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Pourquoi certains hommes envoient des «dick pic», des photos de leur pénis?

Pourquoi certains hommes envoient des «dick pic», des photos de leur pénis?

  • Luc Lemonnier, maire du Havre, est accusé par plusieurs femmes de leur avoir envoyé des photographies de lui à caractère pornographique.
  • La diffusion de «dick pic» ou le « cyberflashing » est une pratique aujourd’hui largement répandue sur les réseaux sociaux.
  • La dick pic est considéré comme « la version 2.0 » de l’exhibition sexuelle.
  • Envoyer une photo de ses parties génitales à une personne sans son consentement peut être considéré par la loi comme du « harcèlement sexuel ».

« Des selfies de lui nu », « des photos de sexe en érection »… Plusieurs femmes ont accusé Luc Lemonnier, le successeur d’Edouard Philippe à la mairie du Havre, de leur avoir envoyé des clichés pornographiques, plus précisément des dick pic (« photos de pénis »). « Voir le sexe d’un homme en gros plan… Je me suis sentie salie, souillée. Je n’ai pas compris pourquoi il m’envoyait ces photos dégoûtantes », a notamment raconté l’une des victimes. Des révélations qui ont poussé l’édile à démissionner jeudi soir de ses fonctions.

La diffusion de dick pic ou le « cyberflashing » [le fait d’envoyer une image de ses organes génitaux à des gens qui ne l’ont pas demandé] est une pratique aujourd’hui largement répandue sur les réseaux sociaux. Simple fascination pour son appareil génital ou véritable exhibitionnisme facilité par la technologie, 20 Minutes a tenté de comprendre ce qui pousse un homme à envoyer ce type d’images à une femme sans son consentement.

« Une version 2.0 » de l’exhibitionnisme
Le phénomène de la dick pic a pris de l’ampleur ces dernières années avec l’apparition des réseaux sociaux et la généralisation de l’usage des smartphones. « Un réseau social comme Snapchat, où les photos sont censées disparaître au bout de quelques heures, a permis une plus grande diffusion de ce type d’images », note Fred Pailler, sociologue spécialisé dans les usages sexuels d’Internet. La démocratisation d’AirDrop sur iPhone a également entraîné une multiplication d’envois intempestifs de photos de sexes non-identifiés par des inconnus, explique également une étude publiée dans le New York Post.

« Même si la pratique a évolué grâce aux nouvelles technologies, le phénomène de la « dick pic » ou sexto non-consenti n’est ni plus ni moins que la version 2.0 de l’exhibition sexuelle. Recevoir des images de pénis d’hommes que l’on ne connaît pas, c’est une forme d’exhibitionnisme qui fait fi de la notion de consentement. La dick pic n’est qu’une version numérique de cette déviance sexuelle », explique Janine Mossuz-Lavau, sociologue spécialisée dans les questions de sexualité.

« Une manière de se rassurer sur sa masculinité »
Les photos de sexe en érection envoyées sans consentement sont devenues légion sur les réseaux sociaux. Un récent sondage YouGov souligne que 78 % des femmes de 18 à 34 ans et 69 % des femmes de 35 à 54 ans ont déjà reçu une dick pic sans l’avoir demandée (tandis que seuls 17 % des hommes admettent en avoir déjà envoyé). L’ex Miss France Camille Cerf, régulièrement confrontée à ce genre de photos « non sollicitées », a d’ailleurs poussé un coup de gueule sur les réseaux sociaux : « Avis à tous les hommes légèrement dérangés qui pensent que m’envoyer une photo de leur sexe pourrait avoir un effet positif sur ma personne », a tweeté Miss France 2015.

Selon Janine Mossuz-Lavau, il y a plusieurs raisons qui pourraient inciter des hommes à envoyer des photos de leur pénis. « La réalité peut recouvrir des motifs très différents, dont certains peuvent être liés à des troubles du comportement liés à des événements traumatiques », explique la sociologue spécialisée dans les questions de sexualité. « Mais d’une manière générale, un homme qui montre son pénis à des étrangers veut surtout se faire rassurer sur sa masculinité. Il souhaite montrer que son corps est excitant, ajoute Janine Mossuz-Lavau. Ce sont des individus qui se croient tout permis. La dick pic, c’est la manifestation d’une certaine forme de narcissisme ».

Une forme de cyberharcèlement sexuel ?
Envoyer une photo de ses parties génitales à une personne sans son consentement peut être considéré par la loi comme du « harcèlement sexuel », estime Me Morain. Ces clichés sont « offensants », « imposés à la personne qui n’a nullement envie de les recevoir, détaille l’avocat, interrogé par franceinfo dans le cadre de l’affaire impliquant le maire du Havre. On considère aussi que le harcèlement est aggravé quand il est commis par une personne qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions ».

« Ces envois intempestifs peuvent relever de l’exhibition sexuelle et sont passibles d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende. Si ces envois à caractère sexuel sont répétés (plus d’un envoi émanant de la même personne donc), ils peuvent s’apparenter au délit de harcèlement sexuel punissable de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende », explique de son côté le collectif Féministes contre le cyberharcèlement.

Hakima Bounemoura

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