Dakar-Echo

Qu’attend le Sénégal pour réagir ?

Militiaman from the Ansar Dine Islamic group, who said they had come from Niger and Mauritania, ride on a vehicle at Kidal in northeastern MaliAu moment où s’achève une concertation de trois jours au siège du Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme, CAERT, situé à Alger et créé il y a dix ans par l’UA pour appréhender le phénomène à travers des analyses correspondant à l’expertise de chercheurs africains, il nous semble pertinent de nous interroger sur l’inégal engagement des pays menacés par le crime international à l’échelle continentale.

Il en va ainsi du Sénégal, territoire que les services de renseignements de nombreux pays savent investi depuis de longs mois par des contingents de la subversion transnationale, mais qui n’est toujours pas associé activement à la lutte contre les différents groupes criminels de la nébuleuse AQMI et ses nouvelles succursales telles DAECH…

Déni de réalité
Faudra-t-il qu’un attentat spectaculaire secoue le paisible pays de Léopold Sédar Senghor pour que les décideurs qui coordonnent la lutte anti-terroriste à l’échelle planétaire songent à inclure Dakar dans leur stratégie de prévention du terrorisme ? Dieu nous en préserve, serions-nous tentés de répondre pour nous excuser de poser pareille hypothèse, un si mauvais présage.

Pourtant, les signes annonciateurs d’une possible contamination terroriste du Sénégal sont irréfutables. La propagande islamiste radicale opère depuis des années dans les contrées les plus reculées et dans les grandes agglomérations où la pratique séculaire de l’islam de tolérance et de discernement souffre chaque jour des prêches de nouveaux imams formés au wahhabisme et financés par des hommes d’affaires effectuant des voyages réguliers vers plusieurs destinations du Moyen-Orient.

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Des brochures et tracts comportant des messages extrémistes contre « la dépravation véhiculée par les touristes occidentaux et autres impies » circulent sous les boubous.

La police et d’autres services de sécurité sénégalais en ont pris connaissance sans que ni les politiques ni les dignitaires religieux ne s’en chargent. Au Sénégal aujourd’hui, comme au Mali hier, on se croit peut-être immunisés contre « l’interprétation radicale de l’islam propre aux Arabes ou aux Nord-Africains. »

Réseaux dormants
Erreur monumentale ! La Daâwa du radicalisme s’est implantée en Afrique noire et ils sont déjà nombreux les Sénégalais à avoir opté pour le discours politique haineux et violent. Souvent de très jeunes recrues qui composent les réseaux dormants d’une armée secrètement constituée dans différents pays de la CEDEAO.

Issues de différentes communautés ou ethnies, la plupart de ces cellules seraient dirigées par des « migrateurs », nom donné à des noirs africains qui passent l’hiver au pays et l’été à l’étranger, notamment dans les pays du nord de la Méditerranée. 
Il y a peu, un Malien et un Mauritanien ont été arrêtés par la gendarmerie de Vélingara, dans le sud-est du pays.

Les médias locaux rapportent des propos plutôt significatifs : « Ils sont en détention pour complot criminel en lien avec des organisations terroristes, dont le but est de nuire à la situation militaire du pays et à ses intérêts économiques », peut-on lire dans un journal en ligne qui reprend les déclarations d’un haut fonctionnaire de la Justice sénégalaise.

Inquiétudes officielles
Malheureusement, il est à craindre que l’actualité relative au fait terroriste s’emballe dans un pays où les difficultés économiques et la misère sociale s’aggravent chaque jour sur fond de scandales politico-financiers et de corruption.

Un climat somme toute favorable aux appels au jihad en cette terre d’Islam traditionnellement tolérant. Pas plus tolérant, toutefois, que ne l’étaient la pratique religieuse en Algérie avant les années 1990, ou celle des populations du nord du Mali avant l’hiver 2012.

Il n’existe point de société à l’abri des glissements collectifs vers le radicalisme, surtout quand des pans entiers de la population survivent dans des conditions sociales d’extrême pauvreté et une marginalisation politique évidente. Le Sénégal n’est donc pas une exception viable en matière d’immunité antiterroriste.

D’ailleurs, des voix s’élèvent contre son exclusion du groupe des pays mobilisés contre le terrorisme.
Ce fut le cas de Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires Etrangères Sénégalais et candidat à la dernière élection présidentielle, repris par l’actuel chef de l’Etat Macky Sall qui s’en serait plaint auprès du ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian, selon des sources sénégalaises.

Il faut rappeler que Paris entretient une coopération étroite avec Dakar dans le domaine sécuritaire et que Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur de la République française en visite au Sénégal en 2013, déclarait : « Nous voulons un attaché régional français de sécurité de l’intérieur qui renforcera les équipes déjà présentes à Dakar pour gagner en efficacité dans le domaine du renseignement ».

Une intention formulée dans le cadre d’un projet de « plan Sahel de lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue. » A se demander, un an plus tard, si ce n’est pas la coopération française qui retarde le sursaut sénégalais contre le monstre qui dort dans ses mosquées ou dans certaines chancelleries…

Nordine Mzalla avec jeune-independant.net

 

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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