Dakar-Echo

Sénégal: Humilié, frappé, menotté, blessé et privé de ses avocats, Karim Wade entame une grève de la faim

karim_pensifKarim Wade, ancien ministre et fils de l’ex-président sénégalais Abdoulaye Wade, en procès pour enrichissement illicite présumé, est en grève de la faim pour le respect de ses droits après avoir été « frappé et blessé » au tribunal, ont affirmé jeudi ses conseils et partisans.

« Il a commencé la grève de la faim hier (mercredi), a déclaré à l’AFP Me Mohamed Seydou Diagne, un des avocats de Karim Wade, précisant que son client poursuivrait son action « jusqu’à ce que ses droits soient respectés et qu’il y ait un procès équitable dans lequel (ceux) de la défense seront garantis »

« On l’a physiquement agressé » mercredi, a ajouté Me Diagne.
Selon ses avocats et ses partisans, Karim Wade refuse de comparaître depuis mercredi en l’absence de ses conseils après que l’un d’eux a été « expulsé de l’audience » le même jour par le président de la Cour, Henri Grégoire Diop, provoquant un boycott de ses autres confrères de la défense.

Après son refus de comparaître, M. Wade a été, mercredi, « de force présenté à l’audience, menotté, gravement frappé, traîné par terre et blessé », selon un communiqué du Parti démocratique sénégalais (PDS) dirigé par son père Abdoulaye Wade, qui a présidé le Sénégal de 2000 à 2012.

Karim Wade, en détention préventive depuis avril 2013, est jugé depuis le 31 juillet 2014 pour enrichissement illicite présumé par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), une juridiction spéciale.

Ses avocats ne se sont pas présentés à l’audience jeudi.
« On (participera) aux audiences quand l’exercice de la défense sera garanti. Sinon, on risque de cautionner des juridictions indignes d’une démocratie », a dit Me Diagne selon qui « la profession d’avocat ne peut pas s’exercer devant la CREI ». « Tout le monde a droit la parole, sauf la défense » dans ce procès, a déclaré à la presse jeudi Me Ciré Clédor Ly, un autre avocat de M. Wade.

Mais selon Me Yérim Thiam, un avocat de la partie civile, l’avocat expulsé de l’audience mercredi l’a été « parce qu’il bloquait » les travaux.

Karim Wade est accusé d’avoir illégalement acquis 178 millions d’euros par le biais de montages financiers complexes du temps où il était conseiller, puis ministre de son père.

D’après la défense, son patrimoine est d’environ deux millions d’euros, gagnés pour l’essentiel quand il était trader en Europe avant de travailler auprès de son père.

Le jour où le procès de Karim Wade a dérapé
Du palais de justice de Dakar à la permanence du Parti démocratique sénégalais (PDS), une succession d’incidents violents ont opposé, mercredi, les partisans de Karim Wade aux magistrats et aux forces de l’ordre.

La journée de mercredi 14 janvier s’est déroulée sous haute tension, à Dakar, entre les sympathisants de Karim Wade et les représentants de l’État sénégalais. En fin de matinée, au cours de l’audience devant la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), une passe d’armes entre le président Henri Grégoire Diop et l’avocat El Hadj Amadou Sall, ancien ministre de la Justice et défenseur du prévenu, va provoquer une réaction en chaîne.

Tandis que Me Sall interroge l’ancien directeur général de la Sénélec, Seydina Kane, le président de la Cour montre des signes d’impatience. À ses yeux, l’interrogatoire du témoin s’écarte du cœur du dossier.

« Laissez-moi faire mon travail », s’agace l’avocat, qui s’attire cette répartie du magistrat : « Dans tous les cas, on connaît les bons avocats et les mauvais. » La surenchère se poursuit avec cette réplique d’Amadou Sall : « Et nous, on reconnaît un bon juge d’un mauvais. »

Le président Diop prend la mouche. Plutôt que de priver l’avocat de parole ou d’interdire au témoin de répondre, il opte pour la manière forte et ordonne l’expulsion manu militari de Me Sall. Tandis que le public gronde, l’ensemble des avocats de Karim Wade, en signe de solidarité, décide de quitter la salle.

À la reprise de l’audience, à 15 heures, le fils de l’ancien chef de l’État se retrouve donc sans défenseur.

Entorse au genou droit
Depuis la cave du tribunal, où il passe les interruptions d’audience, celui-ci décide alors de boycotter le procès tant qu’il n’aura pas d’avocat.

Mais les éléments pénitentiaires d’intervention (EPI) ont manifestement reçu la consigne de le faire comparaître coûte que coûte. Karim Wade est donc menotté et amené de force jusque dans le box des prévenus.

D’après plusieurs témoins présents, et selon les déclarations que Karim Wade fera à la barre par la suite, les pandores seraient allés jusqu’à le plaquer au sol après avoir provoqué sa chute. « Je me suis fait tabasser. On m’a fait tomber par terre en me tapant dans le genou. » Selon l’un de ses avocats, Me Seydou Diagne, il a été conduit le soir même à l’hôpital principal de Dakar pour effectuer une radio. Une entorse du genou droit a été diagnostiquée.

Je me suis fait tabasser. On m’a fait tomber par terre en me tapant dans le genou, assure Karim Wade.

Un peu plus tard dans l’après-midi, tandis que les avocats de Karim Wade prenaient leur plume pour saisir le bâtonnier de leur ordre de l’incident du matin, un troisième dérapage allait survenir à la permanence nationale du Parti démocratique sénégalais (PDS), où un comité directeur avait été convoqué pour 18 heures.

