Dakar-Echo

Promouvoir le concept des écovillages en Afrique – Stratégies et enjeux – Proposition d’une démarche holistique »

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L’origine des écovillages
Dans les pays du nord (en Europe, en Amérique du Nord, en Australie par exemple) les écovillages se sont développés la plupart du temps à l’initiative de groupes d’individus qui ont en perspective une certaine autosuffisance reposant sur un modèle économique alternatif où l’écologie a une place prépondérante et qui donne la priorité à l’homme et son environnement.

Les services disponibles hors de la communauté sont ceux accordés à tous les citoyens avec notamment la possibilité de se raccorder aux réseaux de distribution de l’énergie et de l’information, de disposer des moyens de transports de proximité, des services de santé et d’un système d’éducation souvent aux multiples facettes. Les habitants peuvent ainsi se concentrer sur leurs projets.

Ils assurent en général eux-mêmes leurs financements. Les écovillages, sont dans ce contexte, un choix du présent pour le futur, des laboratoires de la démocratie participative qui se déclinent sous diverses formes: des écovillages basés sur l’écologie et l’agriculture ou sur une philosophie spirituelle, des écovillages structurés pour redynamiser la sociabilité, l’intergénérationnel ou encore qui suivent des objectifs plus larges basés sur les notions de durabilité et d’équité.

Les habitants de ces écovillages se fédèrent donc autour d’une vision commune visant à créer une communauté, un village ou hameau durable, un modèle en liaison, en écho avec la vie sociale, écologique et économique de leurs pays respectifs. Il s’agit aussi de promouvoir la solidarité, l’éducation, les loisirs, la culture, la formation, le développement personnel, la lutte contre l’exclusion, l’échange de savoirs et de compétences, la valorisation du patrimoine historique et culturel local, la protection de l’environnement naturel, les énergies renouvelables et le tourisme vert.

Aujourd’hui certains préceptes écologiques sont repris dans des initiatives à plus grande échelle comme les Villages et Villes en transition, les écoquartiers et encore les villes vertes ou écologiques.

Qu’en est-il en Afrique ?
Sur ce continent, pour le moment au moins, seul un petit nombre de personnes – quelques visionnaires parmi les intellectuels, les chercheurs et les décideurs politiques, quelques pionniers sur le terrain – pensent qu’il pourrait être possible, sinon souhaitable, de calquer ou d’adapter le concept d’écovillage au monde rural des pays africains en vue de vitaliser les campagnes et les intégrer au processus de développement.

Un concept qui serait également applicable aux zones périurbaines. Le pari est que cette démarche, ce projet global, serait susceptible d’apporter à leurs habitants – notamment aux femmes avec leurs enfants et aux jeunes – de meilleures conditions de vie, ce qui devrait surtout contribuer à freiner l’exode rural et même à inciter des jeunes ainsi que les membres de la diaspora, à revenir « au pays », dans leurs villages.

Le public cible n’est pourtant, a priori, pas vraiment demandeur! La grande majorité des ruraux ne connait déjà seulement pas l’existence des écovillages et on peut imaginer que les villageois, comme un peu partout ailleurs, sont plutôt méfiants sinon réfractaires aux changements susceptibles de modifier leurs habitudes et les équilibres locaux, même si on peut dire aussi qu’une personne pauvre est a priori une personne très entreprenante et la seule chose qu’elle désire dans la vie c’est d’aller de l’avant.

Les ruraux constituent sûrement le plus grand réservoir de petits entrepreneurs de la terre. Si on propose à des villageois de les aider, avec à la clé de l’argent qui va arriver, ils vont applaudir des deux mains, mais ce ne sera pas forcément leur projet et le risque est grand que le projet capote dès que le robinet des subsides sera fermé.

Toutefois les villageois n’ont, en général, quasi aucun moyen financier, aucun savoir-faire, pour démarrer un écovillage. Les capacités des autorités locales ou nationales, en termes financiers et d’encadrement, sont dans la plupart des cas, plutôt limités. Les villes, les grands travaux, l’économie à grande échelle, concentrent la plus grande partie des investissements.

