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Une enquête de la FIFPRO stigmatise les graves dérives et surcharges du calendrier des footballeurs

Une enquête de la FIFPRO stigmatise les graves dérives et surcharges du calendrier des footballeurs

Une enquête du syndicat mondial des joueurs, dévoilée ce jeudi à Paris, montre que la surcharge du calendrier conduit à un épuisement dangereux des footballeurs, sur le plan physique et mental.

Fatigue physique, épuisement mental : la santé globale des joueurs passe souvent au second plan, dans l’écosystème du football comme dans le regard des fans ou des critiques, qui jugent les footballeurs d’abord trop payés.

Une enquête mondiale de la FIFPRO (Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels), autrement dit le syndicat des joueurs à l’échelle de la planète, stigmatise les graves dérives du calendrier.

Elle a été menée en octobre et novembre 2021 et a été divulguée ce jeudi à Paris, à quelques jours de la finale de la Ligue des champions entre le Real Madrid et Liverpool. Des entraîneurs, des scientifiques du sport, des médecins, des kinésithérapeutes ont aussi participé au travail. Kylian Mbappé, dans une vidéo, a ouvert la voie en rappelant les cadences infernales. C’est son visage qui portait l’affiche du rendez-vous, intitulé « processus de transition vers un calendrier qui protège la santé des joueurs ».

L’enquête révèle des résultats coups de poing : 54 % des joueurs disent avoir souffert d’une lésion due à une surcharge de travail. 82 % des « entraîneurs aux performances », comme les préparateurs athlétiques, disent avoir observé des problèmes de santé mentale chez les joueurs en raison de la surcharge de travail. Les techniciens préconisent un seuil de 55 matchs par saison.

Lors de la saison 2020-2021, 72 % des footballeurs dans le monde ont disputé plus de 55 rencontres. Les acteurs de la finale de la Ligue des champions sont déjà dans le rouge : Sadio Mané et Mohamed Salah ont d’ores et déjà joué 69 matchs avec Liverpool et leurs sélections, 61 pour Virgil Van Dijk.

A Madrid, Vinicius compte 59 matchs, Thibaut Courtois 57, Eder Militao 57. Du 30 septembre au 20 décembre 2020, Luka Modric, le milieu du Real, a disputé 24 matchs consécutifs (18 avec Madrid, 6 avec la Croatie), « plus de quatre fois le maximum recommandé ». 72,6 % de toutes les minutes disputées l’ont été en « zone critique »

Lors de la conférence de presse, Grégory Dupont, le préparateur des Bleus champions du monde en 2018 (il a également travaillé au Real et à Strasbourg), a détaillé : « Quand on joue tous les trois jours, l’incidence des blessures est multipliée par six. Il y a donc six fois plus de blessures quand on joue tous les trois jours. On a creusé un peu plus. La fatigue mentale est un élément central.

Quand un joueur se sent fatigué la veille du match, sans aller voir le coach pour lui dire – juste quand on leur posait la question -, le risque de blessure est alors multiplié par 30. »

« Si personne ne communique, on n’en sortira jamais »
« Il y a un troisième facteur, le niveau de force, ajoute Dupont. Le lendemain du match, l’ischio jambier diminue de 15 à 30 % de sa force selon les joueurs. Quand on est encore à -10 % la veille du match suivant, le risque de blessure augmente à 90. S’il n’a pas récupéré sur le plan musculaire, le risque est très très, élevé.

Quand on réalisait ces tests-là, on ne les communiquait pas aux joueurs pour éviter d’augmenter leurs probabilités de se blesser. » Car il faut aussi lutter parfois contre les footballeurs eux-mêmes qui, malgré la fatigue, veulent toujours tout jouer.

Le Professeur Vincent Gouttebarge, directeur médical la FIFPRO, conclut : « Les joueurs ont le même avis que les entraîneurs : il y a trop de matchs dans l’élite. Il existe le souhait et la volonté d’avoir une trêve estivale et une autre hivernale qui sont respectées.

La communication entre la Fifa et l’UEFA pour harmoniser les calendriers, connaître les nouvelles compétitions imaginées, est essentielle, notamment pour sécuriser les périodes de trêve. Mais si personne ne communique, on n’en sortira jamais. »

Dominique Sévérac

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