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Tchad : condamnation des sbires de Habré

Tchad : condamnation des sbires de Habré

habréCe procès est une première victoire pour les victimes de la police politique de l’ex-président.

C’est dans l’ancien Parlement, qui accueillait la session criminelle spéciale, que le droit a été dit, mercredi. Du haut de l’hémicycle, c’est une vue plongeante sur l’inhumanité de ces hommes âgés, dont un aveugle, qui ont été condamnés à des peines plus lourdes que celles requises par le ministère public, pour des crimes et campagnes d’assassinats sous la présidence de Hissène Habré (1982-1990), avant qu’il ne soit renversé par un coup d’Etat, mené par le président actuel, Idriss Déby.

Cinq à vingt ans de travaux forcés ont été prononcés contre 20 «agents de la répression», faisant dire à l’une des 7 000 victimes parties civiles que «l’ombre est courte et légère». Quatre hommes ont été acquittés, «faute de preuves suffisantes».

«Cauchemar». Habré, 73 ans aujourd’hui, a trouvé refuge au Sénégal en 1990. Après quatorze ans de bataille judiciaire, il devrait être jugé en juin pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture par un tribunal spécial mis en place à Dakar. A l’énoncé du verdict, les accusés s’en sont retournés, sans émotion apparente, vers leur fauteuil recouvert de velours vert : «C’est le visage de l’orgueil et du mépris.

C’est contre ce visage-là que nous avons bataillé quatorze ans avec témérité, contre un appareil d’Etat qui apratiqué l’offense», a déclaré maître Jacqueline Moudeïna, l’un des avocats, et présidente de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’homme. Pour Me Moudeïna, il s’agit «de la fin d’un cauchemar, mais il nous reste à affronter le cauchemar numéro 2 : le procès Habré à Dakar, dans trois mois».

Pour elle, ce procès restera celui de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) – l’appareil chargé de réprimer dans le sang toute opposition – et du système sécuritaire de l’époque, dont «les vestiges n’ont pas été encore purgés». Pour une autre avocate, ce procès «est un test réussi pour le Tchad, car la justice a tenu bon».

Sous couvert d’anonymat, un avocat confie qu’il y «a eu des dérives dans le jugement». Le cas du général Béchir Ali Haggar entache, en effet, ce jugement. Ce dernier a écopé de 15 ans de travaux forcés, peine commuée en prison ferme, alors que son «son cas a été joint au dernier moment au dossier». Et en l’absence «du moindre témoignage à charge», l’officier supérieur a été condamné comme les bourreaux : «C’est clairement un règlement de compte politique au sommet de l’Etat», poursuit l’avocat.

Bourreaux. Un musée dédié aux 40 000 victimes de la répression Habré devrait être inauguré l’an prochain. Par ailleurs, le Tchad a été condamné civilement, et conjointement avec les 20 bourreaux, à verser la somme de 7 milliards de francs CFA (110 millions d’euros) au titre de préjudice aux 7 000 victimes et de leurs familles. «Certains des accusés ont dû déjà organiser leur insolvabilité.

Ces gens étaient encore jusqu’à peu des patrons du renseignement, de la police, ou tenaient certains commissariats. Puis il y aura des grâces, des réductions de peines. Vous verrez que certains ne purgeront pas leur peine…», lâchait, amère, une des victimes. Jackson Aleina N’Goussi était jeune homme en 1982. Il a aujourd’hui 58 ans et vit de petits boulots. Il se souvient : «Je devais partir étudier la médecine à Berlin-Est.

A la place, j’ai fait quatre ans de prison, dénoncé comme mercenaire par un camarade du lycée Félix-Eboué qui m’a ensuite tourmenté. Il faisait partie des prévenus, mais il est mort il y a peu, et je n’ai pas pu témoigner. Je suis là pour tous les autres qui ont assisté à l’extinction de la justice parce que leur bourreau est mort.»

Jean-Louis Le Touzet

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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