Les infrastructures (routes, télécommunications, santé, éducation) restent relativement peu développées sur le continent ou sont même inexistantes dans certaines zones rurales. Les modèles véhiculés, notamment par les médias, sont au diapason de ceux mis en avant par la mondialisation et alimentent le rêve d’une réussite sociale individuelle avec des gains rapides en ville sinon en fuyant vers le nord. Le modèle de l’écovillage est encore à promouvoir.

Se donner alors comme objectif de transformer, en quelques années, des milliers de villages en écovillages constitue un véritable challenge et particulièrement en termes de persuasion et de logistique.

Un écovillage ce n’est pas, en tout cas, que quelques panneaux solaires, un réservoir d’eau, une installation de biogaz, un poulailler et une installation de goutte à gouttes. Il y a d’abord des hommes et des femmes, des jeunes et des personnes âgées qu’il faut arriver à convaincre, à engager dans un processus, une démarche, qu’il se doivent de comprendre afin de les rendre acteurs du changement, condition sine qua non pour assurer la pérennité de ces écovillages et leur duplication à travers le continent.

Ou autrement dit, il faut, dans notre réflexion pour l’Afrique, ajouter au concept d’écovillage, la mise en place d’une sorte de structure à la fois de sensibilisation, de formation et de suivi ainsi que la mise en réseau des écovillages eux mêmes un peu, par analogie, comme pour le corps humain, où des organes, des organismes, des programmes, assurent les liaisons entre les cellules, leurs fonctions et leur reproduction.

Il importe ainsi, à terme, que les villageois puissent s’approprier une culture relative à un mode de vie écologique respectueux de la planète et qu’ils arrivent ainsi à se prendre en main eux-mêmes en vue de développer leurs villages d’une manière respectueuse de l’environnement intégrant écologie et technologie.

Pour valoriser le concept d’écovillage et apporter de l’espoir aux villageois, il s’agit ainsi de poser rapidement les premières pierres avec notamment :
1.- une charte
2.- une stratégie
3.- une structure d’accompagnement
4.- des outils
5. les pièges

1. Une charte

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Rassembler, fédérer autour de quelques idées simples

Une charte c’est pour apporter une vision, clarifier 3es objectifs, constituer une sorte de label auquel les candidats à un projet d’écovillage pourront se référer.

Une charte c’est une manière de donner au concept d’écovillage un cadre clair assimilable par tous. La charte, encore à rédiger, pourra aussi être diffusée sous forme d’une vidéo dans la langue locale et pourquoi pas à travers une pièce de théâtre. On mettra en avant l’importance de l’empowerment, de l’autonomie alimentaire, de l’autonomie énergétique et de l’ouverture sur le monde ainsi que les modèles alternatifs (agroécologie, agroforesterie, agriculture familiale). Pour plus d’autonomie, mais aussi moins d’autarcie!

ecovillageChaque écovillage se gardant la possibilité, à partir de là, de définir son orientation, sa sensibilité et son fonctionnement propre tout en privilégiant la mise en réseau et les échanges avec les autres écovillages proches ou lointains afin de favoriser la duplication des réussites tout en apprenant des erreurs dans un échange des savoir-faire. Un écovillage c’est aussi l’interaction de ses membres et de la collectivité susceptible de générer une économie locale.
Cela reste valable pour les « écovillages urbains », les éco-quartiers

2. Une stratégie
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Que l’écovillage devienne le projet des habitants

Il s’agit d’inciter les habitants d’un village à travailler ensemble sur un projet global au sein d’une association villageoise, de se prendre en main, d’être les acteurs du changement. De ce point de vue l’écovillage est une très bonne solution de développement endogène qui contribuera à mobiliser tous les acteurs de terrain et même de la diaspora. Une manière de combiner les incitations et conseils provenant du réseau des écovillages avec la dynamique venant de la base (« Poverty Alleviation Efforts = Combining the Top Down Approach and the Bottom Up Approach »)

Le maître mot est l’empowerment: de l’assistance à l’autonomie ou comment inciter les villageois à devenir les entrepreneurs de leurs vies. Un renversement de perspectives qui fait passer d’une relation de bienfaisance à une capacité de monter, de négocier des projets. L’empowerment est l’augmentation des capacités des villageois de participer, de négocier, de contrôler les projets. Cela passe par l’investissement notamment dans les femmes qui produisent le plus de retours à la fois sociaux et économiques. Les gens ordinaires sont les meilleurs experts pour eux-mêmes. Cela sous entend une formation permanente, un suivi, via le réseau.

