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Notice bleue envoyée à Interpol: les avocats de Karim Wade dénoncent des manœuvres visant à l’empêcher de rentrer au Sénégal

Notice bleue envoyée à Interpol: les avocats de Karim Wade dénoncent des manœuvres visant à l’empêcher de rentrer au Sénégal

Non content de l’avoir fait condamner par sa juridiction d’exception qu’est la CREI, histoire de le rendre inéligible à la prochaine présidentielle, l’Etat cherche par tous les moyens à empêcher Karim Wade de revenir au Sénégal. Ce après l’avoir exilé au Qatar.

Pour ce faire, tous les moyens sont bons pour le contraindre à rester à Doha.

La dernière arme du régime du président Macky Sall ? Saisir Interpol pour que l’organisation internationale de police émette une « notice bleue », synonyme de demande d’arrestation du candidat du PDS à la magistrature suprême.

Hier, les conseils de Karim Wade ont publié un texte pour fustiger les manœuvres de l’Etat du Sénégal pour empêcher la candidature du fils de l’ancien président de la République.

« Nous avons appris que les autorités sénégalaises sont intervenues auprès de vos services en vue d’obtenir à l’encontre de M. Wade la diffusion d’une « notice bleue » qui est dépourvue de tout fondement pertinent et qui répond exclusivement à ses considérations politiques ». C’est là un passage du texte adressé par les conseils de Karim Wade à Interpol.

Ce pour demander à l’organisation internationale de police criminelle de ne pas se fier à cette notice bleue introduite par l’Etat du Sénégal par le biais du ministre de l’Intérieur. « Nous comprenons que l’Etat du Sénégal a motivé cette notice bleue en prétextant que Karim Wade serait recherché pour un manquement à ses obligations envers l’Etat dans un cas de fraude et de blanchiment d’argent.

La notice bleue a été introduite à l’initiative du ministre de l’Intérieur, haut responsable du parti au pouvoir du chef de l’Etat sortant, M. Aly Ngouille Ndiaye, avec le concours du directeur de la police judiciaire, placé sous son autorité représentant d’Interpol au Sénégal M. Seydou Bocar Yague.

Elle ne repose sur aucune base sérieuse. Il s’agit d’un détournement de procédure, d’une tentative scandaleuse d’instrumentalisation de l’organisation », expliquent les conseils de Karim Wade.

A les en croire, leur client ne fait l’objet d’aucune enquête criminelle en cours au Sénégal, ni d’aucune poursuite de la part de l’Etat du Sénégal ou d’un autre pays pour fraude contre l’Etat ou pour blanchiment d’argent.

Mieux, soutiennent-ils, « ce prétexte n’est qu’une manœuvre malhonnête, une grave manipulation des autorités sénégalaises qui viennent s’ajouter aux nombreuses violations des droits de l’homme dont l’ancien ministre est victime depuis 7 ans de la part du régime du chef de l’Etat Macky Sall et dont plusieurs ont déjà été constatées et condamnées par la Cour de justice de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Groupe de travail des nations unies sur la détention arbitraire, le Comité des droits de l’homme des Nations unies et d’autres juridictions notamment en France. »

Selon les avocats de l’exilé de Doha, l’initiative des autorités sénégalaises viserait à exercer une pression forte sur la personne de

Karim Wade afin de l’empêcher de participer « comme les autres candidats » à la campagne électorale et donc afin d’entraver sa candidature contre le chef de l’Etat sortant, voire de faciliter son arrestation dès qu’il reviendra au Sénégal comme ne cessent de le proclamer des ministres du gouvernement de Macky Sall et ses hauts responsables de son parti. »

La démarche de l’Etat du Sénégal méconnait l’objet assigné aux notices bleues

Et de rappeler que les notices bleues diffusées par l’Organisation internationale de police criminelle ont pour objet de localiser ou d’identifier une personne présentant un intérêt au regard d’une enquête criminelle ou d’obtenir des renseignements sur celle-ci.

