Dakar-Echo

Un contrôle des douanes françaises dans une commune italienne ulcère l’Italie

Un contrôle des douanes françaises dans une commune italienne ulcère l’Italie

Rome – La France a dû expliquer samedi que la présence de douaniers français à l’intérieur d’un local de la gare d’une commune alpine frontalière en Italie était parfaitement légale, répondant à une avalanche de propos outrés de la classe politique italienne.

Dans une ambiance frôlant le couac diplomatique, le ministère italien des Affaires étrangères a convoqué samedi en fin d’après-midi l’ambassadeur de France à Rome, Christian Masset, pour demander des clarifications.

Auparavant, l’ONG Rainbow4Africa -qui occupe depuis décembre ce même local de la gare pour accueillir des migrants en transit vers la France- s’était plainte de « l’irruption » vendredi soir de douaniers français souhaitant qu’un Nigérian y effectue un test urinaire. Très rapidement soutenue par des responsables politiques locaux puis nationaux, indignés d’une possible ingérence française sur le territoire italien.

Dans un communiqué relayé par l’ambassade de France à Rome après la convocation de l’ambassadeur, le gouvernement français a finalement fourni des explications.

Vendredi soir, une équipe de la brigade ferroviaire des douanes françaises de Modane était en contrôle sur le TGV Paris-Milan, indique le communiqué signé du ministre français de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, chargé des douanes.

« Ces agents en uniforme et identifiés comme douaniers français ont suspecté un voyageur, de nationalité nigériane et résident italien, de transport in corpore de stupéfiants. En application de l’article 60 bis du code des douanes, les agents ont demandé à la personne si elle consentait à un test urinaire de détection de stupéfiants, ce qu’elle a accepté par écrit à 19h15 », stipule le communiqué.

« Afin de réaliser ce contrôle dans des conditions de respect de la personne, les agents ont attendu l’arrivée du train pour utiliser le local attenant à la gare de Bardonnechia, mis à la disposition de la douane française en application des accords du bureau à contrôles nationaux juxtaposés (BCNJ) de 1990 », note le gouvernement.

« Ce local étant depuis quelques mois également mis à la disposition d’une association d’aide aux migrants, les agents ont sollicité la possibilité d’accéder aux sanitaires, ce qui leur a été accordé. Le contrôle s’est finalement révélé négatif », précise encore le communiqué.

« Au lieu d’expulser des diplomates russes, il faut ici éloigner les diplomates français », avait réagi avant ces explications le président de la Ligue Matteo Salvini (extrême-droite), arrivé en tête des dernières législatives grâce à une coalition avec Silvio Berlusconi.

« Avec nous au gouvernement, l’Italie relèvera la tête en Europe, nous n’avons pas de leçons à recevoir de Macron et Merkel, et nous contrôlerons nos frontières », a ajouté M. Salvini.

Luigi Di Maio, chef du Mouvement 5 Etoiles (M5S, anti-système) arrivé en tête du scrutin, s’est démarqué en attendant les explications françaises et en tweetant sobrement que l’Italie avait bien fait de convoquer l’ambassadeur français pour « clarifier complètement » les faits.

La gauche italienne n’était pas en reste dans le concert de critiques anti-françaises et souvent anti-européennes, dans un pays qui juge que ses partenaires n’accueillent pas assez de migrants arrivant sur ses côtes.

« Ce n’est pas ainsi qu’on fait la nouvelle Europe », a fustigé Maurizio Martina, secrétaire par intérim du Parti démocrate italien (centre-gauche), encore techniquement au pouvoir, tandis que le parti d’extrême gauche Leu jugeait « absolument insuffisante » la réponse française.

Le station de ski de Bardonecchia (Piémont) voit arriver un flux régulier de migrants, même si les trains pour la France sont fortement contrôlés. Certains passent par la route d’un col, longue de 16 km, qui sépare Bardonecchia de Névache, le premier village Français.

Articles similaires

Laisser un commentaire