Dakar-Echo

Présentation de l’ouvrage de philosophie «Sauvage» du Pr Abdoulaye Elimane Kâne, sans oublier d’en rire

elimane_kaneLe Pr Abdoulaye Elimane Kane présentait hier jeudi 19 février au Centre de recherche ouest- africain (WARC) son ouvrage intitulé «Philosophie «sauvage» : La vie a de longues jambes».

Publié en 2014 chez l’Harmattan dans la Collection Mémoires et biographies, le texte est le récit d’un homme à l’asthme chronique, entre crises et rémissions, qui n’a pas oublié de rire, et de lui-même, et des autres. L’histoire qu’il raconte est celle imprévisible de ses nombreuses vies : l’étudiant, le professeur, le militant, le ministre etc. L’homme «mesuré» ou le père et le grand-père pour qui ces lignes sont un legs pour ses enfants et petits-enfants.

De cet ouvrage intitulé «Philosophie «sauvage» : La vie a de longues jambes» et où il «raconte sa vie», mais pas seulement, l’écrivain Abdoulaye Elimane Kane, le professeur de philosophie aussi, dit qu’il l’a plusieurs fois «interrompu».

Sans doute parce que comme il dit, c’est souvent un exercice plutôt périlleux que d’écrire sur soi, avec la crainte de dévoiler des choses un peu trop intimes, entre tous ces non-dits que l’on tait, bridés qu’ils seraient par la pudeur ou par la décence. S’il a eu le courage d’aller jusqu’au bout, c’est parce que sa famille l’y a…encouragé.

Il en parle d’ailleurs beaucoup dans cet ouvrage, dit quelqu’un comme la spécialiste des littératures négro-africaines Lilyan Kesteloot, qui a eu le privilège de tenir entre ses mains ce qui n’était encore qu’un manuscrit.

Il y a la famille proche, et cette autre, tentaculaire, que découvre le jeune garçon qui n’a que 10 ans à l’époque, alors que son père se retrouve au Fouta où il a été muté. C’est dans ce contexte que le gamin citadin qui ignore tout de la campagne «entendra parler de castes pour la première fois ».

S’il faut chercher Abdoulaye Elimane Kane en parcourant l’une après l’autre les feuilles de son récit, peut-être le trouvera-t-on, comme dirait Lilyan Kesteloot, dans tous ces commentaires qui le révèlent bien plus que le contenu linéaire de ces Mémoires où l’auteur, qui a pourtant «une mémoire d’éléphant », évite comme il peut, selon Lilyan Kesteloot toujours, la facile tentation du «déballage».

Et sans compromettre ni tordre le cou à «sa pudeur, sa mesure, sa réserve». L’homme est multiple : «formé au syndicalisme étudiant et au scoutisme », étudiant militant, professeur, ministre de la Culture sous le régime du président Abdou Diouf, le socialiste, l’homme capable des amitiés les plus surprenantes…Lilyan Kesteloot parle encore de lui comme de quelqu’un qui a un grand sens de l’humour, et surtout beaucoup d’autodérision, toujours pressé de «rire à ses dépens». Abdoulaye Elimane Kane lui-même dit d’ailleurs qu’il s’est «énormément amusé sur (son) livre de souvenirs ».

Birahim Thioune, membre du Comité de lecture de chez l’Harmattan, la maison qui a édité Abdoulaye Elimane Kane, en parle comme d’un « grand voyageur »: en train, en TGV ou à bord des « bateaux les plus mythiques ». L’enjeu de ce texte qui comme il dit est un « récit de vie (…), une méditation en pointillés (…) des paraboles, des allers et retours », ce serait de pouvoir retrouver tous les «implicites de la lecture», lorsque l’humour-le mot revient-joue le rôle d’apéritif.

L’adjectif « sauvage» que l’on trouve dans le titre, exprime quant à lui l’idée d’une « pensée philosophique jaillissant de façon spontanée et naturelle ». C’est aussi une allusion à « La pensée sauvage », l’essai de l’anthropologue français Claude Lévi-Strauss.

Cheikh Hamidou Kane, auteur d’une intemporelle « Aventure ambiguë », avoue avoir retrouvé un peu de lui-même entre les lignes de ce texte ou de ce « roman familial » de 430 pages où il a parfois eu l’impression que la biographie de l’auteur se superposait à la sienne, « y compris dans certains détails », même si 13 années le séparent de son cadet. Car entre les deux hommes il y a la vallée du Fleuve comme il y a l’exil ou l’éloignement, le retour aussi.

On retrouve un peu cette idée chez le poète et écrivain Hamidou Dia, qui dit que par endroits, il a eu l’impression qu’on lui «volait (sa) vie», dans cette histoire pourtant «racontée de l’intérieur ou à la première personne» et où les questions privées accompagnent «la vie publique», sur «cette méditation sur le plaisir et l’ennui» qui se donne «avec humilité et bienveillance».

Cet ouvrage, faut-il le préciser, c’est aussi est un legs, mais sans le côté glauque du mot, à ses enfants et petits-enfants. Un texte entrecoupé de plaisirs et de peines, comme entre les périodes de rémission qui succèdent aux crises d’asthme chronique de l’auteur.

Il y consacrera d’ailleurs tout un chapitre, le dernier du livre, avec une lecture « philosophique » de la façon qu’il a de « supporter » son mal, conviant des penseurs comme Platon ou comme Michel Foucault à ses « réflexions sur la vie, sur la mort, le destin ou l’amitié ».

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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