« Il est clair qu’en l’espèce, l’initiative de l’Etat du Sénégal n’est que l’expression maladroitement dissimulée d’une tentative d’instrumentalisation à laquelle se livrent les autorités sénégalaises au détriment de Karim Wade. »

En premier lieu, aucune autorité, de quelque pays que ce soit, n’a ouvert une enquête criminelle pour laquelle la personne de Karim Wade présenterait un quelconque intérêt. Peut-être la demande des autorités sénégalaises invoque-t-elle un arrêt du 23 mars 2015 par lequel une juridiction spéciale, la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), réactivée en violation de la constitution, a, d’une part, condamné Wade à une peine de prison ainsi qu’à une amende et à des dommages-intérêts envers l’Etat d’un montant extravagant, et, d’autre part, prononcé une mesure de contrainte par corps de la durée maximum de deux ans en l’absence de paiement des condamnations financières prononcées.

Or, une procédure de contrainte par corps ne présente aucunement le caractère d’une enquête pénale : elle a pour seul but de permettre le recouvrement de sommes d’argent auprès d’une personne déclarée débitrice par la justice », argumentent les avocats de Karim Meissa Wade.

En deuxième lieu, poursuivent-ils, en sollicitant auprès d’Interpol, la diffusion d’une notice bleue, l’Etat du Sénégal chercherait à obtenir, « par ce qui constituerait alors un véritable détournement de procédure, des informations relatives aux conditions dans lesquelles l’ancien ministre «du Ciel et de la Terre», qui a été expulsé du Sénégal en 2016 et qui vit depuis à l’étranger, reviendra dans son pays à l’approche de l’élection présidentielle. »

En troisième lieu, poursuivent-ils encore, il est clair que les autorités politiques du Sénégal entendent se prévaloir de la diffusion d’une notice bleue pour tenter de faire croire à l’opinion publique que Karim serait recherché par Interpol, alors qu’aucune mesure privative de liberté ne peut être exercée à son encontre en dehors du territoire sénégalais.

Quatrième remarque, cette notice bleue, combinée à la volonté affichée des autorités politiques sénégalaises d’arrêter Karim Wade dès son retour au Sénégal et de le remettre en prison, « pourrait placer l’Organisation dans une situation difficile au regard
de la condamnation prononcée contre l’Etat le 20 avril 2015 par le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire. »

Enfin, soutiennent en cinquième lieu les avocats du candidat du plus grand parti de l’opposition, l’existence de cette notice bleue constituerait une aggravation de la situation de Karim Wade, dénoncée le 22 octobre 2018 par le Comité des droits de l’homme des Nations Unies qui a enjoint à l’Etat du Sénégal de réparer le préjudice subi par Karim Wade ainsi que de l’informer des mesures prises pour exécuter sa décision.

Les conseils du candidat du PDS à la présidentielle soulignent que, pour ces cinq raisons, si la demande de l’Etat du Sénégal était mise en œuvre, « il en résulterait une grave méconnaissance de l’objet même assigné aux notices bleues par l’Organisation et pourrait placer celle-ci dans une position délicate en raison des violations des droits de l’homme subies par Karim Wade et au regard des engagements internationaux souscrits en ce domaine par le Sénégal. »

Pour terminer, les conseils appellent l’Organisation, pour les raisons précédemment exposées, de bien vouloir refuser de donner suite à la diffusion d’une note bleue visant Karim Wade.

« Le retour de Karim au Sénégal étant imminent pour qu’il puisse participer à la campagne pour l’élection présidentielle, nous vous serons très reconnaissants de bien vouloir nous informer dans les meilleurs délais de la suite donnée à notre courrier », concluent-ils. Ils disent attendre la réponse immédiate de cette organisation afin de pouvoir voir leur client battre campagne à l’élection présidentielle.

Samba DIAMANKA

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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