Ce projet global doit comprendre aussi :
– les moyens de se doter d’un système de protection sociale qui constitue un investissement dont les bénéfices à moyen terme seront considérables

– une structure qui permette la représentation des petits agriculteurs notamment via le réseau des écovillages

– un programme de micro-crédits sans intérêts
– des outils pour la recherche de financements extérieurs (crownfunding en particulier) et la capacité de conclure des partenariats

– l’association de l’agroécologie avec les systèmes sociaux et écologiques

– des moyens pour favoriser les stratégies depuis la « base de la pyramide », le Social Business, la prise en compte de la dimension de genre

– des équipements susceptibles d’inciter les jeunes à rester au village (hall de sport, accès à l’internet, boulangerie/café, volet culturel)

– des formations à l’autonomie – pas l’autarcie – et au social business et l’auto-entreprenariat.

En tout cas l’absence de stratégie, de master plan, comme aussi le manque de financement, peuvent faire capoter tout projet d’écovillage.
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3. Une structure d’accompagnement
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Essaimer à partir de germes

… pour diffuser le concept, promouvoir le mouvement des écovillages, assurer le suivi et la pérennité des ouvrages, favoriser les échanges de savoirs et de compétences à l’échelle locale et internationale, il faut absolument imaginer des relais, un maillage d’organisations(Centres de Ressources) et de personnes ressources (experts du monde entier), susceptibles d’accompagner les habitants.

Cela passe par :

– la création de Centres de Ressources de Démonstration et de Formation (CDRF) – à l’image des Groupes de Ressources Techniques (GRT) au Québec ou des Community Design Centres (CDC) aux Etats-Unis – des centre desservant un groupe de l’ordre d’une dizaine d’écovillages par exemple (selon un zonage à définir et la densité des écovillages), des Centres assurant la diffusion des savoir-faire, la formation à l’esprit démocratique (empowerment, bottom up), proposant des stages de formation professionnelle et le suivi des projets.

Ces centres seront aussi des lieux de démonstration par l’exemple des solutions locales d’aménagement durable. Ils seront équipés de télécentres et de radios communautaires, développeront des prototypes adaptés aux conditions locales et seront en liaison avec les experts au niveau national comme du monde entier. Ces centres vont contribuer à alimenter une pépinière de solutions innovantes, la création de sites de crownfunding et des services de micro-crédits sans intérêt susceptibles d’assurer le financement des projets.

Ils se doivent d’être rapidement autonomes d’un point de vue financier en étant financés, à terme, par les villageois eux-mêmes. Ces Centres seraient chargés également d’insuffler l’esprit coopératif, le travail civique et en équipe entre villages, l’entraide communautaire et la mise sur pied de mutuelles de santé. Les centres sensibiliseront enfin les villageois à prendre des mesures contre la corruption (voir le modèle rwandais).

– la création de coopératives détenues par ses membres qui en assument le contrôle démocratique et utilisent ses services. Instance démocratique de base pour encadrer les projets. On peux prendre en exemple le modèle développé notamment par Plan International qui mise sur l’éducation, la formation de cadres, la mise en place de structures démocratiques..

– l’exploitation judicieuse des jeunes partis en ville (leurs donner envie d’agir pour leurs villages: valorisation du volontariat) et de la diaspora (crownfunding sur des projets communautaires, partage de compétences..)

– la sensibilisation des élèves dans les écoles (exemple de l’école Moderne à Dagana) et des fidèles dans leurs lieux de culte

4. Des outils
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Adapter des outils aux attentes réelles des habitants

… pour sensibiliser, former, accompagner, informer, convaincre, s’organiser, monter et gérer des projets, trouver des financements et sensibiliser les populations aux enjeux du développement durable.

