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Plongée dans l’univers des Gamou rythmant la nuit du Prophète à Kaolack

Plongée dans l’univers des Gamou rythmant la nuit du Prophète à Kaolack

L’évocation à Kaolack du Maouloud, naissance du prophète Mahomet (PSL), fait systématiquement penser au quartier de Médina Baye, alors que cette manifestation religieuse connue sous le nom de Gamou en wolof, est célébrée par une trentaine de familles religieuses de cette région du centre du Sénégal.

La célébration du Gamou constitue un moment intense de la vie sociale à Kaolack où, à côté, de Médina Baye, accueillant sans doute, le plus grand nombre de fidèles, quelque 36 autres familles religieuses de la région (21 dans le département de Kaolack), commémorent l’évènement depuis de longues années.

Ainsi, de génération en génération, la Nuit du Prophète, rythme la vie de ces grandes familles religieuses musulmanes. L’organisation et le format de la manifestation évoluent certes avec le temps, mais le Gamou conserve son caractère sacré, édicté et voulu par les premiers érudits musulmans ayant entamé sa célébration dans la région.

Il en est ainsi à Léona Niassène, un quartier de la commune de Kaolack où repose El Hadj Abdoulaye Niasse (1844-1922), une des plus importantes figures de la confrérie des Tidiane au Sénégal, père d’El Hadji Ibrahima Niass dit Baye (1900-1975), fondateur de la cité religieuse de Médina Baye, devenue sans doute épicentre de la confrérie dans la région au regard du nombre de fidèles qui s’y rendent.

A Léona Niassène d’où tout est parti, la célébration de la première édition du Gamou remonte à 1911 sous la direction du père d’El Hadji Ibrahima Niasse bien qu’il s’agissait d’une perpétuation d’un acte que El Hadji Abdoulaye Niass avait l’habitude de faire avant son installation définitive dans la capitale du Saloum, selon Serigne Ass Khalifa Niasse, un proche du Khalife actuel de la famille, El Hadj Ibrahima Niass.

Non loin de Léona, s’est installée la famille de Mame Abdoul Kane, érudit musulman proche d’El Hadji Malick Sy (1855-1922) considéré sans doute comme un chantre de la Tidianya, au point que la ville où il repose désormais, Tivaouane, se fait souvent appeler Capitale de la confrérie Tidiane au Sénégal.

A Léona Kanène, l’Imam Ahmed Kane, petit-fils de Mame Abdoul Kane et porte-parole de la famille soutient que le premier Maouloud célébré par cette communauté remonte à 1902, avec la bénédiction de Maodo Malick Sy, autre surnom d’El Hadji Malick.

Ndorong ! Autre quartier. Autre univers. Ici, ‘’Mbacké’’, le patronyme de la famille religieuse qui dirige la Nuit du Prophète renseigne sur l’origine et la confrérie à laquelle cette communauté appartient.

Il s’agit bien de la confrérie Mouride, dont le fondateur, Cheikh Ahmadou Bamba (1953-1927) se faisait appeler ‘’Serviteur du prophète’’. Cela rend donc logique la célébration du Gamou dans ce quartier depuis 1949, comme le confirme le porte-parole de la famille, Serigne Babacar Mbacké.

Evolution notable dans la célébration du Gamou

’La manière de célébrer le Maouloud a, au fil des années, évolué. Au début, la manifestation était rythmée par des séances de lecture du Coran, des prières et des rappels aux fidèles des idéaux de la religion et des incitations aux bonnes actions en donnant en exemple le Prophète (PSL) et ses compagnons’’, reconnaît le religieux.

Ce rendez-vous annuel était par le passé mis à profit par les fidèles pour faire des oeuvre de bienfaisance à l’endroit des populations diminues afin de les soulager des rigueurs de la vie », explique Serigne Babacar Mbacké

Même son de cloche du côté de la famille Niassène, où une évolution est également notée dans la façon d’organiser le Maouloud.

A l’origine, le Gamou à Léona, était marqué par des concours de lecture du Coran. Les élèves des Daara (écoles coraniques) se mesuraient sur leur niveau de maîtrise des textes sacrés. C’était également une occasion de passer en revue la vie et l’œuvre du prophète de l’islam’’, raconte Ass Khalifa Niasse.

Les changements opérés au cours du temps revêtent dans le même temps un caractère positif, soutient-il en se réjouissant par exemple du développement des moyens de communication qui facilitent désormais le déplacement des fidèles dont certains proviennent de l’étranger, notamment de la Gambie, du Nigéria, de la Mauritanie et du Maroc.

Avec le désenclavement qui s’est opéré, on note une meilleure accessibilité des lieux de célébration du Gamou tandis que et la nourriture est devenue accessible et plus abondante pour les pèlerins’’, fait-il valoir.

A Kanéne on embouche la même trompette. Serigne Ahmed Takhy Kane estime que les nouvelles technologies de l’information et de la communication ainsi que les médias ‘’constituent un atout majeur dans la pratique du Gamou de nos jours ».

Par contre, il déplore « le côté le folklore qui prend de l’ampleur lors des célébrations. Selon lui, les causeries sont de moins en moins axées sur la vie du prophète (Psl ) et son œuvre ,mais plutôt sur des histoires de familles, de succession et de politique.

D’autres mettent en avant le côté matériel en se consacrant à la récupération des « adiya » (argent donné au marabout en guise de reconnaissance) des talibés et d’autres dons « , regrette-t-il.

S’agissant des cérémonies officielles organisées lors des Gamou, avec notamment la présence d’acteurs politiques, le porte-parole des Niassène de Léona souligne que cette pratique n’est pas nouvelle, mais qu’elle a aujourd’hui gagné en proportion.

A l’époque, remontant à la colonisation, seuls le Commandant de cercle et le commissaire central prenaient part à la cérémonie », rappelle-t-il.

Adji Fatime Diop

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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