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Souleymane Teliko: On responsabilise des magistrats qui n’ont pas le niveau au détriment de certains qui sont meilleurs

Souleymane Teliko: On responsabilise des magistrats qui n’ont pas le niveau au détriment de certains qui sont meilleurs

Hier, lors de l’atelier de partage sur les propositions de réformes des acteurs de la justice, l’Union des magistrats du Sénégal (Ums) s’est penchée sur l’indépendance de la magistrature entachée par le favoritisme dont bénéficient certains magistrats au détriment d’autres collègues souvent meilleurs qu’eux ainsi que par la mainmise de l’exécutif sur leur carrière.

Les propos du président de l’Union des magistrats du Sénégal, Souleymane Teliko, pourraient donner du grain à moudre aux détracteurs de la Justice.

En effet, le magistrat a révélé hier lors de l’atelier de partage sur les propositions de réformes des acteurs de la justice qu’il y a du favoritisme au sein de la magistrature tout en fustigeant le fonctionnement tant décrié de la Justice par les Sénégalais et même certains magistrats.

« Nous voulons dans le fonctionnement de la justice, dans les stratégies de nomination, qu’il n’y ait pas de place au subjectivisme, de considérations politiques, de considérations d’appartenance religieuse », a déclaré le président de l’Union des magistrats du Sénégal. Il veut une magistrature indépendante qui n’est pas à la solde de l’exécutif. « Nous voulons que chaque magistrat sache qu’il doit sa nomination non pas à son appartenance à telle ou telle confrérie, non pas à sa proximité avec telle ou telle autorité politique, mais à son travail et à son intégrité.

C’est ça qui nous fera avancer. Et ça aussi, cela a un lien avec la performance. La réforme vise trois objectifs : renforcer l’indépendance, préserver l’image de la justice et garantir la performance des juridictions. Parce que c’est en favorisant le culte du mérite et de l’excellence qu’on va aboutir à la performance des juridictions », a-t-il soutenu.

A cet effet, Souleymane Teliko s’est désolé du favoritisme dont bénéficient certains de ses collègues. « Quand les magistrats sont désignés sur la base de leur mérite, forcément ça aura un impact sur leur rendement et celui de la juridiction. Mais quand des magistrats peuvent être responsabilisés sur la base non pas de leur mérite, mais de leur appartenance à telle ou telle
autorité, la conséquence est que certains ne seront même pas incités à travailler.

On voit des gens qui travaillent dur comme fer mais qui ne sont jamais responsabilisés et qui, finalement, cèdent pendant que d’autres sont là, qui n’ont pas le plus grand mérite et sont pourtant responsabilisés. Ça aussi, ce n’est pas bon pour le système judiciaire », regrette-t-il.

« Quand l’Exécutif contrôle la gestion de la carrière des magistrats, c’est que, indirectement, il a un moyen de pression sur les autres »

D’après Souleymane Teliko, l’atelier ou- vert hier entre dans le cadre de la sensibilisation sur les propositions de réformes que l’UMS a eu à formuler lors du colloque qu’il avait tenu au King Fahd sur l’indépendance de la magistrature.

A l’en croire, ces propositions de réformes ne sont pas des propositions du bureau de l’UMS encore moins de son président. Ce sont des propositions issues de larges concertations entre tous les magistrats et les acteurs de la justice puisqu’il y avait à ces assises des avocats, des universitaires, des membres de la société civile.

C’était une démarche inclusive qui a été utilisée pour procéder et aboutir à ce séminaire, fait-il savoir. « Donc, aujourd’hui, cet atelier est destiné à faire des échanges avec les membres de la société civile pour qu’on s’entende sur le concept de l’indépendance de la magistrature et aussi lever certaines équivoques par rapport à la question de cette indépendance. Quand je dis équivoques, je pense en particulier à la question de la gestion de la carrière.

Souvent, quand les gens parlent de gestion de carrière, on est tenté de penser qu’on est dans une posture corporatiste », dit-il. Il ne s’agit pas de cela puisque, selon Teliko, dans tous les Etats de Droit, quand l’Exécutif contrôle la gestion de la carrière des magistrats, c’est que, indirectement, il a un moyen de pression sur les autres.

« Vous ne verrez pas ni en France ni dans un autre grand pays, l’exécutif contrôler à ce point la gestion de la carrière des magistrats. Ça, c’est révolu. Au Sénégal, nous voulons que cette gestion sorte des mains de l’Exécutif pour être gérée par une entité indépendante. Et cela c’est extrêmement important », veut convaincre Souleymane Teliko.

Pour répondre aux propos du ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Pr Ismaïla Madior Fall, qui a présidé la cérémonie, le président de l’UMS indique que les magistrats ne sont pas seulement préoccupés par l’indépendance de la justice mais aussi par leurs conditions sociales. « C’est le ministre qui doit gérer certaines questions comme le recrutement, les véhicules. On s’occupe de toutes les questions concernant les magistrats, la vie, les conditions matérielles et de travail. Mais, aujourd’hui, on a fait un focus sur une problématique essentielle et fondamentale. Si la justice est bien organisée, si les réformes que nous appelons sont mises en œuvre, on aura un bon fonctionnement de cette justice », estime-t-il.

Ismaila Madior Fall : « Le citoyen n’a pas de problème de confiance en la justice sénégalaise »
Présidant l’atelier, le ministre de la Justice a appelé les magistrats à s’intéresser aussi à leurs conditions de vie. « Aujourd’hui, c’est bien de poser l’indépendance de la Justice de façon institutionnelle. Mais à mon avis aussi, c’est très intéressant de s’intéresser à l’élément humain des magistrats. J’étais à Saraya lors de l’installation d’un magistrat, je n’avais pas envie de l’abandonner là- bas.

Parce que quand j’ai vu l’environnement dans lequel il va vivre, j’ai trouvé que c’était difficile. J’ai vu aussi qu’à Salémata, le magistrat qui y est affecté est seul. Je me suis dit qu’au-delà des colloques et autres, on doit penser aux vrais problèmes qui interpellent aujourd’hui la justice.

C’est bien de continuer à tenir des colloques sur le conseil supérieur de la magistrature et autres, mais il est important de penser sur les problèmes très importants qui intéressent la vie des magistrats et sur les questions aussi qui intéressent les citoyens dans leur rapport avec la justice », préconise Pr Ismaïla Madior Fall. Selon lui, les citoyens n’ont aucun problème avec le fonctionnement qu’on dit décrié de la justice. « Aujourd’hui, le citoyen n’a pas de problème de confiance avec la justice.

Le citoyen est préoccupé d’avoir une justice de qualité. Le citoyen veut que le service de la justice soit disponible, qu’il soit rendu. Ce n’est pas une question de crise de confiance. C’est une question d’avoir une justice qui soit disponible », conclut-il.

Samba DIAMANKA

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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