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Ngouda Fall Kâne: Nous sommes rentrés en politique parce que le Sénégal va très mal

Ngouda Fall Kâne: Nous sommes rentrés en politique parce que le Sénégal va très mal

« Nous sommes entrés en politique parce que le Sénégal va mal très mal avec une trajectoire et des perspectives qui ne sont guère rassurantes »

L’ancien patron de la cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), l’inspecteur général d’état (Ige) à la retraite, Ngouda Fall Kane n’y est pas allé par quatre chemins.

L’ancien président de la CENTIF a critiqué sévèrement le président Macky Sall, hier lors d’une conférence de presse organisée en présence de Serigne Abdou Latif Diène, secrétaire général et fondateur du parti «Jamm Ak Khéweul». L’inspecteur général d’Etat (Ige), à la retraite, a d’ailleurs été choisi comme candidat de cette formation politique à la prochaine présidentielle.

Face aux journalistes, l’homme, qui pendant longtemps était aux trousses des criminels financiers, a dépeint un tableau très noir de la situation dans le pays. «Nous sommes entrés en politique parce que le Sénégal va mal très mal avec une trajectoire et des perspectives qui ne sont guère rassurantes.

Les Sénégalais ne mangent plus à leur faim : Les denrées alimentaires sont chères, une bonne partie de la population est sans revenus ou avec un pouvoir d’achat très faible et la quasi-totalité des jeunes au chômage et livrés à eux-mêmes. Les Sénégalais peinent à se soigner : La politique de santé est inadaptée, inefficace et discriminatoire.

Les jeunes sénégalais ne sont pas correctement éduqués et instruits du fait d’une politique éducative laxiste à la limite d’un sabotage planifié. Les Sénégalais sont mal protégés et mal assistés ici et ailleurs ; rapts et assassinats d’enfants, meurtres de Sénégalais à l’étranger, l’hécatombe sur nos routes et autoroutes.

L’initiative privée créatrice de valeurs ajoutées est quasi absente du processus de croissance économique», a listé Ngouda Kane Fall qui demeure convaincu que tout cela est la résultante d’une mauvaise politique économique et sociale.

Il estime que le régime de Macky Sall procède à un pilotage à vue des finances publiques occasionnant un déficit budgétaire et un endettement public qui dépasse aujourd’hui le seuil de 60% du PIB. Il se demande ainsi, où sont passés les 2 milliards et demi d’euros fruit de l’ «Eurobond» ?

Pour lui, si toutes les rentrées d’argent était dépensées à bon escient, les étudiants n’auraient pas manifesté pour réclamer des bourses, non sans déplorer la mort du jeune Fallou Sène à l’UGB. Toujours selon lui, les 7,2% dont on parle comme taux de croissance ne sont pas exacts du fait que cela n’est ressenti nulle part par les Sénégalais.

«Je défie le ministre des Finances. Qu’il nous dise comment il est parvenu à ce taux. Il faut que le FMI et la Banque mondiale nous disent concrètement ce qui se passe au Sénégal en termes d’endettement et de dépassement budgétaire. Sinon ils auront fauté», a-t il indiqué. Il souligne avoir fait plus de quarante ans dans l’Etat et maitrise les rudiments pour une bonne gestion.

«On n’apprend pas comment fonctionne un Etat à partir du sommet. Mais de la base au sommet. Toutes ces dérives que vous voyez dans le pays, c’est parce que c’est gens ne connaissent pas l’Etat», a-t-il soutenu. A partir de ce constat et pour y remédier, Ngouda Fall Kane et Cie proposent une démarche qui consiste à d’abord réconcilier la politique à l’éthique.

NGOUDA FALL KANE : «MACKY SALL EST UN TALENTUEUX POLITICIEN PRET A TRANSGRESSER LES REGLES POUR SE MAINTENIR AU POUVOIR…»

Toutefois, Ngouda Fall Kane estime que tout ceci ne sera possible et mise en œuvre que si Macky Sall quitte le pouvoir en 2019. Ce qui, selon lui, est loin d’être gagné d’avance car Macky Sall est un talentueux politicien «prêt à transgresser les règles pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir».

