EuropeFaits divers

Saisies record de cocaïnes en Europe en 2017, dans un marché en voie d' »ubérisation »

La saisie record en 2017 de plus de 140 tonnes de cocaïne en Europe s’accompagne de l’arrivée sur ce marché de plus en plus « concurrentiel » de nouveaux acteurs, dont les méthodes innovantes témoignent d’un trafic en voie d' »ubérisation », selon un rapport dévoilé jeudi.

Le nombre de saisies – 104.000 – et leurs volumes – 140,4 tonnes – « ont atteint les niveaux les plus élevés jamais enregistrés » dans l’Union européenne, constate l’étude annuelle de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).

L’offre de cocaïne, premier stimulant illicite d’Europe avec 3,9 millions de consommateurs annuels, « n’a jamais été aussi importante », estime le rapport, dont les travaux sont fondés sur des données collectées en 2017, année la plus récente disponible.

Plus inquiétant, son degré de pureté, mesuré en 2016 comme le plus élevé depuis dix ans, se maintient au même niveau en 2017, avec un prix de vente au détail stable, compris entre 55 et 82 euros le gramme.

L’Afrique de l’Ouest zone de transit
Cette poudre blanche, produite à partir des feuilles de coca, principalement en Colombie, en Bolivie et au Pérou, voyage de plus en plus par la mer avec des escales régulières dans les Caraïbes, au Maghreb et en l’Afrique de l’ouest, « zones de transit importantes ».

« La croissance du trafic de gros volumes via les grands ports au moyen de conteneurs est frappante », selon l’OEDT.


C’est en Belgique – 45 tonnes – et en Espagne – 41 tonnes -, dont les ports constituent les points d’entrée maritime historiques de la cocaïne en Europe, que les saisies ont été les plus importantes en 2017, devant la France – 17,5 tonnes – et les Pays-Bas – 14,6 tonnes -.

Selon l’OEDT, ces chiffres s’inscrivent dans le contexte d' »un marché des drogues concurrentiel » en Europe, où quelque « 96 millions » de personnes âgées de 15 à 64 ans « ont déjà expérimenté une drogue illicite au cours de leur vie », en majorité du cannabis avec 24,7 millions de consommateurs au cours de l’année écoulée.

Promos sur Whatsapp

Une fois débarquée et avant d’atterrir chez le client final, la cocaïne suit une chaîne d’approvisionnement qui a vu apparaître de nouveaux acteurs « au niveau intermédiaire et dans la vente au détail », au sein de structures « fragmentées, plus souples et plus horizontales ».

Le trafic de rue est de plus en plus supplanté par les sites de vente du darknet – partie obscure du web non référencée par les moteurs de recherche -, où les transactions se font en cryptomonnaies, des monnaies virtuelles comme le bitcoin.

Des « centres d’appels spécialisés dans la cocaïne » emploient des coursiers qui livrent la marchandise au domicile des clients, contactés via des services de messagerie instantanée et cryptée, type Whatsapp, où les revendeurs rivalisent d’offres promotionnelles.

Cet « esprit d’entreprise » témoigne d’une « ubérisation potentielle du commerce de la cocaïne », s’inquiète l’OEDT.

« Les progrès technologiques, exploités par les vendeurs, rendent plus difficile la lutte contre la disponibilité de la cocaïne », a souligné Dimitris Avramopoulos, commissaire européen aux Affaires intérieures, lors d’une présentation du rapport devant la presse à Bruxelles.

L’usage des outils numériques, s’il n’est pas nouveau, « est plus systématique et plus organisé » que par le passé, a ajouté à son côté le directeur de l’OEDT, Alexis Goosdeel. « La valeur de ce marché, qui reste petite par rapport à l’ensemble du marché de la drogue, double chaque année », a-t-il ajouté.

S’agissant des autres produits illicites, le directeur de l’OEDT pointe également dans le rapport la « progression des substances de synthèse » en Europe, notamment des opioïdes très puissants comme le fentanyl et ses dérivés, à l’origine de nombreux décès par overdose aux Etats-Unis et au Canada.

« Onze nouveaux opioïdes de synthèse, généralement sous forme de poudres, de comprimés ou de liquides, ont été détectés en Europe en 2018 », indique l’étude.

Enfin, le Vieux Continent semble jouer désormais un « rôle croissant » dans la production de drogues de synthèse comme l’atteste le démantèlement de 21 laboratoires de MDMA (principe actif de l’ecstasy), tous aux Pays-Bas, contre 11 en 2016.

Quelque 6,6 millions d’ecstasy ont été saisis en 2017 dans l’UE, du jamais vu depuis 2007, tout comme leur teneur en MDMA, qui a atteint un « pic décennal ».

Dakarecho avec AFP

Jean Louis Verdier - Rédacteur en Chef Digital - Paris- Dubaï - Hong Kong dakarecho@gmail.com - Tél (+00) 33 6 17 86 36 34 + 852 6586 2047

Articles Similaires

1 sur 126

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *