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Soixante-deux ans après l’indépendance, la Côte d’Ivoire forge son unité nationale

Soixante-deux ans après l’indépendance, la Côte d’Ivoire forge son unité nationale

– Si beaucoup reste à faire, après plusieurs crises sociopolitiques depuis le décès du père fondateur Félix Houphouët Boigny en 1993, l’unité nationale évolue positivement, estiment les experts.

07 août 1960- 07 août 2022, la Côte d’Ivoire célèbre ce dimanche le 62e anniversaire de son indépendance. Si beaucoup reste à faire, après plusieurs crises sociopolitiques depuis le décès du père fondateur Félix Houphouët Boigny en 1993, l’unité nationale évolue positivement, estiment les experts.

La libération de prisonniers politiques, le retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, la remise du passeport à Charles Blé Goudé, ainsi que la rencontre entre le chef de l’Etat Alassane Ouattara et ses deux prédécesseurs Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié ces derniers mois, témoignent dans ce sens.

Pour le ministre de la Réconciliation et la Cohésion sociale, qui s’exprimait à une tribune le 1er août courant à Abidjan, « les choses évoluent dans le bon sens ».

« Ça va seulement demander un peu de temps et de sacrifice, de chacun d’entre nous. Ça ne tombera pas du ciel, nous devons tous travailler à reconstituer le tissu social », a-t-il déclaré, interrogé par l’Agence Anadolu.

Pour Boga Sakho, président de la FIDHOP (Fondation ivoirienne pour l’observation et la surveillance des droits de l’homme et de la vie politique), les difficultés traversées par le pays l’ont renforcé dans ce sens.

« 62 ans d’indépendance, on dit bravo. En même temps, les Ivoiriens ont gagné en maturité. Si on demande à un Ivoirien de redescendre dans la rue avec une machette, pour découper son prochain, il va réfléchir par deux fois ; en même temps il faut qu’on rattrape les années perdues, ces 20 dernières années », a-t-il noté.

« L’unité nationale est une quête permanente ; chacun de nous doit faire des efforts pour qu’on aille de l’avant. C’est au regard des difficultés traversée qu’on fait attention demain. Je pense qu’on est train de forger une nation et surtout notre génération s’est beaucoup inspirée des erreurs de nos aînés », a-t-il encore indiqué.

La fracture politique et sociale en Côte d’Ivoire est partie des élections de 1995 avec le boycott actif. Il y eu ensuite, un remake avec la crise électorale de 2000 et en 2010. Puis une certaine réplique en 2020, après une accalmie en 2015.

Pour le politologue ivoirien Geoffroy-Julien Kouao, le véritable problème que rencontre la Côte d’Ivoire, c’est l’élection du président de la république qui est la cause principale de la fracture politique et sociale. « La question inaugurale aujourd’hui, c’est comment faire pour organiser des élections apaisées, crédibles et démocratiques en 2025. Ces rencontres entre les grands leaders aujourd’hui sont à saluer mais ce n’est pas suffisant. N’oubliez pas qu’à quelques mois de l’élection de 2010, il y a eu déjà une rencontre entre monsieur Ouattara, Gbagbo, Bédié.

Mais on a eu après 3000 morts ; et donc aujourd’hui, la préoccupation première fondamentale, c’est comment organiser des élections présidentielles paisibles en 2025 et c’est ce à quoi, les acteurs politiques devraient travailler », a-t-il confié dans un entretien.

Problèmes à traiter
En dehors de la question électorale, Geoffroy-Julien Kouao estime que la question du foncier rural demeure le deuxième problème de la Côte d’Ivoire à laquelle il faut remédier.

« Nonobstant l’arsenal juridique existant, nous n’avons pas aujourd’hui réglé cette problématique du rapport entre l’homme et son milieu. Nous voyons qu’aujourd’hui avec le dérèglement, les populations du centre, du sud et autres vont vers l’ouest. Ce qui crée une surpopulation et un problème de la cohabitation (…) il faut donc commencer aujourd’hui par la mise en place d’une politique nationale pour régler cette question du foncier rural », a-t-il noté.

Pour Eugène Djué, président de la plateforme « Aimons-nous vivants », conseiller technique du ministre de la Réconciliation et de la Cohésion sociale, outre les points soulevés par Geoffroy-Julien Kouao, il faut régler la question des victimes des crises et la question des difficultés sociales que les différentes crises ont engendrées.

« Aujourd’hui la situation s’est compliquée pour plusieurs personnes (…) Et donc, une réconciliation ne peut pas négliger ces aspects. Les questions, politiques, électorales et sociales doivent être prises en compte. Puis, les problèmes des victimes. Les crises ont créé une autre catégorie de personne, qui si elle n’est pas prise en compte dans la réconciliation, va toujours rester sur sa faim. Il faut régler la question par la réparation ; il faut régler l’autre problème de la réinsertion sociale des exilés qui reviennent dix ans après », recommande-t-il.

Au niveau politique, il suggère que le problème d’impartialité de la Commission électorale indépendante soit aussi réglé.

« La commission électorale des partis politique a échoué ; il faut réinventer cette commission. Une commission qui peut faire office de neutralité. Mais aussi, qui peut rencontrer l’adhésion, la confiance », a-t-il conclu.

Fulbert Yao

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