Aux alentours de 16 heures, quelques jeunes sympathisants de Karim Wade, qui venaient d’apprendre que ce dernier avait été malmené au tribunal, ont manifesté leur colère devant l’entrée du siège du parti, en bordure de la VDN, une voie rapide qui traverse la capitale.

Selon Mamadou Mbengue, permanent national adjoint en charge de la jeunesse du parti libéral, « ils ont mis le feu à des pneus et ont bloqué la circulation sur la VDN ».

Très vite, selon plusieurs témoins des faits, les forces de l’ordre arrivent sur les lieux et lancent des grenades lacrymogènes sur les quelques manifestants, afin de les disperser. « Plusieurs d’entre eux sont venus se réfugier dans l’enceinte de la permanence, précise Mamadou Mbengue. C’est à ce moment-là que les gendarmes nous ont pris pour cible. »

Tirs à balles réelles ?
Massées derrière les grilles qui donnent sur le parking du PDS, les forces d’intervention n’ont pas pénétré dans les lieux, selon les témoins. Mais elle auraient visé le bâtiment avec des fusils lance-grenades lacrymogènes.

Sur place, au lendemain de l’échauffourée, Jeune Afrique a pu constater plusieurs larges impacts dans des vitres du rez-de-chaussée et du premier étage. À lui seul, le bureau de Karamo Diamé, assistant administratif, a été touché à trois reprises. « La première grenade est passée à quelques centimètres de ma tête », témoigne l’intéressé.

Les références de nombreux fragments retrouvés sur place correspondent bien à celles de grenades lacrymogènes. Un constat d’huissier a été dressé aussitôt et le comité directeur du PDS, qui s’est réuni dans la foulée, a annoncé son intention de porter plainte « contre l’État et contre X pour destruction et saccage de biens appartenant à autrui et tentatives multiples d’assassinats », même si l’usage de « balles réelles », évoqué dans son communiqué, ne semble pas confirmé pour l’heure.

Le parti d’Abdoulaye Wade a par ailleurs annoncé son intention d’organiser des manifestations la semaine prochaine pour dénoncer les « graves dérives du régime ».

Jeudi matin, les audiences devant la CREI ont repris en l’absence de l’ensemble des avocats de la défense. En solidarité avec leur confrère Amadou Sall, les défenseurs de tous les autres prévenus ont en effet boycotté l’audience, que le président Diop n’a pas souhaité reporter pour autant.

« Expulser un avocat de l’audience est une mesure inacceptable », s’indigne ainsi l’un des avocats d’Ibrahim Aboukhalil (alias Bibo Bourgi), qui dénonce une grave entrave aux droits de la défense. Pour tenter de canaliser l’incendie, le bâtonnier de l’ordre des avocats devait s’entretenir avec le président de la CREI ce jeudi à 13 heures GMT.
Avec J.A

Communiqué du PDS

Notre camarade Karim WADE vient d’entamer une grève de la faim d’une durée illimitée pour faire cesser les violations répétées de ses droits et la fin de ce que tout le monde a considère comme une intolérable prise d’otage.

Voilà bientôt trois longues années qu’il fait l’objet d’une enquête harassante et humiliante, d’une instruction bâclée aux résultats particulièrement nuls, d’un emprisonnement injustifié et enfin d’un procès qui n’aura rien donné tant les accusations apparaissent farfelues et dénuées de tout fondement.

Ce que l’on a appelé le procès du siècle n’est qu’une mise en scène politicienne, une machination organisée soigneusement depuis le palais de la république par Macky SALL en personne, entouré de sbires de la trempe du juge Henri Grégoire DIOP qui assurément a déjà condamné notre frère Karim WADE à la peine donnant satisfaction à son commanditaire.

Ni l’absence de preuves, ni les injonctions de la cour de justice de la CEDEAO, ni même l’évidence de l’innocence de Karim WADE ne sont suffisantes aux yeux de Macky SALL et de magistrats aux ordres pour rendre justice à notre frère en respectant ses droits à un procès équitable et arrêter les poursuites sans fondement contre lui.

Le procureur spécial, un des bras armés du régime, l’a mis totalement en isolement ne lui autorisant plus aucune visite en dehors de celles de sa mère, dans le seul dessein d’obtenir par ce fait, mais vainement, ce qu’aucune enquête même lamentablement orientée n’a pu établir. Ses avocats ne sont plus à même d’organiser convenablement leur mission dans des conditions aptes à assurer un procès équitable, le juge Henri Grégoire DIOP ne pouvant s’empêcher de faire à tout moment des commentaires désobligeants, faisant apparaître la décision de condamnation arrêtée avec son commanditaire.

Le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) apporte son soutien total et se tient aux cotés du frère Karim WADE. Macky SALL sera tenu personnellement et directement responsable de tout ce qui pourrait arriver à notre frère. Il est le seul responsable de sa sécurité et de sa santé.

Le PDS en appelle à tous les défenseurs des droits de l’homme et des libertés ; il en appelle à tous les partis politiques, aux associations et aux intellectuels, il en appelle aussi à tous nos guides religieux de se mobiliser pour le respect de notre démocratie et plus particulièrement pour le droit de tout citoyen à un procès équitable respectant les droits de la défense qui sont les seuls droits sacrés et absolus à toutes les étapes de la procédure et les invite à venir nombreux participer à la marche des droits et libertés prévue le vendredi 23 janvier 2015 à Dakar.

Le Parti Démocratique Sénégalais demande à tous ses sympathisants, militants et responsables ainsi qu’aux sénégalais épris de justice et de liberté de rester mobilisés pour que notre pays reste ce qu’il n’aurait jamais cessé d’être : un pays de démocratie et de liberté où aucun citoyen ne devrait être l’otage d’une personne, de sa famille et de son clan.

 

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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