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Spécialiste de l’attaque, Vincent Bolloré désormais sur la défensive après sa mise en examen pour corruption

Spécialiste de l’attaque, Vincent Bolloré désormais sur la défensive après sa mise en examen pour corruption

Connu pour ses coups de force, Vincent Bolloré se retrouve désormais en position défensive: une semaine après sa mise en examen pour « corruption » en Afrique, il a subi vendredi un nouveau revers avec la perte de contrôle de Telecom Italia.

Le milliardaire breton de 66 ans a redressé au début des années 1980 le groupe familial, fondé en 1822 et spécialisé dans le papier bible et le papier à rouler OCB.

En le réorientant vers le film plastique pour en faire Bolloré Technologies, il y a ajouté les transports et la logistique pétrolière et portuaire, principalement en Afrique, avant de prendre d’assaut Havas (publicité-communication) en 2005, puis Vivendi (médias) en 2014.

Mais cette stratégie de conquête connaît des ratés. C’est d’Italie qu’est venu le dernier camouflet, avec la mise en minorité vendredi de Vivendi au conseil d’administration de Telecom Italia (Tim), au profit du fonds activiste américain Elliott.

Vivendi a aussi dû renoncer récemment à mettre la main sur l’éditeur de jeux vidéo Ubisoft en revendant sa participation, après deux ans de bataille avec la famille des fondateurs, les Guillemot.

Une défaite pour Vincent Bolloré qui, après avoir pris le contrôle de l’autre éditeur des Guillemot, Gameloft, espérait un nouveau succès.

A chaque fois, la « méthode Bolloré » était la même: entrée discrète au capital du groupe visé avant d’en devenir peu à peu le premier actionnaire, puis d’en prendre le contrôle en réclamant des sièges au conseil d’administration, et prise en main via l’installation aux commandes de personnes de confiance.

Plainte contre des médias

Yeux acier, cheveux blancs encadrant un visage buriné, ce père de quatre enfants a la réputation d’être aussi charismatique avec ses interlocuteurs qu’inflexible en affaires.

Mais il a subi un coup dur fin avril avec une mise en examen pour « corruption » dans une enquête sur l’attribution de concessions portuaires en Guinée et au Togo. Une affaire dans laquelle il a clamé son innocence, mais qui de son propre aveu pourrait « peser longuement » sur un groupe qui a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 18,3 milliards d’euros.

Aux côtés de ses affaires, Vincent Bolloré, passé dans sa jeunesse par le secteur bancaire, a toujours su cultiver ses connexions avec les décideurs politiques français, de gauche comme de droite, mises en lumière par le prêt de son yacht à un Nicolas Sarkozy nouvellement élu président de la République, en 2007.

En 2015, il s’était dit « à la disposition de son amie Anne » Hidalgo, la maire socialiste de Paris, ville qui sert de vitrine à ses véhicules électriques BlueCar via le système Autolib, pour soutenir la candidature de la capitale à l’organisation des Jeux olympiques de 2024.

Cette proximité avec le pouvoir politique vaut aussi pour un certain nombre de chefs d’Etat africains, le président de Guinée Alpha Condé n’hésitant pas à présenter M. Bolloré comme « un ami ».

L’affaire pour laquelle Vincent Bolloré a été mis en examen s’ajoute à celle qu’il a lui-même lancé contre France Télévision à la suite d’un reportage diffusé en 2016 dans l’émission « Complément d’enquête », qui évoquait notamment les activités de la Socapalm, société spécialisée dans l’huile de palme au Cameroun.

Le groupe Bolloré, indirectement principal actionnaire, avait porté plainte, estimant que le reportage portait atteinte à son image et réclamant à France Télévision 50 millions d’euros. La décision est attendue début juin.

Fin 2017, les activités de transports sur le continent se retrouvaient à leur tour dans l’actualité, avec le procès à Eseka (centre du Cameroun), qui reprendra ce mois-ci, des responsables présumés de la catastrophe ferroviaire dans la même ville, en octobre 2016, qui avait fait 79 morts et 600 blessés. La compagnie ferroviaire Camrail a pour actionnaire majoritaire le groupe Bolloré.

Autant de difficultés auxquelles devra faire face le fils de Vincent, Yannick, qui a pris la présidence du conseil de surveillance de Vivendi à l’issue de la dernière assemblée générale du groupe, le 19 avril.

Un début de passage de témoin pour Vincent Bolloré, qui a énoncé 2022 comme échéance de son départ à la retraite, année marquant à la fois ses 70 printemps et les 200 ans de son groupe.

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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