Il s’agit de mettre à disposition des villageois, des tablettes leur permettant de prendre connaissance des bonnes pratiques dans le monde ainsi que des outils leur précisant comment monter et gérer leurs projets;
Informer et former sont des étapes primordiales pour le succès des écovillages.

Il s’agit ainsi de collecter, de traiter, de diffuser l’information, de créer des bases de données accessibles à tout à chacun (même hors un accès à internet), des médiathèque, des adaptations aux langues locales

Diffusion des informations via les tablettes mais aussi via la radio communautaire, le wifi (boîtes de conserve), les écoles (trou dans le mur en Inde), en exploitant des motos tout terrain (diffusion de l’info, clés usb, transport de marchandises), le cinéma ambulant, une troupe théâtrale..

Accompagner sur le long terme :
Proposer des aides, des services, des outils permettant d’assurer l’accès à des financements. La mise en réseau, en relation (venue de volontaires), mise à disposition de sites du type Crowdfunding Platforms, favoriser les parrainages via la diaspora, privilégier le social business, l’empowerment, le buttom up (en proposant des formations continues), assurer la pérennité des projets (suivi, évaluations, service de conseils, réseaux d’experts internationaux), évaluation du BNB local (dans l’esprit du bonheur national brut au Bhoutan – Le bonheur en tant que moteur de croissance), impliquer les populations, favoriser l’essaimage…/…

L’ouverture sur le monde, ce n’est pas seulement pouvoir échanger avec d’autres, c’est surtout un extraordinaire moyen d’apprendre et de créer des liens dans le cadre de réseaux les plus divers. Les retombées peuvent être multiples: soutiens avec le cownfunding, venue de volontaires, tourisme développement …

Il existe à ce propos bien des réseaux qui n’attendent que l’occasion de s’agrandir: Le GEN (Réseau des Ecovillages – Global Ecovillage Network – Europe, Amérique du Nord, Océanie, Asie). Le réseau des Incroyables-Comestibles (Incredible Edible), le réseau des Villes et Villages en Transition, le réseau des Ecoquartiers, le réseau de ce qui marche (What Works) etc, etc (voir références et détails sur le site www.habiter-autrement.org )

4. Les pièges
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Eviter les détournements, la récupération

Il est illusoire de penser que l’Etat peut tout organiser et financer. Mais il existe aussi un risque avéré de détournement des fonds récoltés au niveau international. La corruption est un fléau mondial, mais pratiqué à grande échelle en Afrique jusqu’au niveau du plus démuni s’il a, un tant soit peu , une parcelle de pouvoir.

Des articles de presse en font état presque chaque jour dans tous les médias: le concept des écovillages risque bien également d’être récupéré, au moins en partie, par des politiques, des responsables d’agences ou d »associations – créées parfois juste dans le but de glaner des fonds – plus ou moins écologiques et même religieuses pour en fin de compte juste pour quelques profits personnels. La présentation, en grande pompe, de quelques réalisations pilotes – et souvent éphémères car non portées réellement par les habitants – de devraient pas cacher cette prédisposition des acteurs institutionnels à ces dérives.
(voir encore en ce domaine les actions menées par le Rwanda)

Il appartient aux habitants de se prendre en main (« Aide toi et le ciel t’aidera »)!
S’inspirer du Barefoot-College en Inde.

D’où le rôle important des jeunes, qui ont reçu une certaine formation, comme des membres de la diaspora africaine d’Europe ou d’Amérique du Nord: il s’agit ici d’inventer de nouveaux moyens, de médias, pour que ces jeunes comme les africains de la diaspora puissent agir directement.

Il faut imaginer des circuits courts de financement pour éviter que la plus grande part des fonds ne disparaissent au cours du long périple de l’argent. Il existe à travers le monde de telles initiatives passionnantes dans lesquelles l’argent collecté profite véritablement et pleinement aux personnes sur le terrain.

Contribution de Roland Mayerl – Déc. 2014

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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