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Partager en WiFi sans Internet ? C’est possible avec l’appli Yo !

Partager en WiFi sans Internet ? C’est possible avec l’appli Yo !

yoCette application développée au Bangladesh permet de partager localement en pair-à-pair des messages, contenus et vidéos en passant par un routeur WiFi ou en transformant le smartphone en hotspot. Elle est lancée officiellement ce lundi au Mobile World Congress de Barcelone par la société canadienne Left of the Dot.

Rien à voir avec l’autre application « Yo » d’une startup de San Francisco, qui ne permettait que d’envoyer ce message « yo » à ses amis et qui avait fait beaucoup parler d’elle l’été dernier. Cette nouvelle appli, développée au Bangladesh, a l’ambition de connecter les 5 milliards d’habitants de la planète qui ne le sont pas ou mal, l’un des grands thèmes du Mobile World Congress (MWC) de Barcelone où elle a son stand et sera présentée ce lundi. Sa promesse, séduisante : « partager et connecter sans Internet », et gratuitement qui plus est !

Cette application mobile sous Android, qui était en bêta privée et est désormais téléchargeable sur le magasin en ligne Google Play, permet de partager localement des messages, photos ou vidéos en passant par le même routeur WiFi, à la périphérie du réseau, ou en transformant le smartphone en hotspot (entre deux mobiles Android). De quoi faire trembler les opérateurs mobiles, tout à la monétisation de la « data », de l’Internet mobile.

« Une grande partie des documents que l’on partage, des photos, des messages, des vidéos, le sont entre des personnes qui sont dans la même pièce, ou à quelques mètres de distance. Pourquoi alors passer par Internet, par des serveurs au Texas par exemple pour WhatsApp ? D’autant plus que les forfaits d’Internet mobile sont très coûteux dans les pays émergents et que la couverture n’est pas toujours très bonne, ou limitée aux grandes villes » explique à La Tribune Chris Jensen, le directeur général de Yo.com et cofondateur de Left of the Dot, la maison-mère canadienne, spécialisée dans l’achat et la valorisation de noms de domaine, la création d’applications et de portails.

Connectivité hyperlocale
C’est en fait son équipe de développeurs au Bangladesh qui a conçu cette solution pour ses besoins propres. Elle avait à peine assez de bande passante pour passer des appels vidéo par Skype, connaissait de fréquentes pannes d’électricité et a donc cherché un moyen malin d’envoyer des messages avec ces contraintes, pour eux et pour l’université voisine.

L’idée étant de « télécharger une fois, diffuser plusieurs fois » pour une application de jeu, une vidéo, un fichier, etc. Impossible de regarder en streaming par ce biais : il faut avoir téléchargé le fichier sur son appareil. La technologie n’est compatible que sous Android pour l’instant mais cela représente « 90% des utilisateurs dans les pays émergents » relève Chris Jensen, qui espère toutefois sortir une version pour iPhone au printemps.

La société a déposé une demande de brevet aux Etats-Unis (USPTO) pour sa technologie de partage pair-à-pair, baptisée « connectivité hyperlocale », qui a obtenu le prix de « meilleure démo de nouvelle technologie » au Telecom Council Summit, grand raout annuel dans la Silicon Valley d’opérateurs du monde entier, en octobre dernier.

« C’est vrai que le NFC (sans contact) et le Bluetooth permettent aussi de partager en étant à proximité mais de façon beaucoup moins rapide et moins adaptée pour des contenus lourds » affirme le directeur général.

Menace ou opportunité pour les opérateurs ?
L’équipe de Yo.com est aussi allée voir Facebook, qui serait intéressé pour son initiative Internet.org visant à connecter les milliards d’habitants des pays émergents qui ne le sont pas encore, dont Mark Zuckerberg doit de nouveau parler lors de son intervention lundi soir au MWC. A Paris, Yo.com a aussi rencontré des cadres d’Orange, l’opérateur présent notamment dans une dizaine de pays africains. La startup a aussi vu des gens de Vodafone. Des contacts prometteurs mais pas de partenariats signés encore à ce stade.

Yo.com espère convaincre les opérateurs que sa solution est plus une opportunité qu’une menace : la société leur fait miroiter la possibilité de réduire leurs dépenses d’investissements en infrastructures, de décharger une partie du trafic pour éviter la congestion de réseaux, d’offrir un service plus rapide, sans passer par le cloud. Ainsi, l’équipe assure pouvoir transférer une vidéo de 500 Mo en un peu plus de 6 secondes.

La société implantée près de Vancouver suggère ainsi de préserver la bande passante pour des usages qui ont vraiment besoin de passer par Internet et même de proposer aux clients une confidentialité appréciable à l’ère post-Snowden. De quoi fidéliser les abonnés, estiment les dirigeants de Yo.com, qui aimeraient que leur appli soit pré-installée dans les smartphones low-cost vendus par les opérateurs dans les pays émergents.

« C’est dommage d’avoir un ordinateur dans sa poche et de ne pouvoir s’en servir que pour téléphoner, faute de couverture ou faute de moyens de se payer un forfait data. En partageant gratuitement en WiFi avec Yo, on donne la possibilité à ces populations de découvrir des contenus auxquels ils n’ont pas accès, jouer à Angry Birds, regarder une vidéo sur YouTube, etc. De quoi leur donner le goût d’Internet et ensuite l’envie de s’acheter un abonnement » fait valoir Chris Jensen.

« Le WhatsApp pour Bangalore »
Il y aurait ainsi un potentiel de revenus publicitaires sur le visionnage de ces contenus et de monétisation par la souscription de forfait data. « Des opportunités à un milliard de dollars » se prête à rêver le dirigeant, qui voit son application comme « le WhatsApp pour les gens, les non-connectés, le WhatsApp pour Bangalore, pas pour Jersey Shore ! » ironise-t-il, en référence à l’émission de téléréalité américaine qui décrit le quotidien de jeunes dans une station balnéaire du New Jersey.

Yo.com vise 50 millions d’utilisateurs dans le monde la première année, en concentrant ses efforts marketing sur l’Inde rurale, le Bangladesh, la Chine et l’Amérique latine, en particulier les étudiants et leurs familles. La version sortant pour le Mobile World Congress est disponible en anglais, en bengali, en espagnol, en mandarin, en hindi, etc. L’appli elle-même peut être partagée en pair-à-pair, sans connexion Internet, et devrait ainsi être très virale.

Si la maison-mère serait rentable, pour un chiffre d’affaires annuel de 7 millions de dollars, Yo.com envisage de lever une vingtaine de millions de dollars pour poursuivre son développement et son déploiement à l’international. Le salon de Barcelone devrait lui permettre de nouer des contacts fructueux.

Delphine Cuny à Barcelone  avec La Tribune

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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