Dakar-Echo

Non, le wax ne dit pas tout de l’esthétique créative de l’Afrique

Non, le wax ne dit pas tout de l’esthétique créative de l’Afrique

En Occident, le tissu wax résume trop rapidement l’esthétisme de la mode africaine comme un arbre qui cacherait la forêt. Un groupe de quatorze stylistes kényans montre qu’ils ont bien plus à offrir.

Ces derniers en font la démonstration brillante dans un livre sorti cet automne Not Enough African, au travers de 367 pages remplies de textes et de photos marquantes sur le foisonnement créatif de l’industrie de la mode au Kenya.

Ces stylistes font partie du collectif Nest, fondé en 2012, qui explore la diversité des identités contemporaines. Basé à Nairobi, ce collectif multidisciplinaire est à l’origine de séries de photographies, de musiques, de documentaires et de films primés dans les festivals aux quatre coins du monde.

Comme en 2014 avec Stories of Our Lives, un film sur les LGBT au Kenya acclamé dans 80 pays, ou récemment l’année dernière avec la web-série Tuko Macho, considérée comme une des meilleures séries TV en Afrique. Le collectif Nest a également créé HEVA, le premier fonds africain d’investissement dans l’économie créative en Afrique de l’Est, auprès d’une vingtaine d’entrepreneurs du digital, de la mode et du design.

« Nest produit des œuvres artistiques tandis que HEVA facilite le travail des artistes », résume Sunny Dolat, membre du collectif et directeur créatif du livre Not Enough African : « Nous voulions lancer un défi à la manière dont la mode africaine est perçue. L’enjeu est de rendre visible toute la diversité de notre beauté et de notre culture, qui n’est pas reconnue et reste donc sous-documentée. »

Sortir du tout-wax
Ce livre présente la mode kényane à travers le travail de quatorze stylistes, reconnus dans leur pays et bien au-delà tel Kepha Maina, Adèle Dejak, Katungulu Mwendwa ou Wambui Kibue.

Ces derniers prennent soin de décrire leurs sentiments mitigés lorsqu’ils incorporent du wax. « Ma première collection était complètement en wax. J’ai une relation d’amour-haine avec le wax parce que je sens bien qu’il n’est pas une bonne représentation de notre industrie. Nous ne fabriquons pas ces tissus ici », détaille Firyal Nur Hossain, qui mélange dans ses collections le tribal avec l’urbain : « Tous ces imprimés viennent de Chine ou de Hollande.

Ils sont conçus dans ces pays avec ce qu’ils s’imaginent de nous en tant qu’Africains. » Anyango Mpinga admet les apprécier aussi : « J’ai toujours aimé les imprimés, mais jamais au point d’en faire la référence pour me définir comme styliste africaine. » Ce n’est pas qu’une question de textile, mais d’identité comme le souligne la créatrice de bijoux Ami Doshi Shah : « Est-il vraiment nécessaire d’inclure le wax dans notre travail ?

C’est la meilleure façon pour nous de se définir comme Africain, mais on occulte ainsi toutes les autres influences autour de nous. » Et avec la globalisation, ces influences viennent non seulement du continent africain, mais du monde entier.

Les stylistes du collectif Nest ont chacun su trouver leurs propres réponses dans leur travail. Observateur avisé, Sunny Dolat a également noté un intérêt croissant des hommes politiques : « Les conversations avec le gouvernement sont devenues productives depuis qu’il a réalisé que le secteur de la mode avait un potentiel économique et de création d’emplois. »

ROGER MAVEAU

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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