Dakar-Echo

Questions sur le débarquement d’Alioune NDAO

Figure emblématique de la lutte contre l’enrichissement illicite, le procureur spécial a été remplacé au pied levé le 11 novembre. Sans explication.

Après le limogeage brutal, en plein procès Karim Wade, d’Alioune Ndao, le procureur spécial près la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), les spéculations allaient bon train à Dakar. Selon l’un de ses proches, Ndao n’a « pas été surpris » car, depuis plusieurs mois déjà, ses divergences avec Sidiki Kaba, le ministre de la Justice, n’avaient cessé de s’aggraver.

Avant sa nomination, en septembre 2013, ce dernier était l’un des avocats de Bibo Bourgi, soupçonné par la CREI d’être le principal homme de paille de Karim Wade. C’est d’ailleurs autour du « cas Bibo » qu’un premier bras de fer avait opposé les deux hommes.

En mai, le ministre avait fait savoir par écrit au Parquet spécial que la Chancellerie ne s’opposerait pas à l’évacuation sanitaire en France de l’homme d’affaires d’origine libanaise, dont l’état de santé se dégradait dangereusement. L’intransigeant procureur avait pourtant fait la sourde oreille, se déclarant opposé, dans ses réquisitions, à sa sortie du territoire.

Plus récemment, alors que les tensions entre le Parti démocratique sénégalais (PDS) et le régime s’avivaient, Ndao s’apprêtait à ouvrir des enquêtes préliminaires portant sur le patrimoine de trois barons du régime Wade : Pape Diop, l’ex-président du Sénat, et les anciens ministres Madické Niang et Abdoulaye Diop.

Une myriade de sociétés et de comptes bancaires
Son jusqu’au-boutisme a-t-il été jugé inopportun par un exécutif soucieux de ne pas laisser la « traque aux biens mal acquis » déraper de manière incontrôlable à la veille du sommet de l’Organisation internationale de la francophonie ?

Une source proche de la présidence accrédite cette thèse, tout comme l’entourage de Ndao, selon qui ce dernier entendait « poursuivre toutes les enquêtes en cours face à une hiérarchie qui protège certaines personnalités ».

Le procès ayant été suspendu jusqu’au 1er décembre, son successeur, Cheikh Tidiane Mara, dispose d’une quinzaine de jours pour se familiariser avec un dossier de 47 000 pages portant sur une myriade de sociétés et de comptes bancaires.

Après dix-sept années passées au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et trente-sept dans la magistrature, cet ancien avocat général doit déjà méditer le vieil adage des parquetiers : si à l’audience leur « parole est libre », en procédure leur « plume est serve ».

Avec J.A.

Articles similaires

Laisser un commentaire