Dakar-Echo

Serge Simon stupéfait par le tabou des conditions des tirailleurs sénégalais à la Teste de Buch

SERGE SIMONSerge Simon, l’ancien rugbyman international, sera ce soir aux Montreurs d’Image pour la projection de son documentaire «Une pensée du Courneau», qui raconte les conditions de vie des tirailleurs sénégalais au camp de La Teste de Buch, pendant la Grande Guerre.

Comment est née l’idée de ce documentaire ?

Serge Simon : C’est une longue histoire, mais on va la faire courte ! (rires) En 2008, je suis allé au Sénégal avec un très bon ami Dakarois. Et ça a été un vrai choc. J’ai senti le poids de l’histoire coloniale et de toutes ses conséquences. C’est la première fois que je ressentais la sensation d’avoir une couleur de peau. On s’aperçoit qu’on est blanc. Qu’on est «le» blanc, même. C’est une partie de l’histoire que l’on connaît peu, voire pas. Et j’ai voulu l’apprendre, apprendre comment cela nourrissait tous les rapports même actuels.

Comment en êtes-vous arrivé au Camp du Courneau situé en Gironde et la mort de ces tirailleurs sénégalais pendant leur «hivernage» ?

Je me suis plongé dans l’histoire coloniale de mon pays avec, notamment, toute l’ambivalence envers les tirailleurs sénégalais. Et je suis tombé sur ce phénomène inédit de ce camp de Gironde, donc proche de chez moi. Jusqu’à aujourd’hui, il y avait une méconnaissance totale du Camp du Courneau. En un an et demi, 1 200 soldats en pleine santé sont morts. Soit 2 ou 3 par jour. On l’appelait d’ailleurs «le camp de la misère» car il était touché par une effroyable mortalité.

À titre personnel, comment avez-vous vécu la découverte de cette histoire ?

Cela a suscité une émotion forte. J’ai également eu l’impression que l’on m’avait caché une partie de l’histoire de mon pays. Comme si cette histoire était taboue, qu’il y avait un trou. Voilà, j’ai été stupéfait par ce tabou de l’histoire.

Et ce devoir de mémoire vous tenait à cœur ?

Je pense que dans notre passé, il y a des clefs qui nous permettent de comprendre notre présent, notre métissage. Beaucoup de choses peuvent s’expliquer de part notre histoire commune, comme les problèmes que nous traversons et qu’on ne pourra pas comprendre tant que nous n’aurons pas toutes les clefs.

Pour évoquer un autre sujet, vous allez découvrir le Studio Ferry mais vous avez déjà foulé la pelouse d’Armandie, notamment pendant les grandes heures de Bègles.

Avant, je venais pour d’autres raisons. Mais oui, Agen, je connais bien. Et c’est toujours un plaisir de revenir.

Vous suivez un peu les résultats du SUA ?

Le club tourne bien après des débuts difficiles. Je trouve que Mathieu Blin fait du boulot. Je le connais, il m’a succédé en tant que président de Provale (le syndicat national des joueurs de rugby, Ndlr) et c’est un ami. Agen, c’est un environnement complexe et le niveau de la Pro D2 est élevé. Je pense qu’il est même plus élevé que le championnat de France que l’on a remporté avec Bègles en 1991. Des grands noms du rugby comme Agen, Biarritz, Perpignan ont périclité.

Quelles conclusions doit-on tirer ?

Il y a une tendance sportive singulière qui fait que le rugby professionnel va se tourner de plus en plus vers un rugby d’agglomération, tourné sur de grands bassins économiques. On le voit avec Lyon qui se développe. À ce niveau, Agen résiste très bien. Mais la concurrence de grandes agglomérations, pour un club plus rural, c’est fatal.

La légende raconte que pour vous, Agen, c’est aussi un souvenir douloureux au niveau dentaire…

(rires) Absolument… Ce n’était pas à Armandie, par contre. C’était à Bègles, contre Agen. Et j’ai semé quelques ratiches sur la pelouse. C’était un vendredi soir. Je m’en souviendrai toujours parce que, le lendemain, je partais à Nice pour le mariage de mon frère et il me manquait toute la devanture ! Sur le coup, c’est pas terrible mais avec les années, on en rigole.

Rappelons que le 23 août est la journée du tirailleur sénégalais. À La Teste, ce jour est devenu le rendez-vous incontournable à la nécropole du Natus, qui perpétue la mémoire des soldats africains morts pour la France.

Sur la nécropole nationale reposent 940 soldats, tirailleurs sénégalais de la Première Guerre mondiale. « En 1914, l’appel en renfort aux soldats français des troupes coloniales s’est fait tout naturellement et c’est ainsi que 200 000 hommes ont quitté leur terre, leur famille pour un pays que certains ne connaissaient même pas.

Ils ont démontré avec panache, bravoure et loyauté combien ils étaient des combattants respectables et respectés. Certains régiments figurent parmi les plus décorés, comme le 23e bataillon des tirailleurs sénégalais, cité plusieurs fois à l’ordre de l’armée, dont une pour la prise du fort de Douaumont.

Signalons que c’est le président du Sénégal Abdoulaye Wade qui a décrété que le 23 août serait la journée nationale du tirailleur sénégalais.

Pourquoi cette date ? Comme l’a indiqué Joël Lecointre, le 23 août 1944, le 6e régiment de tirailleurs sénégalais (ou 6e RTS) libérait Toulon, après une lutte acharnée face aux troupes d’occupation nazies.

Les pertes ont été lourdes pour le régiment – plus de 100 tués et 500 blessés.

Propos recueillis par Kevin Pinto

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

Articles similaires

Laisser un commentaire