kamel, qui assure avoir obtenu avec sa famille la nationalité sénégalaise. Nous participons toujours aux élections aux Sénégal, mais jamais au Liban.

Et nous espérons que la situation économique va s’améliorer avec le nouveau président Macky Sall. » Et de poursuivre : « Les Libanais travaillent dans l’industrie et dans la restauration en général et sont proches les uns des autres. Ils forment ici une même communauté. »

Une communauté endogame et très soudée, à tel point que certains Sénégalais déplorent « que la communauté libanaise soit parfois fermée sur elle-même », même s’ils assurent qu’à Dakar, il n’y a pas de différence entre un Blanc et un Noir, ou entre un autochtone et un étranger ». « Tout le monde est le bienvenu et Dakar est pour tout le monde », répètent les Sénégalais connus pour leur pacifisme et pour leur hospitalité, cette fameuse « téranga ».

Non loin du magasin de Kamel Badwi, près d’un vendeur de souvenirs typiques peints « en sous-verre » et dont on attribue la technique de peinture à des Libanais, Nassim Ftouni, coiffeur pour hommes, a ouvert son salon il y a 14 ans.

« J’étais venu passer deux mois à Dakar pour faire mon visa pour le Brésil où je comptais immigrer, raconte le jeune homme originaire de Tyr, qui a obtenu la nationalité sénégalaise il y a dix ans en épousant une Libanaise installée à Dakar. En fin de compte, je suis resté. Les gens d’ici sont bons et ne discriminent pas du tout.

Un Libanais est perçu comme un Sénégalais et la ville me rappelle Tyr avec son bord de mer. » Pour Nassim, qui espère rentrer un jour au bercail, pas question de le faire tout de suite. « Au Liban, la vie est chère et l’on dépense beaucoup. Il faut sortir chaque jour, etc. Ici, je suis capable de faire des économies, environ 6 000 dollars par mois. »

Une terre d’opportunités

Pour échapper au bruit de la ville et aux embouteillages, à Dakar, rien de tel qu’un tour en voiture ou à pied le long de la côte qui longe l’océan, depuis le centre-ville jusqu’à la pointe des Almadies (al-Mahdi), le point d’Afrique le plus proche des Amériques. En route, tout touriste peut apprécier une vue imprenable sur l’océan, sur l’impressionnant monument de la Renaissance africaine, sur le phare des Mamelles qui s’élève sur l’une des deux collines volcaniques qui portent le même nom et sur de nombreuses mosquées dans lesquelles se rendent de nombreux Sénégalais pour prier dans ce pays en grande majorité musulman.

Au coucher du soleil, des centaines de jeunes et de moins jeunes aux tenues multicolores font du jogging sur la plage, sur fond de paysages pittoresques. La promenade, par ailleurs, est aussi une occasion pour découvrir une série d’hôtels 5 étoiles dont certains détenus par des Libanais, le beau jardin de l’ambassade du Liban où se tiennent souvent des réceptions mondaines réunissant des centaines de Libanais autour de bouchées de chawarma ainsi que le restaurant de Ali Mansour, le Uno.

Pour ce jeune Libanais qui travaillait dans la restauration dans de nombreux pays dont l’Algérie, c’est en 2006 que lui fut offerte l’occasion de travailler au Sénégal, où un centre commercial est en pleine édification. Les responsables du projet recherchent alors quelqu’un pour prendre en charge une série de restaurants sur la terrasse du centre.

Depuis 2006, Ali dirige divers établissements ailleurs dans la capitale ainsi que les restaurants du centre qui proposent des cuisines différentes : arabe, libanaise, italienne ou encore internationale. « C’est un système de vie très différent, confie-t-il à L’Orient-Le Jour. C’était très difficile au départ et ça l’est toujours. Mais le travail marche bien et le pays est sûr. La communauté libanaise est importante, et travaille dans l’industrie du carton, du plastique, de l’aluminium ou encore dans la restauration.

Par ailleurs, de nombreux Libanais qui travaillent ailleurs en Afrique viennent souvent passer leurs vacances ici au lieu d’aller à Beyrouth, puisqu’il n’y a malheureusement pas de vol direct Dakar-Beyrouth. Pour ma part, je rentre chez moi chaque deux mois environ, mes parents sont restés au Liban. » Et d’ajouter : « Il est peut-être temps pour moi de rentrer au pays définitivement. Ce sera ma retraite précoce. »

Visite incontournable à la Maison des esclaves

La nuit, Ali rejoint deux autres copains libanais. Ensemble, ils dîinent avant d’aller boire un verre. L’interaction avec les locaux, en dehors du travail, n’existe pas. Au restaurant Le Lagon, pourtant, Dina el-Kadiri dîne avec des Sénégalais. Il s’agit d’un dîner d’affaires. Pour cette jeune femme originaire de Zrariyé, au Liban-Sud, le Sénégal a ouvert de nombreuses portes.

Aujourd’hui responsable de la communication et du crédit d’habitat à la CBAO, la première banque du pays, elle est également l’une des conseillères du président Macky Sall. « Je suis venue ici avec mon mari, raconte-t-elle. Quand nous avons divorcé, j’ai voulu y rester. Il y a quatre ans, j’ai rencontré le président alors qu’il n’était encore que candidat à la présidence. Comme j’avais une certaine expérience dans le secteur bancaire, j’ai réalisé pour lui une étude technique relative aux logements, un des sujets phares de sa campagne électorale. Aujourd’hui, j’ai un sens de l’appartenance à ce pays qui m’a beaucoup donné et j’aime lui donner en retour. »

Près du Lagon, un hôtel portant le même nom offre un séjour agréable à tous les visiteurs et une vue de choix sur l’océan. Il y a deux mois, comme tous les hôtels de la capitale, il était bondé à l’occasion du Sommet de la francophonie qui se tenait à Dakar et avait accueilli de nombreux Libanais.

Dans ce pays où la langue officielle est le français, les Libanais ont vite su s’accommoder de cet avantage pour réussir dans les affaires. Certains ont fait fortune et d’autres ne vivent pas mieux qu’à Beyrouth. Toujours est-il que les Libanais sont toujours ravis d’accueillir des touristes venus du pays du Cèdre, comme le propriétaire du restaurant Chez Walid, qui offre le meilleur poisson de la capitale, tout près du port de Dakar.

De là, la chaloupe Coumba Castel effectue chaque jour une dizaine de rotations vers l’île de Gorée à deux kilomètres de la ville. Un voyage incontournable pour découvrir des maisons coloniales du XVIIIe siècle aux façades roses et jaunes, et aux volets bleus et des rues décorées par les bougainvillées, ainsi que la sinistre Maison des esclaves, où des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants étaient entassés dans des cachots avant de prendre la route vers les Amériques sur un bateau en franchissant la funeste porte du « voyage sans retour »…

Béchara MAROUN avec L’Orient Le Jour

 

 

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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