Dakar-Echo

Un an après la promesse d’un fonds d’aide aux cinéastes: Macky faisait du cinéma

macky-sall-militaireDans l’euphorie du sacre du Sénégalais Alain Gomis au Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (Fespaco) pour son film Tey, le Président Macky Sall avait promis la mise en place d’un fonds d’aide au cinéma doté d’un milliard de francs Cfa. Prés d’une année après, les cinéastes sénégalais continuent de scruter le ciel.

Où est passé le milliard que Macky Sall a promis au cinéma sénégalais ? C’est la question que se pose le monde du cinéma sénégalais. Près de deux ans après le sacre du film sénégalais Tey (Aujourd’hui) de Alain Gomis au Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou, la concrétisation de la promesse du chef de l’Etat de mettre un milliard de francs Cfa dans le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (Fopica) tarde à se traduire en acte. Destiné à impulser le développement de la production cinématographique du pays, le Fopica a pris au fil des mois, l’allure d’un mirage bien sénégalais.

Il y a quelques mois, l’appel à candidatures avait démarré le 24 septembre 2013 pour se poursuivre jusqu’au début de l’année 2014. Depuis, c’est le silence radio. «Je trouve que même pour une première, c’est excessivement lent» se désole Mamadou Sellou Diallo, producteur aux Films de l’Atelier.

Si dans les termes de références du projet, il est noté que «toutes les décisions positives ou négatives sont notifiées, exclusivement par écrit, dans un délai de quinze (15) jours après la réunion de délibération du comité de gestion», la réalité qui se dessine est tout autre.

Jusqu’à présent, les acteurs du monde culturel interpellés par Le Quotidien, ne savent pas si cette commission s’est réunie. «On est dans le flou total. Depuis qu’on nous a demandé de déposer des compléments de dossier il y a quelques mois, on est restés sans nouvelles», fustige Souleymane Kébé, jeune producteur sénégalais dont les projets attendent encore un financement. Souleymane Kébé fustige d’ailleurs le manque de communication de la Direction de la cinématographie. «On ne sait pas ce qui se passe.

Il aurait dû y avoir un mail pour nous informer d’éventuels retards, mais rien». Plus percutant, Fabacary Assymby Coly estime que «tout cela est irrespectueux». Le jeune réalisateur poursuit en soulignant que «des gens se sont endettés pour déposer leurs projets». Mais tous les espoirs sont pour l’instant en berne constate-t-il. «Demain, qu’ils ne viennent pas réceptionner nos prix», prévient Fabacary Coly.

Si les producteurs et cinéastes sénégalais continuent de garder espoir, c’est bien parce que le nombre limité de guichets de financement auxquels ils peuvent prétendre ne laisse guère d’autres choix. «Les étrangers avec lesquels on travaille commencent à rigoler en disant que l’argent a été bouffé comme d’habitude.

Et d’ailleurs, ils ne nous prennent plus au sérieux quand on évoque le Fopica», note M. Kébé. En effet, il note qu’aucune commission ne prend autant de temps pour livrer ses résultats. Mamadou Sellou Diallo indique même que certains cinéastes nourrissent des craintes quant à l’utilisation finale qui a été faite de cet argent.

Des craintes qui se nourrissent de nombreuses rumeurs qui ont entouré le mutisme des membres du comité de gestion. Des rumeurs qui font état d’un fonds amputé de 800 millions par les autorités.

La tutelle indexe les sociétés de production
Toutes ces spéculations et interrogations sont balayées d’un revers de la main par le Directeur de la cinématographie. Joint par téléphone, Hugues Diaz précise que le retard observé dans l’attribution des subventions du Fopica n’est pas imputable au comité de gestion mais bien aux sociétés de production. «On a rencontré des problèmes dans la constitution des données de projet.

Sur 90 dossiers reçus, seuls 5 avaient réunis tous les critères. Aussi, pour ne pas pénaliser certains, nous leur avons donné une deuxième chance», explique le Directeur de la cinématographie. Auparavant, explique-t-il, il a fallu mettre en place les textes concernant le fonctionnement des comités de gestion et de lecture. «Le Fopica est un long processus. Même si nous avons anticipé sur certaines étapes, cela a pris un certain temps pour tout mettre en place».

Aujourd’hui, explique-t-il, le blocage vient de la lenteur du comité de lecture. «Ce comité a commencé à travailler en octobre et il avait 45 jours pour livrer ses conclusions. Mais au moment où je vous parle, il reste encore 3 lecteurs qui n’ont pas déposé leurs conclusions» explique M. Diaz.

De plus, M. Diaz souligne que les règles en matière de fonds publics rajoutent à la lenteur du processus. «L’Etat n’alloue pas globalement. Mais les financements vont commencer en 2015 avec le milliard déjà prévu». Il révèle ainsi que les 200 millions inscrits dans le budget du ministère constituent des frais de fonctionnement du comité de gestion, mais une partie de cet argent ira aussi à des films en finition.

Evaluation préalable en 2015
Pour le deuxième appel à projets, le Directeur de la cinématographie indique la nécessité d’une évaluation préalable. «Nous allons évaluer l’appel à projets de 2014. Et on voudrait aussi investir dans la formation des sociétés de production. Parce que le Fopica a pour objectif de structurer les sociétés de production.

Et on a constaté que bon nombre d’entres elles n’étaient pas outillées pour répondre à des appels à projets comme cela se fait au niveau international», annonce M. Diaz, qui donne rendez-vous aux cinéastes sénégalais avant la fin du mois de janvier pour la tenue du comité de sélection.

Mame Woury THIOUBOU

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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