Il se dit convaincu que ce ne seront pas des slogans qui vont le faire partir mais plutôt une démarche stratégique bien pensée par des hommes et des femmes de valeurs et de principes qui, sans considération d’égo trouveront rapidement les moyens de se mettre ensemble autour de l’essentiel et au service exclusif des intérêts supérieurs du Sénégal et des Sénégalais.

«Macky Sall est un grand politicien, un excellent politicien. Il faut être uni pour le faire partir. Mais il ne faut pas également s’allier avec n’importe qui. Mais plutôt avec des personnes de valeurs avec qui on partage la même vision», a-t-il fait savoir. Il dit exclure toute alliance avec le front de l’opposition réuni autour du PDS.

«Je suis contre la démarche classique de la politique. Je ne suis pas prêt à les rejoindre. Je propose une alternative à la démarche classique. Ces politiciens traditionnels ont passé tout leur temps à nous faire des promesses mirobolantes et à nous raconter des histoires.

Je crois qu’un autre front constitué de partis qui se réclament des mêmes valeurs, principes, et idées est possible. Mais, ce front de l’opposition est hétéroclite et regroupe des trotskistes, des maoïstes, des libéraux, des gauchistes, … Je ne suis pas dedans. Et je ne serai pas dans ce front», a-t-il conclu.

NGOUDA FALL KANE, ANCIEN PRESIDENT DE LA CENTIF : «L’OFNAC EST L’ORGANISME DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION LE MOINS INDEPENDANT D’AFRIQUE ET LE PLUS INEFFICACE DU MONDE»

«La corruption et ses infractions connexes ont atteint des niveaux alarmants et inquiétants. Le Sénégal est mal géré, le Sénégal est mal gouverné. (…) Je suis désolé ; mais la plus grosse erreur en matière de lutte contre la corruption, c’est l’Ofnac.

Celui-ci est l’organisme de lutte contre la corruption le moins indépendant d’Afrique et le plus inefficace du monde. L’Ofnac ne peut pas lutter contre la corruption. Il n’a ni les moyens, ni les compétences. (…) J’ai entendu la Présidente de l’Ofnac dire qu’elle va consacrer 80% de son action dans le travail et 20% dans la communication.

Non. L’Ofnac aurait dû parler à hauteur de 80%. Parce que sa mission fondamentale c’est la prévention qui doit représenter 80 à 90 % de sa mission. (… ) La Centif est mieux outillée que l’Ofnac pour lutter contre la corruption qui a atteint un niveau inestimable. Elle est présente aujourd’hui plus qu’hier. La politique élaborée par Macky Sall en la matière n’est pas efficiente. (…)

La tare de l’Ofnac, c’est que le procureur de la république est le maitre des poursuites. Alors que quand il reçoit un dossier de la Centif, il transmet directement à un juge d’instruction. S’il fait le contraire, il viole la loi. (…) Il y a des gens qui ont fait des choses tellement flagrantes qu’ils n’ont même pas besoin d’être jugés. Il faudrait juste les prendre et les amener en prison. On ne doit pas perdre notre temps avec des audits et consorts. Les gens qui commettent des forfaits on les connait.

La reddition des comptes devra commencer par le président de la République. Tous ceux qui ont assumé des responsabilités rendront compte. Le constat est que dans toutes les agences et institutions qui génèrent des fonds dans ce pays, il n’y a pas des gens neutres, des cadres de l’administration ; mais plutôt des gens de l’APR.

Ils se basent sur un triptyque : «N’oublie pas le parti. N’oublie pas les élections. Et ne t’oublie pas.» (…) Le président de la République devra rendre compte. Il faut que les gens comprennent que les fonds politiques sont des crédits publics qui doivent avoir des dépenses de même nature.

Quand on prend des fonds de l’Etat et qu’on met dans des comptes privés non autorisés, c’est du blanchiment. Donc tout le monde rendra compte. Y compris ceux qui entrent nuitamment aux Parcelles-assainies et à Thiès avec des malles d’argent.»

Seydina Bilal DIALLO

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

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