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Peut-on vraiment interdire l’anonymat sur les réseaux sociaux ?

Peut-on vraiment interdire l’anonymat sur les réseaux sociaux ?

Le gouvernement a présenté ce jeudi son plan d’action contre la haine et le harcèlement en ligne. Une des principales mesures : la fin de l’anonymat pour certains usages sur Internet.

« On doit aller vers une levée progressive de toute forme d’anonymat. » Voilà ce que souhaitait Emmanuel Macron lors d’un débat à Souillac, le 18 janvier dernier. Plus prudent, le secrétaire d’Etat au Numérique Mounir Mahjoubi, qui a présenté ce jeudi son plan pour lutter contre le harcèlement en ligne, a évoqué sur France Inter « des usages sur lesquels on ne peut plus fonctionner avec l’anonymat ».

L’anonymat sur Internet, c’est quoi ?
En réalité, pas grand monde n’est véritablement anonyme sur les réseaux sociaux. « Il existe des dispositifs qui permettent un anonymat quasiment absolu, comme des réseaux chiffrés (VPN, TOR) ou des services d’anonymisation en ligne, mais ça ne concerne qu’une petite minorité de personnes », nous indique Tristan Mendès France, enseignant au CELSA et spécialiste du numérique.

En réalité, on parle surtout de « pseudonymat », à savoir se dissimuler derrière un nom de code ou un pseudo pour s’exprimer. En clair, on s’inscrit avec son e-mail et on peut donc être identifié et retrouvé par la plateforme, mais on se manifeste ensuite publiquement sous un nom d’emprunt.

Comment le gouvernement compte-t-il lutter contre ?
Concernant l’anonymat (et par extension le pseudonymat) en ligne, Mounir Mahjoubi souhaite l’interdire pour certains usages, citant par exemple les cagnottes ou les pétitions en ligne. « C’est une piste intéressante mais le problème est que ça risque d’exclure les personnes qui ne veulent pas être identifiées en signant une pétition ou en faisant un don », met en garde Tristan Mendès France. Ainsi, tout le monde n’a pas forcément envie de rendre public sa signature contre la hausse des prix du carburant ou sa participation à la cagnotte en faveur des policiers.

Pour le reste, et notamment l’utilisation des réseaux sociaux classiques (Twitter, Facebook etc.), le gouvernement souhaite pouvoir retrouver beaucoup plus rapidement les auteurs qui se dissimulent derrière un pseudo. Autrement dit, « accélérer la levée de l’anonymat », dixit Mounir Mahjoubi. Notamment en contraignant les plateformes à réagir plus rapidement.

Un internaute peut déjà le plus souvent être identifié par la justice via son adresse IP ou via des traces laissées sur Internet. « Mais il y a un problème de moyens et de formation des forces de l’ordre qui sont insuffisants pour lutter efficacement », pointe auprès du Parisien l’avocat Eric Morain, qui a notamment défendu la journaliste Nadia Daam.

Cette dernière avait porté plainte après avoir été la cible de messages injurieux et menaçants sur des forums, et deux hommes avaient été condamnés en juillet dernier à six mois de prison avec sursis et 2 000 euros de dommages et intérêts.

A l’inverse, lorsque Tristan Mendès France avait porté plainte après avoir reçu des insultes sur Internet, la police n’avait pas réussi à en retrouver l’auteur. « Ils avaient pu identifier une adresse IP dans un pays, mais elle renvoyait à une adresse dans un autre pays qui n’a pas de convention avec la France », regrette-t-il.

L’anonymat sur Internet est-il forcément une mauvaise chose ?
Tout dépend des motivations. Les individus qui ont des visées malsaines et veulent insulter ou harceler d’autres personnes, sont évidemment dans la ligne de mire du gouvernement. Mais l’anonymat peut aussi servir à se protéger de harcèlement.

L’une des victimes de la « Ligue du LOL », Daria Marx (un pseudonyme), expliquait ainsi que ses harceleurs « sont la cause de [son] pseudonymat ». « Quand Daria Marx était menacée de mort, je pouvais me dire que ce n’était pas moi. Je pouvais me détacher du personnage virtuel malmené. Cela m’a sauvé bien des fois », a-t-elle écrit dimanche sur son blog. Eric Morain pointe un autre intérêt au pseudonymat : « C’est aussi grâce à ça que peuvent témoigner des gens qui craignent des répercussions pour leur vie familiale et professionnelle ».

Nicolas Berrod

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